Festival Rock en Seine

du 25 au 27 août 2017

Columbine : un collectif terrible d'enfants du rap attendu à Rock en Seine

Par @Culturebox
Mis à jour le 24/08/2017 à 09H39, publié le 23/08/2017 à 11H51
Le collectif Columbine est composé de huit membres récurrents, tous issus de Rennes. 

Le collectif Columbine est composé de huit membres récurrents, tous issus de Rennes. 

© Melchior Tersen

Ils viennent d'une région longtemps abandonnée par le rap, réalisent et produisent eux-mêmes leurs albums et leurs clips, et n'ont même pas 25 ans. À l'occasion de leur participation à Rock en Seine, coup d'oeil sur les petits prodiges bretons du rap français : Columbine.

"Le collectif qui va tout niquer" :  voilà comment Lujipeka, l'un des fondateurs du groupe, définit Columbine. Il ne pourrait pas tomber plus juste tant les aficionados du rap sont en train de lui donner raison. En à peine un an depuis la sortie de leur premier album "Clubbing for Columbine", la bande d'amis venue de Rennes, terre longtemps délaissée par les rimes urbaines, s'est rapidement imposée comme l'un des fers de lance de la nouvelle génération du rap français.

Depuis le mois d'avril et la sortie de leur deuxième album studio "Enfants Terribles", qui s'est hissé dès sa sortie dans le top 10 des ventes d'albums en France, ils enchaînent les tournées et les dates, avec un passage à Rock en Seine ce week-end. Tout ça, alors qu'aucun des huit membres du collectif n'a atteint la barre des 25 ans. Portrait.
Foda-C et Lujipeka forment le duo de rappeurs à la tête de Columbine.

Foda-C et Lujipeka forment le duo de rappeurs à la tête de Columbine.

© Melchior Tersen

Mal-être adolescent

Référence au film "Elephant" de Gus Van Sant, inspiré par la fusillade au lycée de Columbine aux Etats-Unis en 1999, le nom du groupe vient de leur fascination pour le long-métrage palmé à Cannes en 2003. "C'est plus ce qu'il représente que le film en lui-même qui nous inspire : le mal-être adolescent et la période du lycée." Pour Lujipeka, l'une des deux voix, avec Foda-C, qui posent sur tous les morceaux du groupe, "ce contraste entre le côté lent et déprimant du film, et la violence des scènes de fusillade, c'est une image qu'on a toujours trouvée hyper forte et qui nous a marqués."

Ce mal-être adolescent évoqué à de nombreuses reprises dans la plupart des musiques de Columbine, émanation moderne du spleen baudelairien, constitue la racine musicale d'un collectif de rap qui s'est constitué à la faveur de longues après-midi passées à traîner dans une grande coloc' à Rennes. "On était tous dans le même appartement et certains membres du collectif avaient déjà un groupe de rap. Yro, Chaps, Foda et moi on n'en faisait pas partie mais à force de traîner tous ensemble dans la coloc, on était aux premières loges et on a commencé à essayer de raper. Au fur et à mesure qu'on progressait, on a uni le talent et la créativité de tout le monde et ça a donné Columbine", raconte Lujipeka.
"Charles Vicomte", premier clip de Columbine, parodie avec beaucoup d'ironie les clichés du rap en imaginant un rappeur bourgeois de Dinard.

L'ironie de "Charles Vicomte"

Tous issus du lycée Bréquigny de Rennes et de ses filières artistiques type "Cinéma-Audiovisuel", Lujipeka, Foda-C, Yro, Lorenzo, Sully, Sacha, Saavane Chaman et Chaps sortent "Charles Vicomte" en 2014, parodiant le rap français en imaginant un rappeur bourgeois de Dinard scander "le jour de paye, c'est le jour de mon anniversaire" ou "j'économise plus depuis que j'ai eu une Rolex pour mes 4 ans". Pas toujours bien compris, le clip fait le tour d'Internet. "Au tout début, t'es plein de naïveté quand tu commences à produire, mais t'es super motivé. On avait pris un certain rythme sur les productions et, au final, ça a payé mais on a su garder la tête froide", assure Lujipeka.

Vite étiqueté comme groupe de rap parodique avec la sortie dans la foulée de la mixtape "2k16", le collectif ne se laisse pas embarquer par le buzz et se détache de cette image avec "Clubbing for Columbine" en 2016, un premier album référence au "Bowling for Columbine", documentaire oscarisé de Michael Moore basé lui aussi sur la fusillade scolaire. 

L'album débarque comme une bombe dans la planète rap et montre l'éclectisme dont est capable Columbine. Oscillant entre électro ("Clubbing for Columbine", "Avalanches"), voire techno ("Zone 51"), puis rap d'Atlanta ("Blue Velvet", "Mandragore"), rap expérimental ("Ballade sauvage"), ou même rock ("2k17"), l'album désarçonne par son aspect décousu mais démontre l'envie du collectif de s'essayer à tout. 

