Entrez dans le monde de PNL : 5 choses à savoir sur le phénomène rap

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 27/02/2017 à 19H41, publié le 15/09/2016 à 19H29
PNL au festival We Love Green début juin 2016.

PNL au festival We Love Green début juin 2016.

© Laure Narlian / Culturebox

Depuis un an, ce duo de rap français squatte la tête des charts et affole les compteurs de Youtube. Ademo et NOS, deux frères de la cité chaude des Tarterêts (91), sont pourtant silencieux dans les médias et cultivent soigneusement le mystère. Leur troisième album en 18 mois, "Dans la légende", sort vendredi et promet de provoquer un raz-de-marée. Voici 5 clés pour entrer dans leur monde.

1.

Qui est PNL ?

Ils ont beau voler de record en record, être appréciés des cités comme des branchés (sans oublier d'être décriés), les deux frères de PNL ne parlent pas aux médias et n'accordent aucune interview. Indépendants, ils se sont faits tout seuls grâce, on l'imagine, à un butin illégal, et entendent rester maîtres de leur agenda. D'eux, on ne sait presque rien. Tarik alias Ademo, est âgé de 29 ou 30 ans et Nabil alias NOS est de deux ans son cadet. Originaires de la Cité dure des Tarterêts à Corbeil Essonne, ils ont surnommé ce grand ensemble le Zoo, d'où le "Z" qui est leur signe de ralliement avec les mains. S'ils mettent un point d'honneur à ne pas quitter cette cage, c'est sans doute pour rester fidèles à leur crédo : Que la Famille (QLF), c'est-à-dire on reste entre nous et on partage avec notre tribu. Quant à PNL, il s'agit de Peace 'N Lovés (Lovés étant un mot d'origine rom pour argent, monnaie).

Après des essais infructueux en solo chacun de leur côté, le duo s'est formé début 2014 à l'issue d'un séjour en prison pour Ademo. Il était vraisemblablement tombé pour vente de drogue, dont il est beaucoup question dans leurs paroles. Le refrain de "Le Monde ou Rien", une chanson de leur second album "Le Monde Chico" paru en octobre 2015, a été l'un des slogans galvanisants de Nuit Debout et des manifestations anti-loi travail. PNL n'est pourtant pas un groupe engagé. Juste deux gars de cité gravement désenchantés, condamnés depuis toujours à tourner en rond et dealer du shit en bas des barres d'immeubles. Sauf que tout compte fait, la rime paie.

"On est voués à l'enfer, l'ascenseur est en panne au paradis
C'est bloqué ? Ah bon ? Bah J'vais bicrave dans l'escalier." ("Le Monde ou Rien").

Un clip tourné dans la cité de la série Gomorra en Italie, la Scampia, l'une des plus dangereuses d'Europe.

2.

Un Langage Crypté 

Ecouter PNL la première fois c’est comme entendre chanter en coréen. On n’y comprend rien. Ou plutôt si, mais un mot sur deux, comme quand le portable a des ratés. La langue fleurie de Nos et Ademo intrigue car elle est unique. Elle abuse du verlan et du verlan de verlan, de mots d'argot, d'acronymes ésotériques, de mots d'arabe et de termes inventés; elle simplifie, zappe les articles et tord la syntaxe, donnant naissance à un sabir déconcertant fermé à double tour. Les références aux jeux vidéo et aux films de Disney sont limpides mais pour le reste il faut trimer pour voir la lumière. Au bout de la chasse au trésor, un monde s'ouvre à vous. Une prof de français pleine de bonté a analysé leurs paroles. Grâce à elle, de Paris à Marseille, des cours de récré à l'Elysée, on parle désormais couramment le PNL.

"Million d'vues en 24 heures, zen
Mon frigo n'a plus peur (…)
J'fais plus taga, QLF se fait le rap FR"
("J'suis QLF")

Lexique Express du Vocabulaire PNL

Aya : une variété de haschich d'Afrique du Nord
Le Biff : l'argent
Bibi (dérivé de bicrave) : vente de drogue
Bon-shar : le charbon, c'est-à-dire le travail
Bulle : du shit "bulle", de très bonne qualité
Buter (j'la bute) : vendre de la drogue
Casper : pas le petit fantôme du film mais un cousin des frangins
Cliquos : client
Faire P2 : partager son joint
Igo : mec
Mif : Famille
QLF : Que La Famille
Parlu : parloir en prison
Taga : le shit
Vé-her : Hervé, leur meilleur client
White Widow : une herbe très forte
Zoo : le surnom que PNL a donné à sa cité

3.

Des Paroles Désenchantées 

De prime abord, il est tentant de ne voir dans les textes de PNL que consternante indigence. Ce serait pourtant une erreur. D'abord, il suffit de tendre l'oreille pour percevoir la désespérance abyssale que portent les frangins des Tarterêts. Dans leurs paroles, il n'est question que de défaite, d'abîmes de déconfiture et d'espoirs flingués. De deal de drogue essentiellement, de prison, de fatalité, de misère sociale et pour tout dire d'enfer. La gloriole obligée du rap est là aussi bien sûr, mais globalement en sourdine.
 

