Jazz sous les Pommiers

du 20 au 27 mai 2017

Jazz sous les pommiers : N3rdistan, le rap marocain chante les poètes arabes

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/05/2017 à 14H04, publié le 27/05/2017 à 17H00
Walid Benselim, le cofondateur du groupe N3rdistan sur la scène du Magic Mirror à Coutances le 25 mai.

Walid Benselim, le cofondateur du groupe N3rdistan sur la scène du Magic Mirror à Coutances le 25 mai.

© France 3 Culturebox

Un vent venu d'Afrique du Nord a soufflé sur Jazz sous les Pommiers à Coutances le 25 mai avec le concert de N3rdistan (prononcez Nordistan), un groupe marocain emmené par Walid Benselim. Pionnier du rap dans son pays, le chanteur s’est servi de la musique pour contester le régime d’Hassan II. Un engagement politique et culturel qui mêle modernité des sons et tradition poétique arabe.

Inutile de chercher le Nordistan sur une carte. Il s’agit d’un pays imaginaire, une sorte d’espace musical sans frontière créé de toutes pièces par Walid Benselim et Widad Broco en 2014. Walid est au chant et à la guitare, Widad aux machines mais il y a aussi Benjamin Cuccaria à la kora et à la flûte et Cyril Caneri aux percussions. Le rap est au cœur de leurs chansons, rythmé de musique électro et porté par un engagement qui a marqué le parcours musical de Walid et Widad. Mais s'ils sont révoltés par ce qui se passe dans leur pays d'origine, pas question pour eux de faire table rase de leurs racines.

Inspiré par les poètes arabes

Certains morceaux de N3rdistan puisent ainsi leur inspiration dans la poésie arabe. Plusieurs titres sont tirés des textes du poète révolutionnaire irakien Ahmad Matar, en exil depuis les années 80 pour avoir critiqué le régime de Saddam Hussein et les États arabes. Dans les années 70-80, bien avant les Printemps arabes, il écrivait : "Vous célébrez le mariage de l’injustice et de l’oppression. (…) Nous ne vous demandons que de partir et, malgré tout le mal que vous nous avez fait, nous n’oublierons pas cette faveur que vous nous ferez en partant. Dégagez !" En arabe, ce "Dégagez !" se dit  "Irhalou !"... Une injonction qui deviendra un des slogans des populations arabes révoltées en 2011.

Reportage France 3 Normandie : S. Rouil  / J. Guillaud / C. Moschetti

Une culture plus revendicative

Pour comprendre la genèse de ce goupe et son état d’esprit, il faut remonter dans l’enfance de ce musicien né à Casablanca, au Maroc, en 1984 sous le régime d’Hassan II. 

Walid est élève au Conservatoire où il étudie le violon mais c’est au lycée qu’il rencontre la jeune Widad Broco. Ils ne vont plus se quitter et monter ensemble un des premiers groupes de rap marocain, Thug Gang. Faire de la musique et surtout du rap, c’est alors une façon pour eux de s’opposer à la dictature, même quand celle-ci "s'assouplit" à la mort d’Hassan II en 1999, avec l’arrivée de son fils Mohammed VI au pouvoir. "À l’époque", raconte Walid, "on rejetait la culture de nos parents. On voulait une culture plus revendicative et on s’est totalement retrouvés dans le rap."
Au début des années 2000, il devient avec son groupe un des porte-drapeaux de toute une génération avide de liberté. En 2001, Thug Gang remporte le Tremplin au festival le Boulevard des Jeunes musiciens, à Casablanca. Mais si le groupe est reconnu, il n’en dérange pas moins le régime...

En 2002, Walid et Widad quittent le Maroc et viennent en France pour faire leurs études en économie à Perpignan. Après avoir travaillé en entreprise, leur passion de la musique finira pas les rattraper. Le début de l'aventure N3rdistan...

Les prochains concerts de N3rdistan :
Le 24 juin à Rouillac (16)
Le 7 juillet à Herouville-Saint-Calir (14)
Le 11 juillet à Argeles-sur-Mer (66)
Et le 10 novembre à Montauban (82)

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