We Are Match : entretien avec la révélation frenchy de la rentrée

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 01/10/2015 à 12H25, publié le 30/09/2015 à 18H06
We Are Match dans le clip humoristique "Shark" ou quand les gros poissons tentent (en vain) de manger les petits.

We Are Match dans le clip humoristique "Shark" ou quand les gros poissons tentent (en vain) de manger les petits.

© Saisie écran - Sony

Dès la fin août, nous vous alertions sur ce jeune groupe français prometteur. Programmé le dernier jour de Rock en Seine en début d'après-midi, sous une chaleur écrasante, We Are Match a confirmé tous les espoirs et plus encore. Victime d'une panne de courant, le quintet a prouvé qu'il est aussi un sacré groupe de scène. Il sort ces jours ci son premier album, le luxuriant "Shores". Entretien.

Cinq potes en osmose

We Are Match n'a pas de ville d'origine – "on est de partout en France, en fait"-, juste un vague port d'attache dans la capitale où les cinq complices (Paco, Gwen, Aurélien, Simon et Jim) se sont rencontrés durant leurs études, dont on saura seulement qu'elles n'étaient "pas du tout artistiques".

Le groupe est né d'une rencontre musicale très fructueuse entre ses cinq éléments, à l'été 2012, alors qu'ils séjournaient dans une vieille ferme normande. Deux chansons composées naturellement ensemble ce week-end là avaient alors scellé leur alliance.

Entre eux, ça a tout de suite collé. D'où leur nom, We Are Match (qu'on pourrait traduire par "faits pour s'entendre"), "parce que cela traduit exactement de qu'on a ressenti lorsque nous avons commencé à travailler ensemble", explique Aurélien. "On aimait bien cette impression d'entité : ce nom ça sent le groupe, on sent que ça fuse".

De fait, We Are Match est une formation fusionnelle comme il en existe peu. Ce groupe n'a pas de leader et personne n'y est cantonné à un seul rôle. Tout le monde compose, tout le monde chante, tout le monde écrit les paroles et tout le monde contribue à la production. Un fonctionnement idéal, mais malgré tout invérifiable lorsqu'il se déroule à huis-clos, en l'occurrence dans une maison en pleine forêt où ce club des cinq a construit son studio de rêve et travaillé à son premier album, le dense et complexe "Shores", durant 18 mois.

Formidables aussi sur scène

Sur scène en revanche, impossible de tricher. Et là, il faut se pincer pour y croire. Comme on a pu le constater à Rock en Seine, Paco, Aurélien, Simon, Gwen et Jim sont véritablement en osmose, une entité fluide à dix mains, au sein de laquelle chacun touche à tout dans un ballet incessant derrière les instruments. Et ô surprise, leurs chansons sinueuses et complexes, qu'on imagine ardues à transposer sur scène, sont parfois plus magiques encore en live.

Que survienne une panne de courant, comme ce fut le cas à Rock en Seine (voir la vidéo ci-dessous à 3:30), n'y change rien. Le groupe continue à occuper la scène en souriant, à taper dans ses mains, sur sa guitare ou sur ses fûts, à entraîner le public dans sa sarabande et à communiquer comme par transmission de pensée, sans même échanger un regard. Du grand art.

Voir le concert intégral de We Are Match à Rock en Seine 2015


We Are Match - Shores - Live @ Rock En Seine 2015
INTERVIEW
Personne dans We Are Match n'est cantonné à un rôle. Mais concrètement, comment fonctionnez-vous ?
Nous sommes très libres et démocrates mais notre processus est particulièrement lent. D'autant que sur cet album chacun est allé très loin dans ses retranchements. Vu qu’on est tous des passionnés, on a appris à jouer un peu de tous les instruments et on participe tous au chant. Même s’il y a un chanteur principal, ce n’est pas forcément à lui de trouver la ligne de chant. Idem pour la guitare. Parce que ce n'est pas forcément celui qui joue le mieux de la guitare qui aura la meilleure idée.

Il y a pourtant parfois des moments où il faut trancher, non ?
Normalement on tranche assez vite. Nous avons vécu ensemble, beaucoup échangé, écouté la même chose tous les jours, et à un moment notre cerveau a appris à fonctionner de façon commune.

Qui a produit l'album ?
C'est nous. Les idées de production de claviers, de percussions, tout est de nous. Ca ça a été très enrichissant, ça nous a appris beaucoup de choses. On voulait éviter de se voir apposer la patte d'un producteur qui travaille pour d'autres groupes. Nous voulions tout faire tout seuls dès le début et au final on a un album intègre qui nous ressemble.

Parlez moi de votre cheminement musical ou de votre socle d’influences communes.
Nos influences viennent de partout. Déjà ce n’est pas forcément de la musique. On lit beaucoup, on aime le cinéma, Milos Forman, Wes Anderson, tous les films de Miyazaki et tout ce qui peut provoquer un peu d’imagination, les jeux vidéos aussi. Le socle commun on se le fabrique au fur et à mesure parce qu’on se fait découvrir des choses les uns les autres en permanence dans différents domaines. La vision d’un film peut donner naissance à une chanson. En BD on adore l’auteur Manu Larcenet, mais on aime tout autant la BD française que les mangas, il y en a plein de super poétiques.

Et en musique ?
En musique on est de vrais vrais vrais passionnés. Depuis qu’on est ados on collectionne les disques et tout nous influence. Damon Albarn avec Gorillaz, Blur, tous ses projets. Les Beatles, Pink Floyd, Radiohead... Il y a des artistes égyptiens qu’on aime beaucoup, Gwen écoute Tinariwen tout le temps, François & The Atlas Mountains. Tout nous nourrit.

Le prometteur groupe français se moque gentiment de l'industrie du disque, agrippée à ses bonnes vieilles recettes pour faire un hit.


