El-P de Run The Jewels nous parle de son album de miaous

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 19/10/2015 à 17H59, publié le 19/10/2015 à 17H35
Extrait du clip de Meow the Jewels "Oh My Darling (don't Meow)"

Extrait du clip de Meow the Jewels "Oh My Darling (don't Meow)"

© saisie écran

C'est le projet rap le plus fou de l'année. Lancé au départ comme une blague par le groupe de rap américain Run The Jewels, puis reprise au bond par les fans, "Meow The Jewels" est un album dont les beats sont composés uniquement de miaulements de chats. Il s'agit surtout d'un projet caritatif en faveur des victimes de violences policières aux Etats-Unis. Nous avons parlé à El-P, aux manettes.

Comment une idée stupide fait son chemin

Tout a commencé l'an dernier, lorsque El-P, moitié du duo culte Run The Jewels lançait, lors du teasing de leur album "Run The Jewels 2",  l'idée saugrenue selon laquelle moyennant 40.000 dollars on pourrait s'offrir un remix entier du disque n'utilisant que des miaulements et ronronnements de chats.

Au départ, une grosse blague, bien sûr. C'était sans compter avec un fan, qui lançait dans la foulée une campagne de financement participative du projet via Kickstarter, et explosait rapidement les objectifs (65.000 dollars récoltés).

D'abord dubitatif, El-P (rappeur mais aussi producteur du tandem Run The Jewels) finissait par se laisser prendre au jeu (Killer Mike se tenant volontairement à l'écart). D'autant qu'une dizaine de producteurs de renom se proposaient de monter à bord pour l'épauler, dont Just Blaze, Geoff Barrow de Portishead, 3D de Massive Attack, Prince Paul, Alchemist et Dan The Automator. 

"Je pense que ce projet dit beaucoup de notre génération et de la façon dont nous voulons nous impliquer", estime El-P aujourd'hui.

Dans le clip qui accompagne le disque, deux chats géants, un roux et un noir (à l'image de El-P et Mike D) au regard laser, mettent une ville à feu et à sang, façon film catastrophe.

"La raison première de le faire venait du fond du coeur"

"La raison pour laquelle nous avons dit oui à ce projet était très sérieuse et venait du fond du cœur", souligne EL-P. "Nous voulions aider à réunir de l'argent pour aider les victimes de brutalités policières. Et la meilleure façon de le faire a été avec la plus stupide des idées. Ce qui représente parfaitement Run The Jewels."

"Le meilleur de ce projet ? Ca a été de le mener à terme et de tenir ma promesse de départ. Voir tant de gens s'impliquer dans cet album d'une façon totalement inédite et généreuse, sentir une communauté se bâtir autour de ça comme un petit îlot d'humour et de bonté, m'a moi-même poussé et inspiré. Je me suis rendu compte qu'il y a quantité de façons d'exprimer l'empathie et la générosité".

Meow The Jewels montre effectivement que caritatif ne rime pas forcément avec larmoyant, gnangnan et bien pensant. OVNI admirable, "Meow The Jewels" est emblématique de l'esprit de Run The Jewels, tandem au discours engagé et grave sous les saillies humoristiques. Il est surtout la preuve que l'humour peut déplacer des montagnes.

Inécoutable mais inédit

Soyons clair, cet album est quasi inécoutable. El-P est le premier à le reconnaître et même à s'en excuser avec humour dès qu'on aborde le sujet. Mais techniquement, il a donné lieu a un boulot inédit. C'est lorsqu'il s'est rendu compte qu'il pouvait travailler le son des miaulements de chat pour en faire quelque chose de décent que El-P dit avoir compris qu'il était cuit. Dès lors, "je n'allais pas me contenter de faire de la merde."

En respectant la règle de base qui était de n'utiliser que des sons émis par des chats, il les a traités sur "Meowpurrdy", le titre d'ouverture, comme il traite tout les samples, c'est-à-dire en les tordant jusqu'à ce qu'ils soient méconnaissables. Les autres producteurs n'ont pas tous eu la même approche. Ainsi, Boots a voulu avec "Meowrly" faire le Srgt Pepper du genre et Zola Jesus a penché sur quelque chose de plus psychédélique pour "Pawfluffer Night".

L'album est écoutable ci-dessous et téléchargeable gratuitement sur le site de Run The Jewels mais les donations sont bienvenues. L'album en version vinyle orné de fausse fourrure (gag ultime), livrable courant novembre, est en pré-commande pour 38 dollars. La totalité de l'argent récolté sera reversée à des associations américaines d'aide aux victimes de violences policières.

Run The Jewels est en concert le 31 octobre à Paris au festival Pitchfork