L'homme akkordéon Bat point G : un premier album pour une révélation

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/04/2013 à 12H45, publié le 16/04/2013 à 09H20
Bat point G, pochette de l'album "Juste une note"

Bat point G, pochette de l'album "Juste une note"

© Ipin

BAT point G. Un nom bien énigmatique pour ce "martien" et son "piano à bretelles". Il pose son oeil scrutateur sur le monde et la société, s'interroge sur ce qui l'entoure et le façonne, entre beauté du monde et laideur de l'humain. Dans un style ubuesque mêlant hip-hop incisif et langueur de l'accordéon, son premier album "Juste une note" est aussi étrange qu'essentiel.

Dès le premier crissement de l'accordéon, la musique de BAT point G (alias Baptsite Guiliano) interpelle. Il y a dans ce mélange entre sonorités hip-hop et accordéeon un petit quelque chose d'irrésistiblement attirant. Et pourtant, la sensation d'être dérangé, presque malmené, ne nous quitte plus. Il faut du temps pour s'habituer à ces sonorités inédites.
Passé ce délai, qui variera suivant la personne qui écoute, on abandonne toute résistance et la part d'angoisse ressentie laisse place à une forme de délectation toute particulière, explosant le carcan des conventions. Ce qui reste, c'est la fascination qu'exerce la mélodie, savant mélange entre sonorités métaliques et charme rétro de l'accordéon. 
"c.q.f.d" version live en session acoustique
"Hématomes crochus"

BAT point G, qui apparaît comme un être en sursis dans ce monde, se fait porte parole de l'homme dans toute la splendeur de son ambivalence. En création permanente, la plume au bout des lèvres, il est le chantre d'une sorte de vague à l'âme, de mal du siècle au sens du Spleen de Baudelaire. "Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle / Sur l'esprit déchiré en proie au long ennui". Voilà qui semble résumer l'esprit de BAT.
Et pourtant, l'artiste  a aussi quelque chose d'un humaniste. Son flow coule comme une poésie désabusée, mais il y a toujours une lueur d'espoir au bout du tunnel. Comme il l'explique, jouer est un acte salvateur, un remède au mal-être. C'est "pour ne plus croire aux bombes H" qu'il déverse sa prose, comme si le fait de dire les choses permettait de mieux accepter ses angoisses. Sa musique puise sa force du chaos, et ce chaos s'organise, devient inspirant.

"SOS, le monde est HS" nous dit BAT. Oui, mais ce grand déglingo croit en l'homme et sa capacité à toujours avancer. BAT point G dénonce un état de fait général et invite les autres à ne pas se laisser broyer par la masse et le tout capitaliste. Pour autant, il reste dans le ressenti et ne se veut pas explicitement politique. "Ma tête, mon coeur et mes couilles", scandait Grand Corps Malade. BAT point G joue et rape avec ses tripes. Son son sonne comme un cri du coeur et un hymne à la liberté totale.
Avec subtilité et élégance, il sort de son cocon et se livre totalement pour mettre son art au service des autres. Apprendre à croire en soi, devenir maître de son desin et toucher le bonheur des choses simples de la vie, voilà le credo de l'homme akkordéon. 
Bat point G : l'homme akkordéon entre terre et mer

Bat point G : l'homme akkordéon entre terre et mer

© Anne Clerc
Entre espoir et désespoir : l'homme

Par ses expérimentations, BAT point G fait aussi l'apologie d'un renouveau permanent. Il chante pour les opprimés et leur explique que la rage n'a qu'un temps. Les dérives mélancoliques, le vague à l'âme, sont chassés par des changements de tonalités qui sont autant de bouffées d'air libératrices. Par  des sonorités moins dures et un ton résolument plus gai, il montre que les blessures de l'homme peuvent être pansées. La beauté, l'amour et le désir affleurent à la surface et viennent chasser la grisaille de Paris, sa capitale d'adoption.
BAT cherche le liant entre les individus, pour qu'ils se trouvent, se voient, et s'acceptent comme ils sont. Quand la carapace tombe, c'est là que l'échange et la vraie découverte de l'autre deviennent possibles. Dans un monde de faux-semblant, on ne trouve le bonheur que dans le partage. C'est bien là le but ultime de toute chanson. 
Clip de la chanson "Basket", métaphore sur l'acceptation de soi-même et de l'autre
Dérives schizophréniques

BAT point G met en avant le délire de l'homme, éternel schizophrène, sujet tantôt à l'amour, tantôt à l'autodestruction. Chaque mot claque, réchauffe ou fait mal. Impossible de rester de marbre. Deux polarités contraires, deux continents, gris de Paris et bleu de la mer, requiem ou musique sautillante, Bat ne cesse de naviguer entre deux extrêmes, comme s'il était impossible de parvenir à un semblant d'équilibre. Ce qu'il exprime, c'est le manque criant d'abscence de structures dont souffre l'homme moderne. A ses yeux, l'humain est trop souvent devenu un pantin en mouvement, un corps clinique qui "se cogne" aux aspérités de la vie. Perdu et esseulé, il ne la traverse plus mais la défie, quitte à y laisser une part de lui-même.

Entre rêve et cauchemar, la voix de l'artiste est une véritable mise en abîme de l'âme humaine. BAT G se met à nu, offre son corps à la scène et met son âme au service de sa musique. "CQFD". Ce qu'il faut démontrer. C'est le titre de sa première chanson. Tout est dit, les mots permettent à l'homme de sortir de la caverne et de commencer à exister par lui même et pour lui-même en trouvant sa juste place. 

Bat point G / "Juste une note" / PCprod / Sterne / SonyMusic, sortie nationale le 8 avril 2013
Prix : 14, 99 €
Pour en savoir plus sur Bat point G