Clip d'Indochine : le CSA a "35 ans de retard" accuse Xavier Dolan

Par @Culturebox
Publié le 07/05/2013 à 18H17
Indochine, College Boy

Indochine, College Boy

© Capture d'acran clip / Xavier Dolan

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a annoncé mardi qu'il s'auto-saisissait pour toute diffusion par une chaîne de télévision "d'extraits violents" du clip choc du nouveau single du groupe français Indochine. Xavier Dolan, le réalisateur du clip, réagit dans une lettre ouverte.

"Le Conseil se saisit, dès à présent, de toute diffusion par une chaîne de télévision d'extraits violents de cette vidéo musique", précise le communiqué de la haute autorité. Réunis mardi en plénière, les membres du CSA ont "relevé, qu'en l'état de la législation, n'entraient dans leurs compétences que les diffusions sur les chaînes audiovisuelles et les services de médias audiovisuels à la demande". Par ailleurs, le CSA n'avait pas décidé à ce stade si le clip serait interdit aux moins de 16 ans, voire aux moins de 18 ans.  

Le clip était visible sur internet et des extraits ont été diffusés par quelques chaînes de télévision, dont Canal+ lundi soir, qui recevait le  chanteur d'Indochine Nicola Sirkis. 

Dans une lettre publiée mardi 7 mai dans Le Huffington Post Quebec, le réalisateur québécois Xavier Dolan accuse Françoise Laborde, qui préside le groupe de travail sur la jeunesse et la protection des mineurs du CSA, d'avoir un retard de 35 ans dans le débat sur la violence à l'écran.

Françoise Laborde avait déclaré sur Europe 1 que ces images étaient d'une violence "insoutenable", et qu'elles n'avaient "pas leur place en journée sur des chaînes de musique". L'ex-journaliste  avait déclaré jeudi envisager "au minimum une interdiction aux moins de 16 ans et peut-être une aux moins de 18 ans" de la  vidéo "College Boy" réalisée par le jeune cinéaste pour le groupe de rock  français Indochine. 

Pas de limites sur internet

"Vous arrivez à table pour le débat sur la légitimation de la violence à l'écran avec environ 35 ans de retard", lance Xavier Dolan dans sa lettre ouverte,  estimant que le rôle de Françoise Laborde devrait plutôt être "de réinsérer les attributs" de son mandat "dans la réalité actuelle telle que définie par l'héritage de la technologie". Xavier Dolan considère qu'avec les plateformes disponibles sur internet,  "les limitations de la violence sont proportionnelles aux limites que l'espace virtuel nous propose : presque aucune".

"Censurer mon travail parce qu'il est violent fait montre d'une grande incompréhension de l'essence du vidéoclip, dont votre lecture se limite aux surfaces, mais plus largement de votre incompréhension du contexte social dans lequel vous oeuvrez, et de l'incompatibilité de votre démarche avec cet espace-temps", accuse Xavier Dolan.

Se défendant d'avoir voulu "provoquer un coup marketing" avec le clip, le Montréalais conclut en remerciant Françoise Laborde "de l'exceptionnelle visibilité"  qu'elle a donné à son travail, jugeant toutefois "dommage que cette polémique"  ait pour origine son "refus de contrer la violence par l'action plutôt que par le silence".