Intermittents : nouvelle journée d'action, mobilisation en légère baisse

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/04/2014 à 20H27, publié le 25/04/2014 à 17H14
Manifestation d'intermittents du spectacle à Bourges, le 25 avril 2014

Manifestation d'intermittents du spectacle à Bourges, le 25 avril 2014

© Guillaume Souvant / AFP

Les intermittents du spectacle, en lutte contre la réforme de leur régime, ont protesté dans la rue vendredi à Paris, au Printemps de Bourges, avant d'occuper une salle de concert de Toulouse. Toutefois, après plusieurs semaines de lutte, la mobilisation semblait marquer le pas en cette période de vacances scolaires.

À Bourges, une cinquantaine d'intermittents de la CGT-Spectacle ont manifesté en marge du Printemps sans perturber la manifestation qui marque traditionnellement le début de la saison des festivals.

Filippetti rencontre une délégation à Bourges
En visite au Printemps de Bourges, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti a rencontré à huis clos une délégation d'intermittents. Elle n'a pas souhaité s'exprimer devant la presse à l'issue de la rencontre. "Un accord a été signé, il a été amélioré, certaines inquiétudes qui s'étaient fait jour ont été amendées (voir plus bas, ndlr). Je vais écouter l'analyse des intermittents", a-t-elle juste déclaré en arrivant sur le site.

"Il faut que le ministre du Travail François Rebsamen et Aurélie Filippetti assument leurs responsabilités gouvernementales en demandant la réouverture des négociations", avait déclaré Marc Slyper (CGT-Spectacle) quelques heures avant la rencontre.

Occupation de la Halle aux Grains à Toulouse
À Toulouse, deux cents intermittents du spectacle ont investi vendredi en début de soirée la Halles aux Grains, salle municipale de concerts et spectacles, où était programmé un concert de musique classique dans la soirée, a-t-on appris de source policière et auprès des intermittents.

La Coordination des intermittents et précaires de Midi-Pyrénées a expliqué dans un communiqué que le concert était organisé par l'association du "Cercle de l'orchestre national de Paris" dont le président, Denis Kessler, est l'ancien vice-président du Medef".

Rassemblements et actions à Paris, Rennes, Lorient, Strasbourg
Plus tôt dans la journée de vendredi, à Paris, environ deux cents intermittents se sont rassemblés place de la République en début d'après-midi autour d'une banderole où était inscrit : "Ça sent le Gattaz : ça va péter." (Pierre Gattaz est le président du Medef, ndlr).

Une délégation représentant les intermittents mais aussi le mouvement des chômeurs et précaires a été recue dans l'après-midi par le directeur de cabinet du ministre du Travail, François Rebsamen, a déclaré à l'AFP Denis Gravouil, secrétaire général de la CGT Spectacle. "On nous a dit que le processus des négociations étant ce qu'il est, l'accord (du 22 mars) ne pouvait qu'être agréé par le ministère", a déclaré Denis Gravouil qui a estimé qu'il s'agissait là d'"une fin de non recevoir".

À Rennes, une cinquantaine d'intermittents se sont rassemblés place de la mairie. À Lorient, une représentation du "Misanthrope" de Molière a été annulée vendredi soir en raison d'un préavis de grève de l'équipe de la pièce. À Strasbourg, une centaine d'intermittents ont défilé.

La mobilisation semblait toutefois perdre de son ampleur. Lors de la précédente journée d'actions nationale le 20 mars, plusieurs milliers d'intermittents avaient défilé à Paris et en province avant d'occuper des lieux culturels symboliques comme l'Opéra Garnier à Paris ou le Mucem à Marseille.

Accord du 22 mars : certaines mesures ne passent pas
Les intermittents du spectacle protestent contre l'accord sur la convention d'assurance-chômage signé le 22 mars par le patronat, la CFDT, FO et la CFTC. Pour entrer en vigueur, cet accord doit obtenir l'agrément du ministre du Travail. Afin de redresser les comptes de l'Unedic, il prévoit une série de mesures d'économies touchant l'ensemble des chômeurs et dont certaines concernent les intermittents.

Après la signature de l'accord, la ministre de la Culture s'était félicitée du maintien du régime spécifique des intermittents, dans des conditions toutefois très inconfortables pour nombre d'entre eux qui fait le calculé de ce qui les attendait après l'application de la réforme, du fait, notamment, d'un système de "délai de carence" désormais prolongé avant le début du versement des allocations chômage.

Un réajustement jugé insuffisant par la CGT-Spectacle
Mais Aurélie Filippetti avait demandé aux partenaires sociaux de renégocier cette mesure d'économies très décriée. Jeudi, à la veille de la nouvelle journée de mobilisation, les signataires de l'accord ont "assoupli" cette mesure. "On a retouché un peu la formule de calcul du différé d'indemnisation des intermittents" pour "diminuer le nombre de jours de décalage, en particulier pour les plus basses rémunérations", a dit à l'AFP Véronique Descacq, numéro deux de la CFDT. Il s'agit d'un "ajustement technique" qui se fait à enveloppe financière "constante" pour le régime spécifique des intermittents.

Le coût de la mesure en faveur des intermittents à bas revenus devra donc être compensé par un durcissement pour ceux qui ont des revenus élevés, à travers un abaissement du plafond du cumul allocations/salaires.

Pour la CGT-Spectacle, cet ajustement est insuffisant. La fédération juge en outre que la "négociation de couloir" entre les seuls signataires de l'accord pour modifier cette disposition est "illégale", a souligné Marc Slyper (CGT-Spectacle).

Les intermittents réclament la réouverture de négociations sur la base des propositions du comité de suivi rassemblant des représentants des intermittents, des entreprises du spectacle et des parlementaires. "M. Rebsamen, quand il était sénateur, avait signé la tribune du comité de suivi. Il ne doit pas se renier aujourd'hui en agréant l'accord", a jugé Marc Slyper.