À l'époque, on était éparpillé en France, on a produit l'album de façon un peu décousue. C'était le bazar, c'est vrai.

Lujipeka


"Dans Clubbing, chaque son a son histoire. C'est un mélange de morceaux qu'on avait réalisés depuis longtemps et de sons inédits. Nous voulions que tout le collectif se retrouve dans l'album. À l'époque, on était éparpillés en France, on a produit l'album de façon un peu décousue. C'était un peu le bazar, c'est vrai. Donc peut-être que ça se ressent à l'écoute." 

Mais l'album comporte des sons innovants et une volonté de renouveler le genre du rap, à l'image du morceau "Les Prélis", une pépite dont le clip très travaillé, comme toujours chez Columbine, cumule plus de 6 millions de vues sur You Tube actuellement : 

"On envoyait les disques par La Poste"

Avec la notoriété acquise dans le milieu du rap grâce à ce premier album, les huit compères se rendent compte que leur carrière est lancée. "A la base, on n'avait pas fait tout ça pour percer. Même si c'était un projet ambitieux et qu'évidemment on voulait percer, ce n'était pas l'objectif. De toute façon, on ne savait  pas comment s'y prendre. C'est pour ça qu'on fait tout nous-même" explique Lujipeka.

Car ce qui fait la force du groupe, c'est sa capacité à tout réaliser : l'écriture des morceaux, la production, le mixage, le mastering, les clips, et même la distribution des albums. "On envoyait nous-mêmes les disques par La Poste à ceux qui nous contactaient !", se souvient-il en riant.  

Des conditions de production pas forcément évidentes qui ne les découragent pas, bien au contraire. À peine un an après, la bande sort son second album studio, "Enfants Terribles", et entreprend plusieurs tournées qui vont se succéder jusqu'à la fin de l'année 2017. Plus homogène et abouti, c'est l'album de la consécration pour les prodiges bretons. "On ne voulait pas faire de Clubbing numéro deux. On voulait prolonger notre délire, et vraiment montrer le reflet de notre vie." 

"Les Enfants Terribles", issu de l'album éponyme.

Cet album, c'est vraiment nous et c'est ça qui nous intéresse. La mélancolie, c'est notre passé, l'époque de l'année dernière où on écrivait l'album enfermés dans notre piaule.

Lujipeka


Leur vie a changé mais ils sont toujours accros à la mélancolie et au spleen. Les productions enchaînent les instrus planantes et les paroles bourrées de références cinématographiques ou littéraires, le flow magnifié par un auto-tune ni excessif, ni futile.

Un mélange qui séduit un public toujours grandissant, difficile à saisir pour Lujipeka : "On a la volonté de toucher beaucoup de monde, on ne veut pas faire dans l'underground. À la base, on ne savait même pas forcément qui on touchait mais avec les tournées, on commence à découvrir notre public. Forcément, on attire plutôt des jeunes parce qu'on parle de nos vies mais justement, cet album c'est vraiment nous et c'est ça qui nous intéresse. La mélancolie, c'est notre passé, c'est aussi l'époque de l'année dernière où on écrivait l'album enfermés dans notre piaule."

Columbine feat. Lorenzo

À l'opposé du spleen de Columbine, un autre rappeur a fait énormément parler de lui cette année : Lorenzo. Ultime pied de nez au rap français et à ses clichés, à la manière des premiers titres de Columbine, Lorenzo a investi la planète rap vêtu d'un bob et de lunettes de soleil en toutes circonstances, en délivrant un rap cru, totalement provocateur à aller chercher au 10 000e degré.

Mais ce qu'il faut savoir, c'est que Lorenzo, Larry Garcia de son vrai nom, fait partie du collectif depuis ses débuts. Ce qui ne pose aucun problème assure Lujipeka : "On est de la même équipe mais nos deux projets sont tellement différents que c'est impossible de se marcher dessus. En fait, maintenant on vit avec tous ceux du collectif dans trois colocs différentes à Rennes, et Lorenzo nous aide sur nos projets de la même manière qu'on l'aide quand il a besoin de nous sur des clips par exemple."

On peut effectivement aperçevoir certains membres de Columbine derrière lui, dans son "Freestyle du sale" visionné plus de 44 millions de fois sur You Tube : 

Larry Garcia alias Lorenzo fait partie de Columbine depuis le début, et est en fait leur réalisateur. Il a créé de son côté ce personnage de rappeur outrancier et provocateur.

Deux projets totalement différents, incompatibles pour des concerts en commun ? "Pour l'instant, rien n'est prévu. Chacun fait un peu ses preuves en ce moment, il a sa tournée, on a la nôtre. On verra par la suite" balaye Lujipeka. On aura quand même essayé.
 

Début août, Columbine a sorti  "Pierre, Feuille, Papier, Ciseaux", un morceau dans la continuité des "Enfants Terribles" idéal pour patienter avant Rock en Seine. Et à retrouver en live au domaine de Saint-Cloud ?
Columbine est en concert à Rock en Seine samedi 26 août, de 21h à 22h sur la scène Bosquet