"Hey, mes amis, on danse ou on crève ?
J'suis dans le four, j'ai chaud, j'ai la dalle
La pesanteur sur le dos qui s'installe
Hey la vida loca nous rend animal
Tout niquer devient vital
J'me défonce pour me rappeler
J'me défonce pour oublier " (Oh LaLa)


Et puis, au milieu du foutoir indomptable de cette langue vivace, entre deux traits de vulgarité épaisse jetée avec dégoût, des fulgurances poétiques attendent de vous foudroyer. L'aveu terrible de NOS sur "DA" en est un : "Mes rêves ne me font plus bander", lâche-t-il, définitif. On ne s'est toujours pas remise de ce crochet à l'estomac. Dans "Le Monde ou Rien" il dit aussi "J'suis la pomme pourrie qui s'écarte du panier/J'nique ma solitude tant que les poches sont bien accompagnées". La tristesse des textes de PNL transpire le vécu. "Donne moi des ailes pour que j'm'envole/J'regarde le ciel cloué au sol" ("Recherche du bonheur"). Comment mieux résumer l'horreur, le piège et le ciel bas des cités abandonnées?

Les gars sont inconsolables mais ils ont aussi de la punchline fun. "J'veux pas d'calin, j'suis qu'un glaçon sous string ficelle" (Le Monde ou Rien). Ou "Avant j'étais moche dans la tess/Aujourd'hui j'plais à Eva Mendes" (DA). L'humour de PNL, c'est l'élégance au fond du trou.
 

4.
Des instrus planantes, un chant auto-tuné

Gaffe : en bons dealers, Nos et Ademo s'y entendent à vous rendre accro. Si leur vocabulaire crypté peut rebuter, leur musique aérienne est leur cheval de Troie. Le contraste entre la douceur de la musique et la crudité des textes est ce qui les caractérise désormais le mieux. Dans le milieu rap, on murmure que les PNL sont très exigeants sur le tapis sonore de leurs rimes. Les instrumentaux doivent les inspirer, être expressifs et susciter des émotions. De fait, il s'agit généralement de plages électroniques planantes et rêveuses, au pouls ralenti. Des productions si "droguées" qu'elles sont capables de donner une impression saisissante d'expansion de conscience ("J'suis QLF" par exemple).

Qui est responsable de ces instrumentaux synthétiques ? Personne en particulier. Plus surprenant encore, PNL fait son marché sur internet. Les deux rappeurs jettent leur dévolu sur des "type beats", ces beats "à la manière de" telle ou telle star du rap, postés sur Youtube par des producteurs américains en quête de notoriété. Des prods vendues à qui veut pour une bouchée de pain (20 dollars le MP3, 200 dollars avec tous les droits). Des beats déjà usés par d'autres, et dont PNL a parfois indélicatement oublié de régler la note ou de signaler les crédits. La plus énorme des omissions ? Le sample de base de leur "Tchiki Tchiki", emprunté en toute innocence à la B.O. de "Furyo" signée Ryuichi Sakamoto. Mais c'est du passé. Aujourd'hui, on se bat pour leur fournir de l'exclusif et du sur-mesure.

L'autre petite révolution de PNL est leur utilisation remarquable de l'auto-tune, ce logiciel correcteur de voix, incontournable dans le rap actuel. "J'suis pas un rappeur, sans vocodeur j'suis claqué", reconnait humblement Ademo sur "Mowgli". Il dit aussi "J'connais le million mais j'chante toujours pas la-la-la-la". Alors que l'auto-tune ôte souvent toute personnalité et toute émotion au chant, PNL en fait un usage intelligent, conserve l'expressivité et permet aux deux mc de chevaucher en souplesse, de façon onctueuse, les vagues lentes de ces fameux instrumentaux. Pour certains grands blessés de la vie, c'est l'équivalent d'un baume.
 

5.
Des Clips Spectaculaires

Mais la plus stupéfiante et la plus efficace des bottes secrètes de PNL ce sont ses clips.  Ces vidéos de luxe, filmées aux quatre coins du monde avec des moyens de stars (des drones notamment), affolent les compteurs Youtube : 51 millions pour "DA", 50 millions pour "Le Monde ou Rien". Grâce à ces clips, les fans décollent du bitume et voient du pays, de la Namibie (la savane africaine de "La Vie est Belle") à l'Islande ("Oh Lala") ou au Japon ("Tchiki Tchiki", retiré d'internet pour les questions de droits évoquées au paragraphe 4).

Pour "Le Monde ou Rien", le duo montre qu'il a le bras long et ne craint rien : il tourne dans la cité de la Scampia, quartier de Naples immortalisé dans la série Gomorra, une plaque tournante de la drogue considérée comme la cité la plus dangereuse d'Europe. "DA" est une autre de leurs pépites vidéos : filmée dans leur cité des Tarterêts avec "tous leurs semblables en bas", ils y ramènent leur disque d'or comme un trophée à partager.

Mess (Kame Rame Ha!), un jeune gars du quartier qui réalise tous leurs clips, commence cependant à manquer d'inspiration. Dans le dernier clip "J'suis QLF", Ademo, Nos et leur entourage peinent à faire rêver. Sous l'azur du ciel et les cocotiers, dans un village vacances pour parvenus, le petit déjeûner entre mecs – jamais, jamais la queue d'une femme à l'horizon - avec placement produit, la promenade en voiturettes de tourisme avec bédo et le ballet de scooters des mers font un peu pitié. Pas le moment de mollir pourtant. Après "Que la Famille" et le carton de "Le Monde Chico", PNL s'apprête à entrer vendredi "Dans la légende".

"Dans la légende" de PNL sort vendredi 16 septembre (Musicast)
 

NOS de PNL à We Love Green en juin 2016.

NOS de PNL à We Love Green en juin 2016.

© Laure Narlian / Culturebox