USA : des rappeurs défendent la liberté d'expression devant la Cour suprême

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/12/2015 à 20H08, publié le 23/12/2015 à 09H13
Killer Mike au Festival Coachella Valley Music 2015

Killer Mike au Festival Coachella Valley Music 2015

© Karl Walter/AFP

Une demi-douzaine de rappeurs, parmi lesquels T.I., Big Boi du duo Outkast, Killer Mike de Run The Jewels ou encore Pharoahe Monch, ont volé cette semaine, auprès de la Cour suprême, au secours d'une jeune pousse du rap, au nom de la liberté d'expression.

La Haute cour a reçu lundi un mémoire cosigné par plusieurs stars du hip-hop demandant à ce qu'un morceau de rap d'un lycéen bénéficie du Premier amendement de la Constitution des Etats-Unis, qui garantit la liberté
d'expression.

Ces rappeurs se sont associés à une trentaine d'universitaires pour se constituer en "amici curiae", un organisme qui peut dans le droit américain se proposer de fournir des éléments de contexte au tribunal, pour l'aider à se faire un avis sur cette affaire.


La cour d'appel refuse d'accorder la protection du premier amendement au rap


Ils défendent un adolescent exclu de son lycée dans le Mississippi (sud) pour un morceau de rap publié sur internet, estimant que la chanson doit pouvoir être protégée par le Premier amendement.

"La cour d'appel dans sa décision refuse d'accorder la protection du Premier amendement au rap, que certains considèrent comme le genre musical le plus important des 50 dernières années", font-ils valoir dans ce mémoire de 34 pages.

En décembre 2010, Taylor Bell, un lycéen américain, avait publié un morceau de rap intitulé "PSK da Truth" sur sa page Facebook, après avoir entendu plusieurs lycéennes se plaindre de harcèlement sexuel de la part de deux entraîneurs de l'école.
   

Un flingue dans la bouche

 
Dans ce morceau, enregistré sous le pseudonyme de T-Bizzle, l'aspirant rappeur s'en prend violemment aux entraîneurs, en chantant notamment "Looking down girls' shirts, drool running down your mouth/Going to get a pistol down your mouth" ("Tu regardes sous les chemises des filles, la bave au bord des lèvres/Tu vas te prendre un flingue dans la bouche").

Pour son lycée, ces paroles constituent "des menaces" contre le corps enseignant et ont motivé son renvoi. L'adolescent et sa mère ont alors porté plainte contre l'établissement, en arguant que ces paroles n'étaient pas à prendre au pied de la lettre, et qu'une telle violence était courante dans les paroles de rap.

Mais l'adolescent n'a pas obtenu gain de cause, même auprès de la cour d'appel fédérale devant laquelle il s'est pourvu. Ses avocats ont donc décidé de porter l'affaire devant la Cour suprême américaine, la plus haute autorité judiciaire du pays.


Cour suprême ?


Les sages de la Cour suprême ne savent toujours pas s'ils vont s'emparer de l'affaire - la décision devrait être prise en février - mais ce mémoire a pour but de les y inciter.

"Les paroles de Taylor Bell sont banales dans le rap, elles reflètent les conventions du genre. Le gouvernement a puni un jeune homme pour son art, et -cela est plus troublant - pour le genre musical qu'il a choisi pour s'exprimer", plaident les stars du hip-hop et les universitaires dans leur mémoire.

Ces derniers citent les exemples de Johnny Cash et de Bob Marley. Le premier est notamment connu pour son morceau "Folsom Prison Blues", dans lequel il chante "I shot a man in Reno just to watch him die" ("J'ai tué un homme à Reno pour le regarder mourir"), alors que le second a connu le succès avec sa chanson "I shot the sheriff" ("J'ai tiré sur le shérif").

Aucun des deux n'avait commis ces crimes dans la vraie vie, rappellent les auteurs du mémoire.