Oxmo Puccino fait l'éloge de la lenteur dans "La voix lactée", son nouvel album

Par @Culturebox
Publié le 13/11/2015 à 15H26
Oxmo Puccino à Bercy en 2010 © Pierre Verdy / AFP

Dans son huitième album, paru vendredi, Oxmo Puccino fait l'éloge de la lenteur et du temps nécessaire à la réflexion, "une question de survie", estime cet "ancien" du rap français qui se voit avant tout comme un "chansonnier".

"À cheval sur une tortue, j'arrive au galop/Depuis que la mort tue faut y aller mollo", scande le désormais "quadra" (41 ans) dans sa chanson-manifeste "Slow life", où il appelle aussi à "l'audace contre le burn out/Un bon dodo, plus de yeux au beurre noir".
Oxmo Puccino, un rappeur aimant les rencontres avec d'autres styles musicaux, cultive sa singularité et son image de "sage" en marge du "rap game", le nom donné à la compétition entre rappeurs comparant leurs chiffres de ventes, la taille des salles remplies ou s'échangeant des messages plus ou moins agressifs.

La lenteur, "une question de survie" 

Cet éloge de la lenteur, "c'est une question de survie", explique Oxmo Puccino, qui estime appartenir au "courant cool, de la patience, le courant qui prend son temps".  "On est dans un tourbillon aujourd'hui, on ne prend plus le temps de penser, de réfléchir à nos actes, nos décisions ou même d'avoir une pensée pour les gens qu'on aime. Tout ce dont un être humain a besoin pour exister émotionnellement, tout ça est réduit", ajoute le natif de Ségou, au Mali, arrivé en France à l'âge d'un an.
 
"La mode, le regard du voisin/C'est un exploit de penser par soi-même/Quelle que soit la fortune on finit pauvre/Quand on exauce que les vœux des autres", chante-t-il sur un air de guitare dans "Ton rêve", autre titre de ce 8e album, "La voix lactée". Mais il sait aussi se faire mordant en pointant les notoriétés vite acquises par la télévision parfois "pour de mauvaises raisons".          

"Le rap, musique la plus actuelle qui soit"                     

Le rap, estime Oxmo Puccino, "c'est la musique  à texte la plus actuelle qui soit". "D'ailleurs, j'estime que je suis un chansonnier, comme les chanteurs parisiens qui marchaient dans les rues et à qui on jetait une pièce quand ils arrivaient à émouvoir". D'une fête d'anniversaire surprise à la blessure d'un père séparé qui ne voit plus ses enfants qu'un week-end sur deux, il puise son inspiration dans la vie quotidienne, capable également de broder autour d'une "porte" comme dans l'album enregistré l'an dernier avec le trompettiste Ibrahim Maalouf sur le thème d'Alice au pays des merveilles.

Le souvenir de l'esprit de 1998 

De ce nouveau disque, composé et réalisé avec Renaud Létang (collaborateur notamment d'Alain Souchon, Jane Birkin, Manu Chao...), il se souvient aussi de l'esprit de 1998 où toute la France était descendue dans la rue pour célébrer la victoire en Coupe du monde de football: "Le peuple jetait la joie par les fenêtres/Les CRS portaient des guirlandes/On sautait du Vélodrome à Gerland."
 
"Ce morceau n'est en rien de nostalgique", précise Oxmo Puccino. "Il fait juste état de la France d'aujourd'hui par rapport à un rêve qui a été réalité cette année-là", dit-il, souhaitant se souvenir de la communion globale de tous les Français, quelle que soient leurs origines, autour de l'équipe de Zidane. "C'était un grand moment de fête, reprend-il. Je fais ce morceau aujourd'hui parce qu'on arrive à une génération d'adulte qui n'aura pas vécu ce moment-là. J'ai voulu préserver ce souvenir..."