Dans quel état d’esprit étiez-vous, dans cette maison en forêt au sud de Paris où vous avez enregistré votre album durant 18 mois ?
Ca faisait du bien de quitter Paris parce qu’au départ, à l'époque du premier EP, nous habitions déjà ensemble dans un appartement parisien. Là bas nous étions au calme et beaucoup plus libres pour travailler. Par exemple quand on avait une idée de percussions à minuit à Paris ce n'était pas possible, on renonçait. Alors que là bas à minuit on prenait la batterie. Mais là on vient de déménager à nouveau parce que ça nous a vraiment rendus fous d'être tout le temps en train de bouillonner d’idées.

C’était ça le souci, plutôt que la promiscuité 24 heures sur 24 ?
Non la proximité n'a posé aucun souci, parce qu'on est vraiment potes. Ce qui nous a rendus presque fous c’est d’être tout le temps en train de créer. A un moment donné, on a tous besoin d’avoir un peu de repos chacun de notre coté et de se retrouver pour créer.

Vous avez monté dans cette maison votre studio de rêve. A quoi ressemblait-il ?
Simon : Il était rempli de tous les instruments qu’on collectionne depuis longtemps. Il n’était pas très beau, c’était un bureau avec un Mac. Mais depuis que je suis ado par exemple je vais dans toutes les brocantes pour choper tous les instruments qui existent, que ce soit les cuivres, les bois, les vieux claviers, je les avais tous amenés.
Aurélien : comme on est fans de vieux synthétiseurs, il y en avait une trentaine qui trainaient partout autour. Sur l'album on a beaucoup utilisé un Casiotone, ce vieux synthé des années 80. Il imite le son des grands synthés de l'époque mais il le fait très mal et c'est ce qui lui donne sa particularité en plus de sonner chaud et humain.

Votre histoire rappelle celle de Led Zep IV enregistré dans un manoir. Avez-vous expérimenté au plan sonore ?
Aurélien : Oui, on a beaucoup experimenté. Il y a une anecdote assez drôle. Le studio était en haut et la cuisine en bas. Or, un jour en montant l’escalier j’ai entendu le presse agrumes en même temps que la musique et c'était magique. Cette magie du presse agrumes, qui était réglé en sol, on l’a enregistrée puis samplée. C’est bien de ne pas se limiter à quelques instruments en particulier. Sur l’album, il y a beaucoup d’accidents heureux de ce genre et plein de sons qu’on ne pourra jamais reproduire.

J’ai le sentiment que vous avez souvent de super mélodies mais que vous cherchez toujours à les salir, à les pervertir un peu…
Oui c’est vrai, on aime bien violenter un peu la mélodie sinon on trouve ça trop facile. On se dit toujours qu’on devrait aller plus loin, essayer de transmettre quelque chose d’autre. Les imperfections, c’est ce qui fait que la musique vit, si tout était parfait et bien léché, on s’ennuierait.

De quoi parlent vos chansons (en anglais) ?
Il faut savoir que les paroles sont écrites collectivement parce même si on a un chanteur principal, on chante tous. On aime bien avoir des thèmes communs, des thèmes qui nous touchent profondément. Parce que si on est amenés à chanter et qu’on n’a pas, ne serait ce qu’une émotion, ce serait mentir. Nos paroles sont très imagées et en gros fans de Miyazaki on aime bien les métaphores. Alors "Shark" par exemple ce sont les gros poissons qui mangent les petits. "Old chimneys" est née au tout début, quand on habitait encore à Paris et parle de la sensation oppressante de la ville. "Speaking Machines" tourne autour de la mentalité actuelle obsédée par la technologie. "Walls" parle clairement de la maison où nous avons enregistré. Les paroles disent qu'on se sent hyper seuls mais que quand on est ensemble on arrive à créer quelque chose de fort qui nous rassure. "Shores" c'est la traversée, être perdu au milieu de rien et essayer de se raccrocher à quelque rivage qu’on voit au loin. "Older Colder" évoque le fait de vieillir et ce qui en découle.

Vous vous sentez vieillir déjà ? Quel âge avez vous ?
25 ans en moyenne. Mais notre premier EP c’était un peu notre truc d’ado, notre disque de jeunesse, le passage de l’enfance à l’âge adulte et là on pense que c’est un peu l’âge de raison qui commence sur ce premier album avec toutes les questions qui en découlent.

Dans l’ideal, si je vous retrouve dans deux ans, ce serait ou ?
Coachella (le festival américain le plus en vue de la planète NDLR), même si ça fait peut-être un peu tôt (rires). En tout cas, aller aux Etats-Unis c’est le but. On a déjà joué à Beyrouth et de voir un public tout aussi enjoué que nous dans un pays où on n’était jamais allés, ca nous a mis du baume au cœur. Ca fait du bien de voir que la musique est quelque chose d'universel. On chante surtout en anglais mais ce n’est pas la langue qui compte forcément : l'important c’est que les gens puissent sentir ce qu’on a voulu dire même s’ils ne comprennent pas les paroles. Notre objectif est d'être écoutable par tous. C'est pour ça que notre musique, même complexe, restera de la pop… faite d'accidents réfléchis.

Album "Shores" par We Are Match (Sony) est sorti le 25 septembre

We Are Match est en tournée cet automne :
02/10 : Boulogne s/ Mer
10/10: Dunkerque
17/10: Amiens
21/10: Paris (La Maroquinerie) 
30/10: Tulle
31/10: Massy
05/11: Orléans
06/11: Aiffres
07/11: Magny le Hongre
19/11: Lille
20/11: Sannois
27/11: Clermont-Ferrand
28/11: Toulouse
16/12: Strasbourg
19/12: Auray