Quel sera le tube de l’été 2015 ? Faites vos jeux !

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/06/2015 à 18H02, publié le 29/06/2015 à 15H51
"Cheerleader" d'OMI un tube annoncé

"Cheerleader" d'OMI un tube annoncé

© Capture d'écran France 2

Tous les ans au mois de juin, c’est la même angoissante question dans l'industrie musicale : quel sera le tube de l’été ? Ce titre passé en boucle jusqu’à saturation sur radios, télés, boites de nuit, animations, lecteurs perso, internet, pubs... assurera à ses producteurs des revenus conséquents et aux chanteurs une notoriété qui les conduira plus loin que septembre.

Nicolas Lemarignier et Jean-Marie Lequertier se sont eux aussi interrogés pour France 2.
Reportage : N. Lemarignier, J-M. Lequertier, B. de St-Jorre

Les possibles lauréats 2015

Magic System "Sweet Santa Diallo" ("Adieu soleil")
Habitué des succès d’été, Magic System est pour l’instant le mieux placé avec cette reprise

Major Lazer "Lean On (Bollywood Street Version)"

Maitre Gims "Est-ce que tu m’aimes ?"
Si en 1975, 10cc affirmait "I’m not in love", en 2015, Maitre Gims se demande lui "Est-ce que tu m’aimes ?". Tonalité en mineur un peu à contre-courant…

Frero Delavega "Le chant des sirènes"
Avec ce titre sorti l’été dernier, ces deux chanteurs dont le nom n’est autre que celui de "señor" Zorro, ont choisi la dune du Pyla pour se laisser porter par le chant des sirènes…

OMI "Cheerleader"
Enfin, le chanteur jamaïcain Omi, a de la patience et de l’obstination. Avec "Cheerleader" sorti en 2012 et qui avait fait un bide avec un clip dont les personnages étaient sans doute un peu trop léchés, trop yuppies, style classe dirigeante ou réussite sociale, Omi revient en tête des ventes avec une version remixée et refilmée plus proche de son public et des préoccupations du moment. Adieu costard et voiture de luxe, salut la plages et les maillots…

Le tube de l’été est un cocktail
Aucune règle ne permet de définir à l’avance de définir ce qui fera "LE" tube de l’été. Une météo pourrie, une actualité douloureuse et la musique n’est plus à la fête.
Un cocktail dont on connait les ingrédients mais pas les proportions. Il doit d’abord dégager chaleur et sensualité dans des tonalités sonores d’inspiration hispano-latino-américaine qu’il est plus facile de qualifier de torrides qu’un blues norvégien.
Ce qui passe d’abord par une mélodie. Une mélodie que l’on retient et qui va agir comme un reflexe de Pavlov : on l’entend, hop, on bouge, et hop, les souvenirs affluent.
"C’est le plaisir rapide de l’auditeur, explique Mathieu Renard, rédacteur en chef de Purecharts.fr, il la redécouvre, c’est efficace".

Peu importent les paroles. Elles peuvent être parfois sensées et peuvent même "ressembler à une aquarellle de Marie Laurencin" ("L’été Indien" – Joe Dassin 1975). Mais ce n’est pas nécessaire. La première vertu d’un tube est d’être creux…
Il doit ensuite être très rythmé pour permettre aux filles de libérer leur potentiel-séduction. Lequel passe souvent par la mini-jupe. Aux garçons de s’adapter…
Enfin, une campagne de promotion radio-télé dès le printemps est in-dis-pen-sable pour que l’été venu, le tube soit dans toutes les têtes. Mais là aussi les choses évoluent. 

"Le tube de l’été a-t-il encore un sens ?" se demandent certains professionnels. "La période reste propice pour dégainer un titre world, sensuel, qui correspond à la chaleur, souvent associé à une chorégraphie, qu’on écoute sur la plage en buvant un cocktail", explique Nathalie André, directrice des divertissementrs de France 2. "Tout le monde a envie d’avoir un morceau comme celui de Kendji ou Louane qui cartonnent". Pour cet été, M6 parie sur Magic System, TF1 sur Davide Esposito et France 2 mise cet été sur Jehro, "un artiste avec un bel univers".
Mais le matraquage télé n’est plus ce qu’il a été et l’on pense à "La Lambada", idée géniale du marketing, qui a associé à une musique "muy caliente" une boisson gazeuse et rafraichissante qui renforçait du même coup la référence au soleil, à la plage, au farniente et aux jeux de l’amour mais pas forcément du hasard...

Une musique qui évolue d'année en année
Les tubes des années 70 ont essentiellement été des slows dont le côté langoureux, intimiste l’emportait sur le côté gym-tonic de la danse, agitée, trépidante, transpirante, qui peu à peu, a pris la suite au début des années 2000 après une transition dans les années 90 mi-slow, mi-dance.
Jackpot ?
Pour les chanteurs mais surtout pour leurs producteurs, plus qu’une opération de découverte de la créativité musicale de la rentrée, le tube de l’été est d‘abord la perspective de revenus. Le tube, c’est l’assurance de ventes importantes. "Macarena ", tube de l’été 1996 se vendra à 11 millions d’exemplaires !

Des ventes qui ne se limitent pas aux deux seuls mois d’été juillet et août mais se poursuivent ensuite en septembre car elles contribuent à l’évocation des (bons) souvenirs de vacances et si le titre est excellent, il poursuivra sa vie dans les boites ou les soirées.

Chaque producteur de tubes a bien entendu à l’esprit le rêve avoué de décrocher le tube planétaire qui va durer, comme "La Lambada" (1989), "Hôtel California" ou des titres d’Abba. En France, un "Macumba" de Jean-Pierre Mader, "Le sud" de Nino Ferrer ou "L’été indien" de Joe Dassin, près de quarante ans après leur sortie sont toujours sur les play-list des DJ…

Phénoménale Lambada

En matière de tube de l’été, "La Lambada" est exemplaire à plus d’un titre. Pas toujours honorable d’ailleurs. Tout a commencé lorsque deux producteurs français, Jean Karakos et Olivier Lorsac, découvrent pendant un voyage au Brésil "Llorando se fue", une chanson sortie en 1981 et interprétée par un groupe bolivien, Los Kjarkas.

De retour en France, les deux producteurs créent un groupe qu’il appellent "Kaoma", bricolent deux ou trois arrangements. Le succès est immédiat, planétaire et retentissant. Les auteurs de la chanson, les frères Hermosa, découvrent mais trop tard qu’on leur avait volé leur titre. Les deux producteurs ne leur ayant demandé aucune autorisation… 

Les deux frères attaquent en justice. Ils obtiendront 1 million d’euros (6 millions de francs) de droits d’auteurs. Sans doute bien inférieurs à toutes les sommes perçues par les différentes version de ce titre.*

Encore aujourd'hui, le succès demeure : plus de 55 millions de personnes ont déjà visionné le clip officiel sur YouTube. En France, "Lambada" est toujours dans le top 10 des chansons les plus vendues de tous les temps (près de 1.740.000 exemplaires).