Moodoïd : révélation pop psychédélique à la française

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 05/07/2014 à 15H09, publié le 04/07/2014 à 12H13
Moodoïd : Pablo Padovani entouré de ses musiciennes.

Moodoïd : Pablo Padovani entouré de ses musiciennes.

© Fiona Torre

Pablo Padovani est un doux rêveur imprégné de poésie surréaliste et de sonorités psychédéliques. Mis en musique et en images sous le nom de Moodoïd, un groupe dans lequel il ne s'est entouré que de filles, ses songes diurnes s'apprêtent à réveiller la pop française avec un premier album promis pour le 18 août, "Le monde Möö". Interview première fois.

Une pop rêveuse et complexe
Le revival psychédélique n'a pas fini d' innoculer sa fantaisie sur le rock et la pop. On en connaît les porte flambeaux Tame Impala, Temples, Connan Mockasin ou Melody's Echo Chamber. Il faudra compter bientôt avec Moodoïd,  directement issu de ce peloton de tête. (Son leader Pablo Padovani est en effet le guitariste de Melody's Echo Chamber et le premier EP de Moodoïd était mixé par Kevin Parker de Tame Impala.)

Après un premier EP 4 titres sorti en septembre 2013, au cœur duquel brillait la pépite "Je Suis La Montagne" et son clip naïf, un nouveau single, "La Lune/Les Chemins de traverse",  vient d'atterrir dans les casques en prélude à l'album.
 
On y retrouve tout ce qui nous avait séduit au départ chez Moodoïd : la plus grande rigueur mêlée à la plus folle liberté. Un bouillonnement atypique et réjouissant mêlant la pop et le psychédélisme aux impros jazz, et glissant de belles sonorités empruntées à la world music à des chœurs et paroles en français. Pablo Padovani n'est pas le fils de l'éminent jazzman Jean-Marc Padovani pour rien. Il promet de faire souffler un grand vent de fraîcheur mais aussi d'exigence sur la pop d'ici.
Le teaser de l'album de Moodoïd "Le Monde Möö"
INTERVIEW PREMIERE FOIS

Première émotion musicale ?
Pablo Padovani : C'était avec Bobby Lapointe je crois. La chanson de l'hélicon. J'écoutais beaucoup ça avec ma famille vers l'âge de 7-8 ans.

La première fois que tu as joué d'un instrument ?
Le premier instrument dont je voulais absolument jouer c'était du tuba, à cause de cette chanson de l'hélicon justement. Mes parents m'en ont acheté un et c'est donc le premier instrument dont j'ai joué.
Aujourd'hui, combien d'instruments maitrises-tu ?
J'ai  assez vite arrêté le tuba (rires). J'ai fait des percussions, du xylophone, du vibraphone et de  la batterie. Ensuite, à 14 ans, j'ai commencé à faire de la guitare et de la basse tout seul. Ca me permet d'écrire mes chansons de façon indépendante, en tout cas la base. Ensuite il y a de meilleurs musiciens que moi pour chaque instrument, c'est pourquoi je suis entouré d'incroyables musiciens.

Premier disque acheté ?
Il y avait déjà beaucoup de musique et de disques chez moi mais j'en ai aussi acheté par moi-même assez tôt. Je crois que le premier devait être "Paradisiac" de MC Solaar (sorti en 1997). Je vivais alors à la campagne, dans le Lot, et je devais avoir entre 10 et 12 ans. Je me souviens très bien qu'après avoir acheté ce disque, tous les copains sont venus dans ma chambre et on a écouté ça comme si c'était un truc totalement fou.
Premier contact avec le psychédélisme musical ?
Ca devait être les Beatles, bien sûr. Quand  j'étais au collège, j'étais déjà très fan des Beatles. J'étais particulièrement sensible aux mélodies et aux atmosphères. J'écoute beaucoup de musique chez moi et toute ma jeunesse et jusqu'à mes 18 ans je m'endormais le soir avec des disques à fond dans ma chambre. Le psychédélisme me permettait de partir un peu dans mes rêves parce que je suis un grand rêveur et j'utilisais la musique pour décoller.

Ton premier contact avec la World Music que tu as l'air d'aimer aussi beaucoup ?
Ca c'est plus à travers mon père Jean-Marc Padovani qui est musicien (de jazz) et qui a beaucoup travaillé avec les musiques du monde. Il m'a exposé depuis ma plus tendre enfance aux musiciens cambodgiens, africains et du monde entier et j'ai pu découvrir à travers eux plein d'instruments incroyables et de cultures que je ne connaissais pas. Enfant, il y avait toujours chez moi des gens qui jouaient des instruments fous, et la world a été pour moi la découverte de la musique traditionnelle.
Tu en écoutes encore ? Quel est ton dernier coup de cœur dans le genre ?
En ce moment j'aime beaucoup les rééditions de musique turque des années 70. Notamment les morceaux du chanteur Erkin Koray.

