Wu-Tang Clan : que vaut la première exposition à Paris, le Wu Lab ?

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 10/05/2017 à 10H15, publié le 09/05/2017 à 17H51
Les boîtes de raviolis Raekwon The Chef signées de l'artiste Dre Noble, exposées au Wu Lab au centre hip hop La Place à Paris jusqu'au 18 mai 2017.

Les boîtes de raviolis Raekwon The Chef signées de l'artiste Dre Noble, exposées au Wu Lab au centre hip hop La Place à Paris jusqu'au 18 mai 2017.

© Laure Narlian / Culturebox

Une exposition sur le Wu-Tang Clan, ce groupe de rap new yorkais légendaire qui a révolutionné le hip-hop au plan artistique et économique au début des années 90 ? Quelle bonne idée ! Sauf que l'exposition qui se déroule du 5 au 18 mai au centre hip hop La Place à Paris parle moins du groupe que de son impact sur la créativité des artistes, des designers, des marques et des fans.

Une expo n'est pas de trop pour la légende du Wu-Tang Clan

Depuis la spectaculaire rétrospective itinérante David Bowie du Victoria & Albert Museum, montrée en 2015 à la Philharmonie de Paris, on rêve dans le hip hop de ce genre d'exposition centrée sur 2Pac, Biggie ou le Wu Tang Clan. Sauf que "David Bowie Is", tirée des phénoménales archives personnelles de l'artiste qui avait tout conservé depuis ses débuts, a placé la barre très haut.

La tribu new yorkaise du Wu-Tang Clan paraît néanmoins particulièrement indiquée pour ce genre d'exercice. Ses membres sont presque tous encore de ce monde (sauf Ol Dirty Bastard) et il y aurait tant à raconter sur la saga exceptionnelle de ces neuf mc's venus des cités sacrifiées de Staten Island (New York) parvenus au firmament en un temps record dans les années 90.

Il y aurait tant à expliquer sur leur mythologie et sur leur production musicale minimaliste et singulière, fruit de la nécessité. Tant aussi à montrer quant à leur inspiration venue des films de kung fu et des philosophies asiatiques. Sauf que rien n'est simple et Olivier Annet N'Guessan, qui propose cette exposition Wu Lab à Paris, en sait quelque chose.

Des skateboards aux couleurs du Wu Tang Clan exposés au Wu Lab, dont un collector (au premier plan) signé par Raekwon et par le pionnier du skateboard Chad Muska en 2002.

Des skateboards aux couleurs du Wu Tang Clan exposés au Wu Lab, dont un collector (au premier plan) signé par Raekwon et par le pionnier du skateboard Chad Muska en 2002.

© Laure Narlian / Culturebox

Vous ne verrez pas d'effets personnels au Wu Lab

Alors voilà. On aurait voulu voir des effets personnels, des instruments, des paroles manuscrites, des croquis de pochettes ou des storyboards de clips. Ou même ce fameux album à exemplaire unique acquis à prix d'or par l'un des businessmen le plus détestés d'Amérique, Martin Shkreli. Ou encore le contrat historique et révolutionnaire signé par le Wu tang Clan chez Loud/RCA à l'aube des années 90 et qui permettait à chacun des membres du groupe d'aller signer ailleurs en solo où bon leur semblerait. Toutes choses que vous ne verrez pas à l'exposition Wu Lab.

Le Logo du Wu-Tang Clan réalisé an cristaux Swarovski exposé au Wu Lab.

Le Logo du Wu-Tang Clan réalisé an cristaux Swarovski exposé au Wu Lab.

© DR

Le Wu Tang Clan est méfiant et peu prêteur

"Il faut que les gens comprennent que c'est une exposition sur les objets", explique Olivier Annet N'Guessan. Des objets produits et générés autour de la marque Wu-Tang Clan. Exposer d'autres choses plus personnelles, ils s'y refusent, assure cet ancien journaliste rap chez RER. Fan du collectif et collectionneur depuis une vingtaine d'années, il a approché de près les têtes pensantes du collectif autour de ce projet, rencontré le rappeur U-God et Mook, l'un des businessmen piliers du groupe, puis RZA, l'éminence grise du Clan.

"J'ai beaucoup parlé avec eux pendant deux ans. Ils ont des tonnes d'anecdotes à raconter mais exposer des effets personnels ou un contrat ils ne veulent pas. D'abord il craignent le côté musée = mort. Et puis ils sont très méfiants", raconte Olivier Annet N'Guessan. On suppose également que ces durs à cuire partis de rien ne supporteraient pas que quiconque se fasse de l'argent sur leur dos. En langage Wu-Tang, " C.R.E.A.M." : Cash Rules Everything Around Me, cream get the money, dollar, dollar bill ya'll !

Une boîte à rythmes de RZA, producteur et éminence grise du Wu-Tang Clan, exposée au Wu Lab.

Une boîte à rythmes de RZA, producteur et éminence grise du Wu-Tang Clan, exposée au Wu Lab.

© Laure Narlian / Culturebox

Une centaine d'objets exposés

"Je suis allé au 36 Chambers, la maison-studio de RZA dont le lieu est tenu secret, et j'ai été très impressionné", se souvient encore Olivier Annet N'Guessan. "C'était aménagé avec goût, entre l'art africain, l'art asiatique et l'art moderne. Il y avait des jeux d'échec partout et tellement d'objets, j'aurais voulu tous les ramener ! Mais ils ne prêtent rien et il est interdit de prendre la moindre photo."

Avec patience et ténacité il a néanmoins rassemblé une centaine d'objets, obtenant quelques prêts comme une boîte à rythmes de RZA, une jante de voiture Wu-Tang Clan à quatre exemplaires, dénichant une casquette Wu-Tang tchèque à visière de bois, des skateboards dédicacés, des photos, des toiles et ces réjouissantes boîtes de raviolis Raekwon The Chef signées de l'artiste Dre Noble. Il a aussi fait travailler des marques et des artisans pour proposer des exclusivités, comme la centaine de K-Way en édition limitée ou le sac à main Wu-Tang Clan réalisé par un maroquinier, Damien Béal.

Un sac Wu-Tang Clan réalisé spécialement pour l'exposition par l'artisan maroquinier Damien Béal.

Un sac Wu-Tang Clan réalisé spécialement pour l'exposition par l'artisan maroquinier Damien Béal.

Ce Wu Lab aura valeur de test

L'objet qu'il aurait voulu exposer et n'a pas eu ? Une des paires de Nike Dunk aux couleurs du Wu-Tang Clan produite à seulement 36 exemplaires en 1999 et qui valent chacune entre 15.000 et 20.000 euros. Mais aussi une des toiles de Ol'Dirty Bastard, car le plus frappadingue des mc du Clan, mort en 2004, était aussi peintre à ses heures. 

Cette première exposition, Olivier Annet N'Guessan la voit comme un laboratoire. Comme le début d'une aventure qui aura valeur de test auprès des membres du Wu-Tang Clan et pourrait ouvrir des portes vers une suite. En attendant, l'Angleterre et le Japon sont déjà sur les rangs pour accueillir une version de ce premier Wu Lab. Finalement, que nous dit cette exposition en creux ? Qu'avec ses 40 ans d'existence, le rap est assez mûr pour entrer au musée. Mais les rappeurs, pas encore. Encore un peu de patience. 

Method Man et Inspectah Deck du Wu-Tang Clan sur le tournage d'un clip.

Method Man et Inspectah Deck du Wu-Tang Clan sur le tournage d'un clip.

© Marc Villalonga

 

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