Qu'arrive-t-il au génial Beck ? Il déçoit avec "Colors", un album de pop formatée irritant

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 14/10/2017 à 11H50, publié le 12/10/2017 à 17H50
Beck à Hollywood en août 2017.

Beck à Hollywood en août 2017.

© Rich Polk / Getty Images / AFP

Longtemps on a applaudi aux réinventions de Beck et à l’éclectisme de ce surdoué de l’indie rock, capable comme personne de passer de la folk-blues au rap, et de la country à la bossa nova. Mais ça, c’était avant. Son nouvel album, "Colors", tentative pop outrageusement commerciale, a franchi la ligne rouge. Il nous fait non seulement froncer le sourcil mais aussi grincer des dents.

Un album formaté aux couleurs tapageuses

Cet album est un choc. Pour qui connaît Beck depuis l’impérissable "Loser" en 1994, ce petit génie américain aux idées larges capable de garder le cap pop dans le plus grand foutoir mais toujours du côté indé et artisanal de la force, il faut se pincer pour y croire.

Beck s’est toujours montré prêt à toutes les audaces, mais on ne l’attendait pas sur celle-là. Alors voilà : "Colors" est un album de pop taillé pour la FM, les concerts dans les stades et le shopping de masse en centres commerciaux. Un objet affreusement formaté aux couleurs tapageuses, un disque aseptisé loin des prises de risques et des tentatives expérimentales antérieures du bonhomme.

Les deux premiers singles ne mentaient pas

C'est un peu comme si l’exigeante sirène arty Björk revenait avec un album clinquant taillé pour concurrencer Taylor Swift et Lady Gaga. D’autant que l’on se souvient du dernier album de Beck, "Morning Phase" paru en 2014, comme d’une pépite folk-rock dépressive récompensée de trois Grammys reçus des mains de Prince.

Certes, les deux premiers singles "Dreams" et "Wow", envoyés en éclaireurs dès juin 2016, auraient dû nous mettre la puce à l’oreille. Mais on n’avait pas prêté attention au premier, un hybride dance-rock frénétique co-écrit avec Sia. Quant au second, un ovni explosif rappé, il gardait la touche de psychédélisme suffisante pour nous maintenir dans l’illusion d’un accès de folie passagère et finalement bienvenue de l’artiste.

Aux manettes, le producteur de nombreuses pop stars

Alors quelle mouche a piqué Beck ? Il ne faut pas chercher bien loin le contremaître de ce gâchis : Greg Kurstin, l’un des producteurs les plus en vue de l’industrie, connu pour son travail avec Britney Spears, Sia, Kesha, Shakira, Kylie Minogue et co-auteur de "Hello", le hit de tous les records d’Adele. On ne le blâme pas. Il fait ici du bon boulot. Enfin, celui que l’on attend de lui.

"Colors" est en effet un album extrêmement efficace, euphorique, un déferlement de rythmiques sautillantes, de mélodies primesautières, de refrains assomants et de vocaux trafiqués auxquels les radios pour ados devraient succomber. Mais a-t-on vraiment envie, au mieux (au mieux, hein, on parle ici des deux meilleurs titres du disque), d’une chanson qu’aurait pu écrire Police il y a trente ans télescopée à des accents à la Phoenix ("No Distraction") ou d’un titre vaguement Bowie, un peu Beatles, aussi gonflé aux stéroïdes que "Dear Life" ? Qui a besoin d’un autre album aussi dépourvu d’âme et de subtilité?

"I’m so free" (Je suis si libre) clame Beck sur l’un des titres les plus atroces de ce disque. Dans le doute, on dira que "Colors" est peut-être tout simplement un nouvel exercice de style pour cet artiste caméléon ennemi du surplace. L’âge venant (47 ans, midlife crisis ?), a-t-il voulu prouver qu’il savait AUSSI faire un album de pop commerciale plein d'idées mais insupportable ? Si c’est le cas, maintenant que la case est cochée sur son tableau de chasse, merci de revenir à ce pour quoi on l’a toujours aimé.

Beck "Colors" (Caroline/Universal) sort vendredi 13 octobre