Matthieu Chedid alias -M- fait danser Pleyel avec son projet malien "Lamomali"

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 11/06/2017 à 00H45, publié le 10/06/2017 à 15H30
Matthieu Chedid et Sidiki Diabaté à l'unisson salle Pleyel le 9 juin 2017.

Matthieu Chedid et Sidiki Diabaté à l'unisson salle Pleyel le 9 juin 2017.

© Laure Narlian / Culturebox

Entouré d’une quinzaine de musiciens, dont les maîtres de la kora Toumani et Sidiki Diabaté, Matthieu Chedid a présenté vendredi soir la version live de son album Lamomali pour la première fois à Paris. Un show joyeux et endiablé, premier d’une série de quatre concerts, qui a fait battre le cœur de la salle Pleyel durant deux heures et demi.

Pleyel debout comme un seul homme

Conçu comme une passerelle musicale entre Paris et Bamako, l’album "Lamomali" sorti en avril est riche de dizaines d’invités. C’est pourtant seul avec sa guitare sèche que Matthieu Chedid entre en scène. Car s’il est partageur, il n’a besoin de personne pour ravir le public, en l’invitant d’un mot à lever les bras et à participer à sa joyeuse sarabande.
 
Son rôle tout du long sera celui d’un hôte bienveillant et d’un fil rouge, d’un liant, plus que d’un chef d’orchestre. Durant le concert, il s’éclipsera régulièrement de longues minutes pour laisser briller chacun. Et c’est donc avec une certaine humilité qu’il débute, seul, avec "Mama Sam", un vieux titre de "Je dis aime" dans lequel il avoue "Je ne connais pas l’Afrique".

Le concert vient à peine de commencer et Pleyel est déjà debout. Cet élan du public se calmera mais jamais pour longtemps: assis, debout, assis, debout, la prestigieuse salle aura sans doute rarement vu autant de mouvement durant un concert.
 
Puis la plupart des musiciens entrent en scène, un par un, le djembé, le quatuor à cordes, le griot, et les virtuoses de la kora Toumani Diabaté et son fils Sidiki. C’est autour de leurs harmonies de cordes que Matthieu Chedid a brodé amoureusement ce disque, ajoutant la voix de la diva malienne Fatoumata Diawara, qui fait elle aussi son entrée, très en beauté, sur "Une Âme".
Sidiki et son père Toumani Diabaté, maîtres de la Kora, à Pleyel le 9 juin 2017.

Sidiki et son père Toumani Diabaté, maîtres de la Kora, à Pleyel le 9 juin 2017.

© Laure Narlian / Culturebox

La leçon de kora de Toumani Diabaté

Après le trépidant tube "Bal de Bamako" avec Oxmo Puccino, seule chanson que de longues digressions auront hélas presque gâchée, et un "L’âme au Mali" dynamisé par Sidiki Diabaté, son père, le vénérable Toumani Diabaté, qui boîte de façon alarmante et passera le concert assis, entreprend de donner une leçon de kora au public.
 
Il résume l’histoire de cet instrument, emblème de l’empire Mandingue et passeport du Mali, dont les griots comme lui et son fils sont "les archives et la mémoire" depuis plus de 70 générations. Sa démonstration, édifiante, montre combien cet instrument joué avec seulement quatre doigts, pouces et index, est multiple, faisant office à la fois de basse, d’accompagnement et de motif d'improvisation. Parler de virtuosité au sujet de ceux qui la maîtrisent n’est donc pas usurpé.

Jaroussky et Balavoine

A peine remis de leur hommage aux victimes de Lampedusa, une nouvelle surprise s’invite sur scène en la personne du contre-ténor Philippe Jaroussky, dont la voix angélique emporte "Le Bonheur" vers les cieux. Tous les invités de l’album, qui se comptent par dizaines, ne sont pas présents ce soir. Certes, à Pleyel on aurait rêvé avoir la chanteuse Jain, le rappeur Nekfeu ou Amadou & Mariam – ces derniers étant programmés sur la pelouse du Bois de Vincennes au festival We Love Green dimanche il y a encore de l’espoir de les voir ces jours-ci avec -M- à Pleyel.

Mais c’est un autre invité de marque, un fantôme inattendu, que le maître de cérémonie a choisi de convoquer ensuite sans prévenir : Daniel Balavoine, dont le groupe reprend l’hymne "Sauver l’amour". Sans doute parce que l’âme de ce chanteur est restée en Afrique, où il est mort fauché trop jeune.
Sidiki Diabaté et Fatoumata Diawara à Pleyel le 9 juin 2017.

Sidiki Diabaté et Fatoumata Diawara à Pleyel le 9 juin 2017.

© Laure Narlian / Culturebox

Dialogues féconds

Bien construit, le spectacle ne connaît pas de temps mort. D’autant que –M- se met à piocher régulièrement dans sa propre discographie avec des versions renouvelées bien intégrées à Lamomali. Seront ainsi repris en chœur par les fidèles "Onde Sensuelle", "La Bonne Etoile", "La Fleur", qui donne lieu à un délicat dialogue de cordes avec Toumani Diabaté, "Machistador" dans une version très funky avec Oxmo Puccino, "Je dis aime" au rappel et le superbe "Amssétou", qui occasionne un autre ping-pong fructueux, cette fois avec Sidiki Diabaté. Ce dernier montrera sur un titre en solo une facette plus électrique, sismique et moderne de son art, proche de l’énergisante afro-pop qui enfièvre les nuits africaines.
 
Les musiciens sont excellents. Mention spéciale au quatuor à cordes, inventif et tout en grâce, qui se fond merveilleusement avec les koras et offre une profondeur bienvenue à ce déferlement d'énergie. La section rythmique doit aussi être saluée, elle qui apporte funk et modernité avec classe aux sonorités africaines traditionnelles.

Plus qu'à une véritable fusion, ce spectacle donne lieu à une succession de rencontres et d’échanges, à de féconds dialogues sonores salutaires par les temps qui courent, à l'image du poème de tolérance et d'amour d'Andrée Chedid "Toi Moi". Le show se referme sur "Solidarité", avec l’équipage (comme l’a surnommé Toumani) au complet. Bienvenue à bord de "Mali Airways" en provenance de Paris. Attachez vos ceintures, en route pour la joie.

Lamomali de Matthieu Chedid est à nouveau à Pleyel samedi 10, dimanche 11 et lundi 12 juin.