Quand autisme rime avec talent

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 03/04/2012 à 17H04
Valentin Mérou, musicien et autiste.

Valentin Mérou, musicien et autiste.

© France 2 Culturebox

A l'occasion de la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, abordons ce handicap qui touche plus de 400.000 personnes en France, sous l’angle de l’art.

Sa forme légère, le syndrome d’Asperger s’accompagne parfois, d’une capacité de réflexion hors norme et d’une aptitude particulière à s’investir dans des domaines bien spécifiques. Une équipe de France 2 a rencontré un jeune homme atteint du syndrome : Valentin Mérou est un musicien virtuose. Mais il n’est pas un cas isolé. De nombreux artistes de génie font figure d'autistes présumés.

Pour le grand public, l’autiste Asperger emblématique est sans conteste "Rain Man", alias Ray interprété par Dustin Hoffman aux côtés de Tom Cruise. Dans une scène culte, il parvient à calculer en moins de trois secondes, le nombre de cure-dents tombés d’une boîte. Forte capacité de concentration, grande intelligence et mémoire exceptionnelle sont quelques-uns des signes de la pathologie. Mais elle se manifeste aussi et surtout, par une incapacité à communiquer, à percevoir le réel et à s’adapter, les atteintes étant plus ou moins sévères selon les cas.

 

Remarquant les possibilités inouïes de certaines personnes atteintes, de nombreux spécialistes tentent de démasquer les génies Asperger. Une traque qui suscite des interrogations. Il faut rappeler que l’autisme est un handicap dont on connaît encore mal l’origine et qui suscite des débats quant à sa prise en charge.

En quête de génies autistes présumés

Il y a quelques années, c’est une auteure elle-même autiste, l’Américaine Temple Grandin qui a enflammé les esprits en affirmant qu’Albert Einstein présentait quantité de signes relatifs au syndrome d’Asperger : l’inventeur de la relativité n’a pas parlé avant l’âge de quatre ans, sa pensée procédait non pas par mots, mais par images et symboles mathématiques originaux. De plus, Albert Einstein s’habillait n’importe comment et n’a-t-il pas osé tirer une langue irrévérencieuse devant l’objectif d’un photographe ? Suffisant pour étayer la démonstration de la chercheuse qui a publié notamment "Ma vie d’autiste" et "Les autistes qui ont changé le monde et a inspiré un téléfilm "Temple Grandin" dans lequel Claire Danes joue le rôle-titre." Soulignant que la famille Einstein comptait de nombreux autistes, Temple Grandin affirme même que "si l’on supprimait les gènes qui sont à l’origine de l’autisme, le monde appartiendrait au conformisme ennuyeux sans pensée originale." 

 

Quant à dire que tous les génies sont des Asperger, on ne peut évidemment pas aller jusque-là. On notera aussi que les Asperger géniaux ne représentent qu’une minorité. Reste que la liste des personnages particulièrement prolifiques qui seraient des autistes présumés s’allonge à mesure que des études sont publiées. Dans les domaines artistiques, on retrouve notamment le compositeur hongrois Béla Bartok, mais aussi Wolfgang Amadeus Mozart, Gustav Mahler, Van Gogh, Orson Welles et Franz Kafka. Autant de créateurs qui pourraient avoir été atteints de troubles autistiques.

Glenn Gloud était-il atteint du syndrome d'Asperger ?

Même chose pour le pianiste Glenn Gould. Selon l'étude du psychiatre américain Peter Oswald, sa virtuosité était le corollaire d’une disproportion des sens comme une hypersensibilité de l’ouïe, d’une répétition de rituels (il trempait toujours ses bras dans l’eau très chaude avant un concert par exemple), d’un manque de discernement et d’un comportement social très difficile. D’autres y verront tout simplement de l’excentricité et du génie.

 

Andy Warhol et son art de la répétition, Alfred Hitchcock et sa marotte des locomotives, de même qu’Alfred Jarry et son humour bizarre font eux aussi l’objet de spéculations. D'autres n'hésitent pas à citer Steven Spielberg ou Woody Allen. Ce dernier aurait en effet déclaré dans une interview lors de la présentation de son film "Anything else" à Venise qu'"il était un névrotique à un degré plutôt bénin" et qu'"il n'aimait pas prendre l'ascenseur" ou qu'"il fallait que l'évacuation de la douche soit dans le coin de la vasque et non au milieu."

Pour autant, des comportements pouvant se rapporter à un autisme léger peuvent-ils permettre de poser un tel diagnostic ? La réponse est non, sans aucun doute. Asociabilité et caractère obsessionnel se retrouvent chez de nombreux artistes.

Hans Asperger, le psychiatre autrichien qui décrivit pour la première fois les troubles spécifiques qui allaient prendre son nom, affirmait de son côté : "il semble que pour être brillant en science ou en art, une touche d'autisme soit essentielle." Une réflexion qui d'une certaine manière, invite à changer de regard sur cette forme de handicap.

Andy Warhol, Six autoportraits (1967)

Andy Warhol, Six autoportraits (1967)

© Andy Warhol