Public Enemy sort un album surprise à l'écoute en streaming

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 18/07/2015 à 18H46, publié le 18/07/2015 à 18H15
Chuck D de Public Enemy sur scène à Londres (Wireless Festival) le 28 juin 2015.

Chuck D de Public Enemy sur scène à Londres (Wireless Festival) le 28 juin 2015.

© Justyna Sanko/Landm/NEWSCOM/SIPA

Le groupe de hip-hop new yorkais légendaire sort un album surprise le 25 juillet. "Man Plans, God Laughs" est déjà à l'écoute en streaming sur Spotify (ci-dessous) et en vente sur le site de Public Enemy. Un clip choc illustre la chanson titre, qui montre que si l'éminence grise du groupe Chuck D a toujours envie de mordre, il se préoccupe surtout de la jeune génération en ces temps troublés.

"Fight The Power For The Kids Who Don't Know", rappe Chuck D dans "Man Plans, God Laughs", appelant à se battre pour les jeunes. "Speaking Words But No Wisdom, Make Em Dumb (...) Be The Change You Wanna See And Wanna Be". "Les discours sans sagesse les rendent bêtes", ajoute-t-il comme un reproche aux rappeurs en haut des hit parades. "Soyez le changement que vous voulez voir advenir", continue le vieux sage âgé de 55 ans, en concluant "Faites-le pour la jeunesse".

Légende du rap américain emmené par Chuck D, Public Enemy milite une fois de plus pour l'éducation et la conscience face à la violence et à tous les pièges que tend la société aux noirs américains.

"N'attendez aucune sympathie du pouvoir"

Dans ce très beau clip, on suit un jeune garçon noir américain aux prises avec la violence des autres puis de la sienne, rattrapé par sa conscience (la petite voix de son professeur), qui l'empêche in extremis de tomber dans le piège que la société américaine lui tend de tous côtés - mal finir, mort ou en prison. En deux minutes, tout est dit.

"Avec les troubles actuels dans la société, la brutalité policière et ce qui s'est passé à Baltimore, n'attendez aucun sympathie du gouvernement pour le peuple, particulièrement aux Etats-Unis", prévient Chuck D dans une interview à Rolling Stone. "Je n'impute pas cela du tout au président Obama", qui n'a fait qu'hériter du problème, souligne-t-il. "Cela va empirer et chavirer lorsqu'il va partir", prophétise-t-il. "C'est là qu'il n'y aura vraiment plus de sympathie de la part du Diable." (Jeu de mots sur le fameux titre des Rolling Stones Sympathy for the Devil).
 

Un album inspiré par Kanye West, Run the Jewels et Kendrick Lamar

Ce 13e album coup de poing - avec des punchlines qu'il a voulu comme des crochets du droit du mythique boxeur George Foreman - a été enregistré en Californie au printemps, avec un seul producteur, le fidèle G-Wiz. Ce disque, qui ne contient que 8 titres et dure moins de trente minutes, est disponible à l'achat en version digitale sur le site de Public Enemy et distribué par sa propre compagnie, SPITDigital.

Chuck D dit s'être inspiré à la fois du travail de Kanye West et Rick Rubin sur "Yeezus", mais aussi de l'album de Kendrick Lamar "To Pimp A Butterfly" et du second album du duo Run The Jewels. Mais, s'il a légèrement remis le son de PE au goût du jour et troqué la complexité et la densité de ses textes pour des paroles plus directes, il fait toujours du Public Enemy.

"Il faut se battre pour le changement"

Selon lui "Man Plans, God Laughs" "est un commentaire sur le 21e siècle dans ce monde technologique mais encore politique." On sent bien qu'il craint d'alleurs de voir le politique, le vrai, s'effacer à bas bruit du paysage. Pour les prochaines élections présidentielles américaines, Chuck D est loin de se prononcer et reste surtout très critique.

"Les libéraux sont conservateurs et les conservateurs semblent libéraux quand ça les arrange. Alors dites moi. Tout ce que je sais c'est que quand ils citent des noms comme Clinton (Hillary, la femme de Bill) et Bush (Jeb, le fils de George), ça sonne comme une redite et une aristocratie". 

Face aux tensions raciales, très vives ces derniers mois aux Etats-Unis, son point de vue reste le même qu'il y a 25 ans, à l'époque du monumental "Fear of a Black Planet". "On espère toujours que les mouvements artistiques et culturels peuvent stimuler des changements, mais hélas la seule chose qui change les choses durablement est la loi", explique-t-il au site Maxim. "Ca ne va pas changer tout seul. Il faut se battre pour le changement. Les collectifs sont toujours mieux que les individus." Pour lui, ce ne sera jamais le moment de baisser la garde ni de la jouer perso.

La pochette de Public Enemy "Man plans, God Laughs"