Doc Gynéco de retour pour les 20 ans de "Première consultation"

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 08/02/2016 à 17H25, publié le 08/02/2016 à 17H23
Doc Gynéco à l'université d'été de l'UMP en 2006...

Doc Gynéco à l'université d'été de l'UMP en 2006...

© Christophe Bertolin / IP3 PRESS / MAXPPP

Il y a 20 ans, l'album "Première Consultation" marquait l'entrée en fanfare de Doc Gynéco sur la scène rap française. Pour fêter ça, le rappeur au phrasé lascif ressort ce disque culte en version remasterisée augmentée de quelques inédits. Et remonte sur scène avec une tournée d'une vingtaine de dates au printemps. Il est sorti de son silence ce week-end pour un long entretien accordé à Libé Next.

Le come-back du rappeur nonchalant

Connu pour ses errements, son débit verbal nonchalant et enfumé sur tous les plateaux télé, son soutien à Sarkozy, ses amours avec Christine Angot, Bruno Beausir est devenu une caricature de lui-même. Mais le personnage Doc Gynéco, celui du rappeur désinvolte qui demandait à être "classé dans la varièt'", reste culte. Tout comme son premier album d'obsédé truffé de bons mots sur les filles, le foot et le sexe.

La preuve : les places pour son doublé à l'Olympia en mai se sont écoulées comme des petits pains et affichent déjà complet. Les fans parisiens pourront se rattraper avec sa date au Zénith le 18 novembre. Pour sa tournée d'une vingtaine de dates en France qui démarre le 20 avril à Ris-Orangis, le Doc a choisi de "privilégier des salles à taille humaine, entre 900 et 1.500 places". 


Pour l'occasion, Libé Next a dégainé le premier en publiant ce week-end une interview-fleuve du rappeur. On y retrouve un Doc Gynéco quadragénaire, petit afro grisonnant, tel qu'en lui même mais en plus las, désabusé. Plutôt pessimiste et franchement nostalgique. Mais avec toujours le sens de la formule qui fait mouche.

Je me suis fait passer pour plus idiot que je n'étais

"J'aurais pu jouer au dur (...) mais aujourd'hui je regretterais, si j'avais cette image. Moi, j'ai voulu que le rap puisse être écouté par tout le monde", plaide-t-il.

Le natif de Clichy-sous-Bois estime que les plateaux télé qu'il a beaucoup hantés ont abimé son image. Aujourd'hui, il a envie "de redevenir Bruno", dit-il. "Redevenir moi-même, parce que de toute façon, vous n'êtes plus dupes aujourd'hui... J'ai trop joué au con" (rires) Je me suis fait passer pour plus idiot que je n'étais. "

La rue ? "Elle est un peu devenue comme Amazon. Quand tu vas chez un dealer, tu dois laisser ton portable et ta montre, c'est devenu des cartels énormes... Cette rue -là, elle est comme un système, un truc qui broie les gens. Celle de mes 20 ans, elle était trop bien ! (Rire) Le dealer c'était un artisan : on pouvait l'appeler comme un plombier !", se souvient-il.

Doc Gynéco dit aussi regretter avoir souhaité "tout faire péter", par ignorance, lorsqu'il était plus jeune. "Je suis triste d'avoir voulu à certains moments que ce monde se détruise. (...) Détruire, c'est fort, plus que ce que je pensais", souligne-t-il . "Je regrette de ne pas avoir voulu travailler plus tôt à comment faire en sorte que tout ce qu'on voit arriver maintenant n'arrive pas."

Booba ? A trop jouer, il va exploser

Sarkozy ? "Il a perdu (...) à cause de son vocabulaire", estime le Doc. La politique  ? "Dès que t'arrive t'es quelque chose à manger, à désosser." Christine Angot ? "Ce que j'aime chez Christine, c'est son côté araignée, veuve noire." Le rap actuel ? "Il n'y a plus de poésie aujourd'hui. Les jeunes rappeurs n'ont aucun moyen de récupérer de la poésie, vu la façon dont ils vivent." Booba ? "A trop jouer, il va exploser.(...) Il va devoir passer à autre chose, il a épuisé le côté gangster."

Quant à son retour sur scène, il dit être géné et même "avoir honte".  "J'ai pas une voix de chanteur, je chante pas juste, je chante juste vrai... "

Doc Gynéco est en tournée dans toute la France à partir du 20 avril. Son interview est à retrouver dans le numéro 77 de "Libé Next" paru le week-end du 6-7 février 2016.