Pierre Bouteiller : une grande voix de la radio s'est éteinte

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/03/2017 à 17H02, publié le 10/03/2017 à 09H53

Pierre Bouteiller, grande voix de la radio et passionné de jazz, est décédé à l'âge de 82 ans, a annoncé vendredi France Inter, qui salue l'animateur d'"émissions mythiques qui ont séduit par leur liberté, leur humour et leur exigence".

"Il est parti cette nuit en écoutant du jazz, on lui a mis du Oscar Peterson, il adorait ce pianiste", a dit à l'AFP un de ses fils, Thierry. Décédé à Paris, peu après minuit, à 82 ans, "il est parti apaisé", selon  son autre fils, Christian. Depuis quelque temps, "il était très diminué".

"Je ne sais rien faire d'autre qu'exercer mon métier", écrivait Pierre Bouteiller dans ses  mémoires, intitulées "Radioactif" (2006). Il avait consacré sa vie à la radio, passant plus d'un demi-siècle derrière les micros, comme journaliste puis comme animateur.

Depuis 1969, Pierre Bouteiller a animé sur les ondes de France Inter une quantité d'émissions, d'"Embouteillage" ou "Comme de bien entendu" au "Masque et la Plume" où il avait succédé à François-Régis Bastide avant de passer la main à Jérôme Garcin. Il avait aussi été directeur des programmes de la station et directeur de France Musiques (il avait rajouté alors le "s" à "musique") de 1999 à 2004.

Après la disparition de Jacques Chancel en 2014 et de José Artur en 2015, il restait une des dernières figures de la radio des années 1970-80, exigeante et divertissante. "C'était l'époque du 'système ABC', A pour Artur, B pour Bouteiller, C pour Chancel. Nous étions amis. Je suis le dernier", avait-il confié, visiblement  affaibli, lors d'un hommage à l'animateur du Pop Club en février 2015.

Sa dernière émission à France Inter remontait à avril 1999 mais il avait continué à travailler, sur TSF Jazz, jusqu'à il y a encore deux ans.
Pierre Bouteiller sur France 3 le 14 avril en 2006


Un grand passionné de musique

Né en 1934 à Angers, Pierre Bouteiller, grand auditeur de radio et passionné de musique, apprend le piano en amateur, avec son frère Jacques, avant de commencer des études de psychologie, raconte France Inter sur son site. C'est en gagnant un concours en 1958 qu'il entre à la rédaction d'Europe 1 comme stagiaire, avant de s'y spécialiser dans les sujets culturels.


En 1968, il est mis à la porte quelques mois après avoir diffusé un gag avec l'imitateur du général de Gaulle, Henri Tisot, raconte France Inter.

Quelques mois plus tard, il est embauché à France Inter. Tous les jours, celui qui se présentait comme un "journaliste subjectif" va y présenter une série d'émissions, Le Magazine de Pierre Bouteiller, Au bénéfice du doute, Comme de bien entendu, Embouteillages, Qu'il est doux de ne rien faire quand tout s'agite autour de vous, Quoi qu'il en soit, Le Masque et la Plume.

Directeur des programmes de France Inter puis directeur de France Musique 

Il fait un bref détour par la télévision en 1981, à TF1 (encore chaîne publique à l'époque), où il est nommé directeur des variétés. Il y supprime la diffusion de l'Eurovision et lance Droit de réponse de Michel Polac.
 
Retour à la radio en 1982, à France Inter et France Musique, avec Musical Graffiti, Table d'écoute et Carnets de notes.
 
De 1989 à 1994, il est directeur des programmes de France Inter où il fait revenir Bernard Lenoir et embauche Laurent Ruquier qui crée Rien à cirer. C'est l'époque de Synergie de Jean-Luc Hees et de Passées les bornes y a plus de limites avec Gérard Lefort, rappelle France Inter.

Candidat fin 1995 à la présidence de Radio France, il est battu sur le fil par Michel Boyon, "énarque, giscardien", un homme qui "tout au long de ses cinq années de présidence à Radio France eut du mal à  distinguer un micro d'un grille-pain", écrit-il dans ses mémoires.

Dernière émission sur TSF Jazz en 2015

Après, Pierre Bouteiller revient sur les ondes avec Quoi qu'il en soit, tous les matins à 9h, avant d'être nommé directeur de France Musique en 1999 jusqu'en 2004, année où il est mis à la retraite par le PDG de Radio France, Jean-Paul Cluzel. Il considère alors qu'il a été "évincé par un inspecteur des finances de passage venant d'inventer un nouveau concept : le limogeage pour cause de réussite".



Mais Pierre Bouteiller n'avait pas quitté les studios : il avait continué derrière les micros sur TSF Jazz, avec Si bémol et fadaises, tous les jours puis une fois par semaine, continuant à piocher dans son inépuisable discothèque de vinyles.

Car, en dehors de la radio, la musique était toute sa vie. Amateur de jazz et pianiste dilettante, il courait les concerts d'Ella Fitzgerald, Sarah  Vaughan, Count Basie, Frank Sinatra, Billie Holliday ou... Oscar Peterson.

Sa dernière émission à été diffusée le dimanche 28 juin 2015.



Laurent Ruquier lui a rendu hommage : "J'ai passé dix ans formidables, mes années France Inter c'est Pierre Bouteiller, c'est quelqu'un qui vous protégeait quand il y avait ces coups durs (...) quand il y avait des dérapages. Il vous défendait."