Rencontre avec Sandro Faïta, l'un des rares facteurs de cor des Alpes

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/12/2016 à 19H43, publié le 17/12/2016 à 17H31
Sandro Faïta, un des cinq facteurs français de cor des Alpes, dans son atelier de la Croix-Rousse à Lyon.

Sandro Faïta, un des cinq facteurs français de cor des Alpes, dans son atelier de la Croix-Rousse à Lyon.

© S.Hilarion

Ils ne sont que cinq en France, et seulement une vingtaine en Europe. Sandro Faïta est facteur de cor des Alpes. Un instrument atypique, longtemps cantonné au folklore des vallées alpines, mais qui retrouve grâce aux yeux de certains musiciens. Il nous a ouvert les portes de son atelier de la Croix-Rousse à Lyon.

Quand on évoque le cor des Alpes, on a tous en tête la même image. Celle d'un groupe d'hommes, généralement d'un certain âge, costume traditionnel et chapeau vissé sur la tête, rassemblés en arc de cercle, et soufflant dans ces longues cornes de bois au beau milieu des montagnes suisses.

Et c’est normal, car depuis le 19e siècle, le cor des Alpes est resté cantonné à un rôle folklorique, principalement chez nos voisins helvètes qui se sont emparés de l’instrument. Dans l’inconscient collectif, le cor des Alpes est donc originaire de Suisse.

Mais il n’en est rien ! Comme le souligne Sandro Faïta, des écrits du 16e siècle relatent que le cor était présent dans de nombreuses contrées, surnommé notamment l’instrument des bergers d’Orient et d’Occident, ce qui laisse supposer qu’il était utilisé bien au-delà des seules vallées alpines. Il permettait, il n’y a pas si longtemps encore, aux bergers de communiquer entre eux grâce à un langage très codifié. Le portable avant l'heure.

Le cor des Alpes mesure entre 3,5 et 4,5 mètres

Le cor des Alpes mesure entre 3,5 et 4,5 mètres

© S.Hilarion

Retour en grâce

Et pourtant il a été utilisé dans quelques thèmes de symphonies par de grands compositeurs comme Brahms, Strauss ou Malher. Mais le cor des Alpes était resté cantonné à ce rôle folklorique. Or les choses changent, depuis une dizaine d’années l’instrument revient à la mode. Des ensembles amateurs ont vu le jour et des musiciens professionnels, trompettistes, trombonistes et cornistes (d'harmonie), (re)découvrent cet instrument de la famille des cuivres, si proche du leur.

Et petit à petit le cor des Alpes sort de son "univers" traditionnel pour faire quelques incursions dans d'autres styles musicaux et notamment le jazz.
Petite improvisation de Sandro Faïta, avec Alexandre Jous, l'un des meilleurs spécialistes du cor des Alpes.


Plus de 60H de travail

Sa longueur détermine la tonalité de l’instrument. La version la plus répandue est un cor en fa qui mesure 3,52 mètres de long. Mais cela peut aller jusqu’à 4,50 mètres. Les cors sont fabriqués en quatre parties, en épicéa, un bois de résonance, tendre et... léger. Ce qui a toute son importance vu la taille de l'instrument. Au final le cor ne fait plus que 8mm d’épaisseur. En tout il faut à Sandro Faïta plus d’une soixantaine d’heures pour réaliser un cor, entièrement à la main.

Plus de 60 heures de travail sont nécessaires pour réaliser un cor des Alpes

Plus de 60 heures de travail sont nécessaires pour réaliser un cor des Alpes

© S.Hilarion

De la scène à l'atelier 

Sandro Faïta aurait pu mener une belle carrière de soliste. Diplômé du Conservatoire national supérieure de musique de Lyon, il remporte plusieurs concours internationaux prestigieux à Munich, Paris ou encore Osaka. Dans la foulée il est recruté comme cor solo à l’orchestre de la radio-télévision suisse italienne à Lugano puis rejoint l’Orchestre des Pays de Savoie.

Après une dizaine d'années, le musicien professionnel vit de plus en plus mal la "routine" de l’orchestre et décide de changer de vie.

J'avais envie de faire quelque chose des mes mains. L'envie de créer, de fabriquer. J'ai sans doute hérité ça de mon grand-père qui était sculpteur. Et j'avais aussi envie de mettre mon talent de musicien au service de l'instrument, pour chercher à l'améliorer, innover.

Sandro Faïta

Il reprend la suite d'un maître ébéniste de la Croix-Rousse auprès de qui il se forme sur le tas, à l'ébénesterie d'art. Il rebaptise l'atelier "Résonancebois" et tout va ensuite très vite. En deux ans il a déjà fabriqué une cinquantaine de cors, vendus 3000 euros pièce. Ses clients, amateurs passionnés comme musiciens professionnels, viennent de France, de Belgique, du Luxembourg et désormais aussi de Suisse. Une belle reconnaissance de la qualité de son travail et de son amour pour cet instrument vraiment étonnant.

En 2013, Alexandre Jous qui nous a offert cette courte improvisation avec Sandro Faïta, est allé jouer du cor des Alpes au sommet du Mont Blanc. Un petit concert sur le toit de l'Europe dont voici quelques images :