Décès de Rubin Carter, le "Hurricane" de Bob Dylan

Par @Culturebox
Publié le 21/04/2014 à 12H10
Rubin "Hurricane" Carter, ancien boxeur et symbole de l'erreur judiciaire, chanté par Bob Dylan (8 octobre 2003)

Rubin "Hurricane" Carter, ancien boxeur et symbole de l'erreur judiciaire, chanté par Bob Dylan (8 octobre 2003)

© Dave Hunt / EPA / MAXPPP

L'ex-boxeur américain Rubin "Hurricane" Carter, symbole américain des erreurs judiciaires chanté par Bob Dylan et incarné à l'écran Denzel Washington, est mort dimanche à Toronto des suites d'un cancer, à l'âge de 76 ans.

"Here comes the story of the Hurricane ...", clame Bob Dylan dans le refrain de sa chanson : "Voici l'histoire de 'Hurricane', l'homme que les autorités accusent d'un crime qu'il n'avait jamais commis. Il a été mis dans une cellule. Mais un jour il aurait pu être le champion du monde".
 
Ce champion de boxe noir américain, à qui on avait donné, lors de sa courte carrière sportive, le surnom "Hurricane" (ouragan), a passé 19 ans dans une prison du New Jersey pour le meurtre de trois Blancs, dont il a ensuite été totalement innocenté.
Dob Dylan chante "Hurricane" en 1975
 
Une carrière sportive brutalement interrompue
Rubin Carter était né en 1937 dans le New Jersey, dans une famille de 7 enfants. Après une adolescence mouvementée, il se sauve d'une maison de correction, fait un passage par l'armée et purge quelques courtes peines avant de devenir boxeur professionnel poids moyen, gagnant de nombreux combats. Il remporte 27 victoires, notamment au Madison Square Garden de
New York, à Paris ou encore à Londres. Sa plus belle victoire est celle, par KO, contre le champion Emile Griffith.
 
Sa carrière sportive prend fin brutalement avec son arrestation en octobre 1966. Malgré ses dénégations, Rubin Carter est reconnu coupable deux fois, en 1967 et 1976, du meurtre de trois Blancs dans un bar du New Jersey. Un jury exclusivement blanc le condamne à 30 ans de prison, tandis que son co-accusé, lui aussi noir, écope de 15 ans.
La bande annonce de "Hurricane Carter" de Norman Jewison (2000)
 
Bob Dylan : un procès mascarade
"A Paterson (la ville où les les faits se sont déroulés, ndlr), c'est comme ça que ça se passe. Si tu es noir, tu as intérêt à ne pas sortir dans la rue", chante Bob Dylan dans sa chanson "Hurricane", co-écrite avec Jacques Levy et devenue un tube en 1976. "Les dés étaient pipés, le procès a été une mascarade, il n'avait aucune chance de s'en sortir", poursuit la chanson fleuve.
 
Le chanteur a découvert l'histoire de Rubin Carter dans son autobiographie, écrite en captivité ("Le 16e Round", 1974) et lui a rendu visite en prison.
 
"Maintenant, un homme innocent vit l'enfer, c'est l'histoire de 'Hurricane ', mais elle ne s'achèvera pas tant que son nom ne sera pas blanchi, et tant qu'on ne lui rendra pas le temps perdu".
 
Denzel Washington est "Hurricane Carter" dans un film de Norman Jewison
Dix ans plus tard et après 19 ans derrière les barreaux, Carter est libéré au terme d'une campagne de soutien menée par un comité de défense et de nombreux artistes parmi lesquels Dylan, bien sûr, Joan Baez, Joni Mitchell, ainsi qu'Amnesty International. En 1985, un juge fédéral estime enfin que sa condamnation est "marquée par le racisme plutôt que par la raison et par les dissimulations plutôt que par les révélations".
 
Son histoire a aussi inspiré un film de Norman Jewison, dont le film "Hurricane Carter" (1999) a valu à Denzel Washington le Golden Globe du meilleur acteur et une nomination aux Oscars.
 
A sa sortie de prison, Rubin Carter a milité pour la défense des victimes d'erreurs judiciaires, créant l'association Innocence International. Ces dernières semaines, il avait défendu David McCallum, un New-yorkais en prison depuis 1985. Dans une tribune au Daily News publiée le 21 février dernier, il disait : "Je serais bien étonné de trouver le paradis après ma mort. Pourtant, sur cette planète, j'ai vécu en enfer les 49 premières années de ma vie, et au paradis les 28 suivantes. Vivre dans un monde où la vérité prévaut et où la justice, même tardivement, est rendue, nous suffirait à tous comme paradis."