Premier plaisir à te déguiser ?
J'ai monté mon premier groupe à l'âge de 14 ans et on était déjà hyper déguisés. C'était notre truc à ce moment-là et je n'ai jamais arrêté depuis.
Le doré, les paillettes, c'est un plaisir ?
Oui, c'est un plaisir car j'ai toujours aimé le glam. Mais c'est aussi pour moi le moyen de m'évader et de pouvoir jouer un personnage à mille pour cent. Grâce à ce personnage de scène, qui justifie l'exubérance, on peut se caricaturer, accentuer des traits et  même les rapports entre nous sur scène. Le concert est un spectacle. A travers lui, on amène le public à la musique.

La première fois que tu as fait écouter Moodoïd à ton père ?
En fait, à l'époque, Moodoid n'était encore presque qu'une idée. J'avais juste écrit "La Montagne" et je me souviens avoir annoncé à mes parents et à mon petit frère : "je vais faire un nouveau groupe, ca va s'appeler Moodoid". Puis j'ai attrappé une guitare sèche et j'ai joué "La Montagne" dans le salon.
Quelle a été leur réaction ?
Ils avaient l'air enchantés et ils m'ont soutenu. Ma famille m'a toujours encouragé et m'a toujours laissé la liberté de faire les choses comme je l'imaginais. Je suis arrivé plusieurs fois avec des projets totalement fous et même s'ils n'y croyaient pas, ils ont toujours dit "fais-le".

Première rencontre avec Kevin Parker de Tame Impala ?
C'était au festival Villette Sonique à Paris. J'étais allé rejoindre un groupe d'amis par l'intermédiaire desquels Melody Prochet (chanteuse de Melody's Echo Chamber, groupe satellite de Tame Impala) a écouté ma musique. Melody cherchait un musicien à cette époque et elle avait découvert une de mes premières maquettes de Moodoïd. Nous nous sommes donnés rendez vous à Villette Sonique et c'est là que j'ai rencontré tout le groupe (produit par Kevin Parker) pour la première fois. Voilà, ca s'est fait naturellement, comme ça. 


Premier concert entouré de filles ? Pourquoi n'es-tu qu'avec des filles dans Moodoïd ?
(Sourire) Parce que j'avais besoin que ce soit une vraie première fois. J'avais joué auparavant avec une femme entourée d'hommes (dans Melody's Echo Chamber) et j'avais vraiment envie de l'inverse, d'être le seul garçon au milieu de filles. Je voulais aussi vivre l'expérience de groupe et de tournée rien qu'avec des filles pour pouvoir manifester mon coté féminin. Parce que quand je suis entouré de garçons je vais me comporter d'une certaine manière, je ne vais pas être dans la même attitude et le même ressenti. Avec elles,  je vais peut être être plus élégant. Et puis mes chansons parlent toutes de mes sentiments, de mes histoires d'amour, et je voulais le faire avec des copines qui me suivent sur ce terrain-là plutôt que des copains.

Premier clip réalisé ?
Mon premier vrai clip c'est celui de Bot'ox pour "Basement love". C'etait un projet un peu ambitieux, c'est l'histoire d'un club un peu étrange... C'était compliqué car on a dû trouver 150 saumons… voilà le délire. Mon premier clip pour Moodoïd, c'était "Je Suis la Montagne", pour lequel j'ai fait le montage et un peu de prod. J'ai fait une école de cinéma et j'ai confié la réalisation à un copain à moi pour pouvoir jouer dedans. On a passé presque un an à faire ce clip fou. Mais le premier clip de Moodoïd que j'ai réalisé c'est "De Folie Pure".
C'est un aspect important de ton travail ?
Disons que j'ai tendance à me dire que je suis un cinéaste qui fait de la musique. J'ai fait des études de cinéma et je me destinais à faire de la réalisation quand je me suis retrouvé tout à coup propulsé à faire musicien. J'en suis très heureux car je fais de la musique depuis que je suis enfant mais du coup je continue en parallèle l'autre métier de réalisateur parce que c'est très important pour moi.

Première partie de Phoenix au Palais des Sports en début d'année et à nouveau aux Nuits de Fourvières fin juin : ça te fait quoi ?
J'ai connu Phoenix via Melody's Echo Chamber (où il tient la guitare) parce qu'ils aiment beaucoup ce groupe. Ils ont ensuite découvert Moodoïd et ils nous ont proposé de faire leurs premières parties. On a fait quatre ou cinq dates avec eux mais ce qui a été dingue c'est d'avoir leur soutien et cette opportunité. Ca a été absolument fou et intense. Le Palais des Sports reste un grand souvenir. Pour nous, tout est allé super vite. En septembre on sort le EP et en novembre on se retrouve en première partie de Phoenix. C'était très impressionnant, parce qu'on est encore en train de travailler, en train de progresser, et tout arrive en même temps, mais c'est super excitant.

Moodoïd est en concert le 19 juillet au festival Fnac Live (Hôtel de ville, Paris)

L'album de Moodoïd "Le Monde Möö" sort le 18 août sur le label Entreprise