Qui est Shamir, nouveau joyau disco-pop ?

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 26/05/2015 à 11H42, publié le 22/05/2015 à 18H34
Contrairement aux apparences, tout n'est pas rose chez Shamir.

Contrairement aux apparences, tout n'est pas rose chez Shamir.

© XL Recordings

Phénomène depuis son hit disco-house "On The Regular" à l'automne dernier, Shamir sort enfin son premier album, le très attendu "Ratchet". Aussi pop que ses tenues rose et vert bonbon, ce jeune américain dynamite les genres – vocaux, musicaux et d'identité – avec une fraîcheur et un aplomb jubilatoires.

Une voix androgyne singulière

Fille ou un garçon ? On pouvait se poser la question en tombant la première fois sur "On The Regular", le titre qui a allumé la fusée Shamir. Huit mois plus tard, le doute n'est pas vraiment levé. Enfin si : Shamir, 20 ans tout juste, est un garçon éminemment girly aux ongles vernis. Aimant autant la musique que le tricot. Et doté d'une voix androgyne singulière, à la fois fragile et forte, aussi juvénile que mature.

La musique a toujours été une évidence pour ce natif d'une banlieue tranquille de Las Vegas. Dès huit ans, il veut chanter et écrire des chansons. A neuf ans, Shamir reçoit sa première guitare. Les années suivantes, il explore la musique dans toutes les directions, sans personne pour lui montrer la voie, de Nina Simone aux Slits, de Daniel Johnston à Beyoncé, Pink, Marina & the Diamonds ou Taylor Swift, "qui a beaucoup compté".

A Las Vegas, il n'y a aucune scène musicale, dit-il. Ado, il monte un premier groupe, tendance punk, Anorexia. Le disco ? Il en a horreur. La musique électronique ? Elle est synonyme pour lui de EDM, celle de Avicii et Major Lazer. Le clubbing ? Connaît pas - impossible de mettre les pieds en boîte de nuit avant 21 ans aux Etats-Unis.


De la house music sans le savoir

Il y a deux ou trois ans, Shamir commence à expérimenter en solo avec une boîte à rythmes. Il a l'impression de faire quelque chose de jamais entendu, de totalement neuf. "Ce que je voulais, c'était ouvrir une nouvelle voie dans la pop, faire mon propre truc avec ma boîte à rythmes.", explique-t-il au site de Tsugi

Il échange par e-mails avec Nick Sylvester, le fondateur d'un petit label de Brooklyn (New York), Godmode, puis lui envoie quelques démos. Nick sent aussitôt le potentiel de ce jeune faon à la voix exceptionnelle,  et apprend à Shamir à sa grande surprise que ce qu'il compose dans son coin porte un nom : house music, un genre que lui-même adore.

Les deux vont devenir inséparables. Aujourd'hui, Nick est à la fois son manager et son producteur. Un producteur attentif et génial qui co-écrit et contribue à 50% au son de Shamir. Preuve qu'ils sont indissociables désormais, la maison de disques XL Recordings a signé non pas Shamir seul, mais le tandem.


"Ratchet", un premier album pétillant aux paroles désenchantées

Mélange de pop sautillante et d'hymnes dansants, sur lesquels Shamir alterne rap mutin et chant de sirène, l'album "Ratchet" confirme les espoirs suscités par son premier EP "Northtown" sorti il y a un an. Il fait du neuf avec du vieux, mais sans le savoir, avec une liberté folle. Si ses 10 titres ne rééditent pas la fulgurance irrésistible de "On The Regular", certains approchent cette flamboyance fêtarde – "Make a scene", "Call it Off", "Head in the Clouds".

Le reste convainc par son honnêteté et son éclectisme, déployant de nouvelles facettes – notamment sur "Darker, splendide écrin à son falsetto princier où presque rien ne bouge, et sur le néo-disco-soul "Youth" – avec toujours sa voix singulière en guise de magnétique fil rouge.

Il y a de l'espièglerie, de l'innocence et de la joie sur ce disque pétillant, mais tout n'y est pas rose, loin s'en faut. Les paroles de la plupart de ses chansons sont bien plus sombres que l'imagerie bubble gum de ses clips. Elles évoquent notamment l'envers du décor de sa ville natale ("Vegas"), la manipulation psychologique d'un amant ("Demon"), l'état d'esprit d'une jeunesse convaincue que rien de bon ne l'attend ("Make a scene"), et même la mort ("Darker"). Plus que la fraîcheur musicale, c'est cette profondeur, couplée à une voix remarquablement expressive, qui garantit à cet album de durer.


L'album "Ratchet" de Shamir est sorti le 18 mai chez XL Recordings 

Shamir est en concert le 24 mai à St Brieuc (festival Art Rock), le 27 mai à Paris (Trabendo), le 29 mai à Nîmes (festival This is Not A Love Song), le 30 mai à Laval (festival Les 3 Eléphants), le 20 août à Charleville-Mézières (festival Cabaret Vert) et le 29 août à Paris (festival Rock en Seine).