Nova Sessions

du 29 septembre au 03 octobre 2014

Baxter Dury le pince-sans-rire fait sautiller les Nova Sessions

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 03/10/2014 à 11H24, publié le 02/10/2014 à 17H22
Baxter Dury en live aux Nova Sessions © Baptiste Lobjoy

Alors que son nouvel album "It's a Pleasure" est attendu en fin de mois, Baxter Dury en a présenté de larges extraits mardi soir sur Radio Nova et Culturebox. En compagnie de ses cinq musiciens, l'Anglais a alterné durant une heure nouvelles chansons et titres extraits de "Happy Soup", le disque qui l'a fait connaître en 2011. Une session à revoir sur Culturebox.

Chaud bouillant

"Lefthand Free" de Alt-J joue en fond sonore via le retour radio tandis que s'installent les musiciens, qui, en fins connaisseurs, dodelinent du chef. Et Baxter Dury, quel est le morceau qui le rend dingue en ce moment ? "Durant les répétitions, ce sont mes propres morceaux qui m'ont rendu dingue car je devais les adapter à cette nouvelle façon de jouer (pour la Nova Session). Sinon je suis très limité musicalement, j'ai tendance à toujours retourner vers le passé. Je suis un peu cynique vis-à-vis de la musique moderne", lâche-t-il, mi-sincère mi-ironique, au micro que lui tend Radio Nova avant son entrée en scène. 
 
"Il fait chaud, ce qui est une bonne chose, on peut sentir la présence de chacun", lance le musicien pince-sans-rire en s'installant sous la verrière de Nova où le climat est effectivement tropical. La veste bleu gris de sa tenue très british ne restera pas longtemps sur ses épaules – elle n'aura résisté que quatre titres exactement, soit 15 mn, à l'épreuve de l'étuve.
 
"Comme de se regarder dans le miroir au saut du lit"

Après le succès de son troisième album "Happy Soup", qui lui a offert il y a deux ans, à presque 40 ans, une notoriété un peu tardive, Baxter Dury a travaillé longuement à ce nouveau disque.

Aujourd'hui, il est impatient de reprendre la route avec sa "bande de Chiswick qui tente d'imiter New York", soit Dominique Bearfield (claviers, chœurs), la chanteuse française Fabienne Debarre (chœurs, claviers), Michael Moore (guitare), Adam Gammage (batterie) et le moustachu Lee Canham (basse) qui a osé planter ce soir une belle fleur rouge dans sa chevelure d'ébène.

Tous ont l'air détendus et préparés – mention spéciale à la voix enjôleuse de Fabienne, chanteuse du groupe français We Were Evergreen - mais cette première halte acoustique semble malgré tout déstabiliser Baxter Dury, qui s'en ouvre à plusieurs reprises durant le set.  
 
Ses admirateurs le savent, les choses adviennent souvent par accident dans son processus créatif. Ce musicien cultive une forme de gaucherie et de spontaneité qui font à la fois tout le charme de ses disques et tout le sel de ses apparitions live. Mais en configuration acoustique, Baxter Dury a l'impression que par effet de loupe, ou y scrutera davantage son travail, rendant les imperfections d'autant plus visibles.

"D'habitude, la musique du groupe me porte et les petites erreurs passent inaperçues. Ici c'est clinique. Comme de se regarder dans le miroir au saut du lit", souligne-t-il malicieusement, comme pour s'excuser par avance de ses maladresses éventuelles.
De nouvelles chansons tragi-comiques

Mais que serait un concert de Baxter Dury sans les petits accrocs, les faux départs et les blagues ? Dans le public, c'est en tout cas un ravissement de découvrir les nouvelles chansons, telles que "Pleasure", "Palm Trees", "Police" (sur un problème de voisinage vécu) ou le spoken-word "Other Men's Girls", habilement mélangées à celles de "Happy Soup".
 
"Happy Soup était plus solaire",  "It's a Pleasure" est "plus sombre, plus austère", analyse-t-il. Pour notre part, nous n'avons pas perçu cette différence mais retrouvé au contraire tout ce que nous avions applaudi sur le précédent.

C'est-à-dire des petites ritournelles pop et sautillantes toujours prêtes à dérailler, où perce aussi la mélancolie. De sa voix voilée très attachante,  qui rappelle celle de son père Ian Dury,  Baxter croque toujours des portraits d'individus et de situations dans une veine tragi-comique, très anglaise, où l'auto-dérision et le second degré tiennent le haut du pavé.
 
"Il y a beaucoup de portraits crus d'hommes inadaptés" et "de gens qui n'arrivent plus trop à suivre", explique-t-il. "En gros, c'est un disque de pantalons qui ne vont pas bien." Ah ? Sous la verrière de Nova en tout cas, tout allait très bien merci. It was a Pleasure. Our Pleasure. (C'était un plaisir. Notre plaisir).
Cinq questions à Baxter Dury après le concert :

Vous l'avez dit à plusieurs reprises, c'est la première fois que vous vous livrez à l'exercice de la session acoustique. Comment avez-vous travaillé pour adapter votre live show ?
Je n'avais jamais rien fait de cette tel auparavant. Il m'est arrivé de jouer de façon maladroite quelques chansons en acoustique mais pas un concert en entier. C'est très français.

Quelle a été la chose la plus difficile (excepté la chaleur) dans cet exercice ?
J'ai aimé la chaleur. Le déplacement restreint est assez difficile quand on ne joue pas d'un instrument tout le temps, ce qui est mon cas. J'ai toujours eu du mal à trouver une contenance entre les chansons mais lorsqu'on est assis c'est encore plus difficile.

Avez-vous appris quelque chose de cette session ?
J'ai appris qu'il est bon de réduire le bruit, la chanson devient plus claire.

Comment avez-vous rencontré la Française Fabienne Debarre ?
Fab et moi sommes devenus amis lorsque son groupe (We Were Ever Green) a assuré nos premières parties. Elle est un des meilleurs musiciens avec lesquels j'ai travaillé. Nous sommes différents de façon intéressante et nous nous complétons très bien.

Vous semblez avoir un rapport particulier à Paris et à la France, où votre notoriété va grandissant. Comment l'expliquez-vous ?
Je soupçonnes que j'utilise des clichés français dans mes chansons sur les rapports hommes femmes, de façon accidentelle. J'ai une sale gueule à la Gainsbourg.

Comment était le concert des Libertines (où il disait devoir aller après son concert) ?
Finalement, je n'ai pas réussi à y aller mais je suis sûr que c'était bien. J'aimerais toujours mieux les voir dans un endroit caverneux plutôt que dans la vastitude du Zénith.

La Playlist de Baxter Dury à la Nova Session :
01 Pleasure (extrait de It's a Pleasure)
02 Isabel (extrait de Happy Soup)
03 Claire (Happy Soup)
04 Leak at the Disco (Happy Soup)
05 Palm Trees (It's a Pleasure)
06 Trellic (Happy Soup)
07 Picnic on the Edge (Happy Soup)
08 Lips (It's a Pleasure)
09 White Men (It's a Pleasure)
10 Other Men's Girls (It's a Pleasure)
11 Police (It's a Pleasure)
12 Whispered (It's a Pleasure)
13 Cocaïne (Love is the drug)
14 The Sun (Happy Soup)