David Bowie fut le premier fan du Velvet Underground et de Lou Reed

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 28/09/2016 à 20H04, publié le 22/07/2016 à 11H21
Lou Reed et David Bowie dans une galerie new yorkaise en 2006.

Lou Reed et David Bowie dans une galerie new yorkaise en 2006.

© Andrew H. Walker / Getty Images North America / AFP

Le Velvet Underground aurait-il percé sans Bowie ? Le Thin White Duke, foudroyé à la fin de 1966 par la démo de leur premier album, fut en tout cas l'un de leurs tout premiers fans. Dans la foulée, sa première tentative cocasse de rencontre avec Lou Reed, une anecdote méconnue, vaut d'être contée, alors que l'exposition sur le Velvet Underground se poursuit à la Philharmonie jusqu'au 21 août.

"Tout ce que j'éprouvais sans le savoir sur le rock se révélait à moi"

"Vers la fin de 1966, mon manager d'alors, Ken Pitt, revint d'un voyage aux Etats-Unis avec deux albums qu'on lui avait donnés à New York", racontait David Bowie en 2008 dans un article du New Yorker (daté 18 septembre 2008).

L'un d'eux était "un test pressing avec la signature de Warhol griffonnée dessus". Il était "bouleversant", assure Bowie. "Tout ce que j'éprouvais sans le savoir pour le rock se révélait à moi sur un disque encore inédit. C'était The Velvet Underground and Nico."

David Bowie a alors 19 ans. Il n'a encore sorti aucun disque sous son nom et sa carrière ne décollera que trois ans plus tard avec la fusée "Space Oddity". Mais sa rencontre avec la musique du Velvet sur "l'album à la banane" le foudroie durablement.
David Bowie en 1966, à l'âge de 19 ans, lors d'une session photo à Londres.

David Bowie en 1966, à l'âge de 19 ans, lors d'une session photo à Londres.

© Michael Ochs Archives

"Cette musique était sauvagement indifférente à mes sentiments"

Le groupe atteint "un degré de cool que je ne pensais pas humainement possible", poursuivait Bowie dans Le "New Yorker". Le second morceau, "I'm Waiting For The Man", "avec sa basse et sa guitare "palpitantes et sarcastiques" le met particulièrement à genoux. "Le pilier, la clé de voûte de mon ambition s'en est trouvée révélée", se souvient-il.

"Cette musique était sauvagement indifférente à mes sentiments. Elle se fichait de savoir si je l'aimais ou pas. Elle n'en avait rien à foutre. Elle était entièrement tournée vers un monde ignoré de mes yeux de banlieusard."

Quarante ans plus tard, Bowie se souvenait du choc de ce disque avec une précision d'admirateur transi. "L'un après l'autre, les morceaux tortillaient et glissaient leurs tentacules autour de mon esprit. Maléfique et sexuel, le violon de "Venus in Furs", telle une musique de revival païenne pré-Chrétienne. La voix glaciale et distante, du genre "baise moi si tu veux, je n'en ai rien à cirer" de Nico sur "Femme Fatale".

Une claque extraordinaire qui finit par le laisser sur le carreau. A la fin du disque, après "European Son" "j'étais si excité que je ne pouvais plus bouger", avouait-il au New Yorker.

Peu après, en décembre 1966, alors que l'album du Velvet n'était même pas encore sorti (il sortira en mars 1967), le groupe Buzz de Bowie se séparait, mais pas avant d'avoir joué "I'm Waiting For The Man" au rappel d'un de ses derniers concerts. "C'était la première fois qu'une chanson du Velvet était reprise par quelqu'un dans le monde", soulignait-il dans le même article en se qualifiant de "chanceux". 
La pochette de The Velvet Underground & Nico © DR

Le gros malentendu de la première rencontre Bowie-Reed

Quelques années plus tard, en 1971, Bowie se rend aux Etats-Unis pour la première fois. A New York, son guide local lui signale que le Velvet Underground joue le soir même à l'Electric Circus. "J'étais leur plus gros fan en Grande-Bretagne, j'imagine", se souvenait-il en 2004 dans Esquire, en livrant cette anecdote méconnue sur sa première rencontre ratée avec Lou Reed.

"Je suis arrivé tôt au concert (du Velvet Underground, donc) et je me suis positionné devant, au bord de la scène. Le concert était super, et je m'étais bien assuré que Lou Reed puisse voir que j'étais un vrai fan en chantant toutes les chansons par cœur. Après le show, je me suis déplacé sur le côté de la scène où se trouvaient les portes des vestiaires."

"J'ai frappé et l'un des membres du groupe a répondu. Après un petit jet de compliments, j'ai demandé si je pouvais parler à Lou. Il a eu l'air perplexe mais il m'a demandé d'attendre une seconde."

"Au bout d'un moment, Lou est arrivé, nous nous sommes assis et avons discuté de songwriting pendant une dizaine de minutes. J'ai quitté le club sur un petit nuage – une ambition d'adolescent réalisée."

"Le jour suivant, j'ai raconté à mon guide quel pied ça avait été de voir le Velvet live et de rencontrer Lou Reed. Il m'a regardé d'un air moqueur pendant une seconde, avant d'exploser de rire. Lou a quitté le groupe il y a un moment", m'a-t-il dit. "Tu as parlé à son remplaçant, Doug Yule".

Le fait que Bowie, l'icône du rock, ait pu avouer des décennies plus tard cet épisode peu glorieux avec une telle humilité, une telle lucididé et un tel humour pince-sans-rire, en dit long une fois de plus sur sa personnalité. Il rencontra finalement Lou Reed peu après. Et il aida surtout celui qu'il considérait comme son "maître" à sortir de l'ornière après la séparation du Velvet en produisant en 1972 son album solo "Transformer", un chef-d'oeuvre. Et le début d'une autre histoire...

L'exposition The Velvet Underground "New York Extravaganza" 
se poursuit jusqu'au 21 août 2016 à la Philharmonie de Paris
221 avenue Jean Jaurès, Paris 19e