Alan Vega, figure phare du Punk, meurt dans son sommeil

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/07/2016 à 17H29, publié le 17/07/2016 à 15H38
Alan Vega sur scène à Nantes en 2004

Alan Vega sur scène à Nantes en 2004

© FRANK PERRY / AFP

Révélé au début de la scène punk américaine des années 70, Alan Vega, également pionnier de la musique électronique avec le groupe Suicide, est mort "paisiblement dans son sommeil" samedi à l'âge de 78 ans, a annoncé sa famille dans un communiqué.

Rocker, sculpteur et peintre

"C'est avec une profonde tristesse et une immobilité que seule une nouvelle  comme celle-là peut provoquer, que nous avons le regret de vous informer que le grand artiste et la force créatrice, Alan Vega est décédé", poursuit la famille, dans le communiqué relayé par Henry Rollins, un autre porte-drapeau du punk aux Etats-Unis.
Alan Vega interviewé par Thierry Ardisson
La famille rend hommage à l'esprit d'avant-garde et sans concession de Boruch  Alan Bermowitz, né à Brooklyn - quartier de New York - en 1938.

"Alan Vega était l'essence même de l'artiste à tous les niveaux imaginables. Toute sa vie a été consacrée à donner vie à ce que sa vision lui commandait de faire", souligne la famille de l'artiste qui était également sculpteur et peintre.

Le musée d'art moderne de  Lyon (France) avait consacré une grande exposition - rétrospective "Infinite  Mercy" à son oeuvre en 2009. Vega a très tôt réalisé des sculptures de lumière  avec des tubes de néon.

A la fin des années 50, Vega avait a étudié la physique et les arts au  Brooklyn College, avec le surréaliste suisse Kurt Seligmann et le peintre  abstrait radical Ad Reinhardt. A sa sortie de l'école en 1969 il a rejoint l'Art Workers Coalition, un  groupe d'artistes radicaux, à l'origine d'une très fameuse polémique avec le  Museum of Modern Art de New York, autour d'un poster dénonçant la guerre du  Vietnam. Il a aussi été membre de l'une des toutes premières galeries d'art  alternative et multimédia de New York.

Punk music

Il a fondé Suicide en 1970, un duo dont il était le chanteur et Martin Rev tenait les claviers. Il a affirmé avoir été inspiré par un concert des Stooges d'Iggy Pop à New York en 1969. Le duo est crédité de l'utilisation du terme punk (voyou en anglais) pour se décrire, après avoir lu un article du journaliste musical Lester  Bangs. Et sur les premiers posters du duo on pouvait lire l'expression - qui  fera ensuite florès et définira tout un genre musical - "Punk Music".

"Jusque-là le mot n'existait pas. Mais c'était juste une façon d'être. Nous  n'aurions jamais imaginé qu'il y aurait un mouvement punk", a expliqué Vega  dans un interview à Igloo en 2008. De fait le grand journaliste musical avait déjà parlé de "punk" pour  décrire les Stooges.
Alan Vega : "Jukebox Baby" (live)
Le premier album, "Suicide", éponyme du nom du groupe, sort en 1977 et est considéré comme l'un des marqueurs dans l'histoire du rock. En 1980, son solo "Jukebox Baby", très rockabilly, fait un tabac en France, où il sera un moment plus connu que dans son pays natal.

Les concerts étaient provocateurs à dessein et Vega, qui à ses débuts  montait sur scène avec une chaîne de moto, était souvent visé par divers objets : des "classiques" de concert rock comme des chaises ou des bouteilles  mais aussi un tomahawk, lancé sur lui lors d'une tournée avec les "Clash".

"Les gens venaient de la rue pour être divertis par notre groupe et pour  oublier leurs problèmes pendant un petit moment, mais quand ils viennent à un  concert de Suicide on leur balance la rue dans la figure et c'est sûr que ça a  probablement énervé tout le monde", a t-il reconnu.

Il a influencé d'innombrables groupes de la New Wave des années 80 mais aussi des rockers comme Bruce Springsteen, dont l'abum "Nevada" a été fortement  inspiré par "Frankie Teardrop", une chanson de 10 minutes racontant le meurtre  de sa femme et de ses enfants par un ouvrier. 
"Frankie Teardrop" par Suicide (1977)
Le rythme basique et lancinant des claviers de Rev sur "Suicide" a donné le  ton pour plusieurs générations de musique électronique. Le phrasé très  particulier d'Alan Vega a aussi inspiré de nombreux chanteurs dans sa foulée. Il a récemment fait un duo avec le chanteur Christophe, qui est un fan  absolu ("Tangerine" sur "Les vestiges du chaos").

Il était de santé fragile depuis un accident vasculaire cérébral en 2012.