Démission de Raymond Duffaut, la mairie prend le contrôle des Chorégies d'Orange

Par @Culturebox
Mis à jour le 11/03/2016 à 19H19, publié le 11/03/2016 à 17H55
Raymond Duffaut, directeur des Chorégies d'Orange, en 2009

Raymond Duffaut, directeur des Chorégies d'Orange, en 2009

© PHOTOPQR/LA PROVENCE

Raymond Duffaut, directeur général des Chorégies d'Orange depuis 1981, a démissionné à la suite d'un conflit avec la municipalité d'extrême-droite dirigée par Jacques Bompard, qui a pris le contrôle du festival lyrique le plus populaire de France.

"La ville considère que la présidence de l'association des Chorégies d'Orange lui revient de droit, c'est un coup de force", a-t-il expliqué à l'AFP, après avoir rendu publique sa lettre de démission.

L'affaire remonte à janvier, lorsque Thierry Mariani, président depuis 20 ans de l'Association des Chorégies et député des Français à l'étranger, annonce sa démission de la présidence du festival lyrique, en désaccord avec le choix de Jean-Louis Grinda, directeur de l'Opéra de Monte-Carlo, pour succéder à M. Duffaut fin 2017. Du fait du départ de M. Mariani, et selon les statuts de l'association, il revient à Marie-Thérèse Galmard, adjointe à la vie sociale à la mairie d'Orange, d'assurer l'intérim de la présidence, avant que le conseil d'administration élise un nouveau président.

Mais selon M. Duffaut, Mme Galmard entend rester à la présidence jusqu'à la fin du mandat de M. Mariani en 2018. "C'est la Ligue du Sud (mouvement d'extrême droite de M. Bompard) qui met la main sur les Chorégies d'Orange, c'est un coup de force", dénonce M. Duffaut.

Le maire d'Orange, Jacques Bompard, estime pour sa part que "le conseil d'administration (qui s'est tenu vendredi matin) a été très clair: la présidente actuelle par intérim est présidente de droit jusqu'à la fin du mandat". Une interprétation contestée par M. Duffaut, qui souligne que les statuts prévoient cet intérim "en cas d'empêchement du président" et non en cas de démission. Pour M. Bompard, "la démission est un empêchement. Nous avons consulté un cabinet d'avocat spécialisé sur ce point". Les représentants de l'Etat et de la Région n'ont pas siégé vendredi matin au conseil d'administration.

"Aucun conflit politique"

Pour M. Bompard, "il n'y a aucun conflit politique aux Chorégies: la démission de Thierry Mariani met en place la présidence de Mme Galmard et on ne voit pas sous quel prétexte fallacieux on pourrait la récuser, donc tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes dans ce fonctionnement".

Une des toute premières décisions de la nouvelle présidente par intérim a été de retirer à Raymond Duffaut sa délégation de signature, ce qu'il interpréte "à l'évidence comme une preuve de défiance". "Il n'est pas anormal dans la situation des Chorégies avec une dette d'un million d'euros que la nouvelle présidente veuille resserrer les boulons et si elle le fait je la félicite" a commenté le maire d'Orange.

Dans sa lettre de démission, Raymond Duffaut rappelle que la contribution de la Ville d'Orange au Festival "d'une part n'a pas été revalorisée depuis 20 ans, d'autre part n'a pas été versée à l'Association à trois reprises depuis 1995, ce qui représente une perte de quelque 456.000 euros, une seule fois compensée par l'Etat".

Figure du monde lyrique

Les débuts de M. Bompard à la tête de la municipalité d'Orange, en 1995, avaient été marqués par un conflit avec les Chorégies: il s'était présenté à la présidence de l'association du festival mais n'avait pas été élu et avait suspendu sa contribution. Dans sa lettre de démission, M. Duffaut évoque aussi "des problèmes d'éthique". Il rappelle que dès l'arrivée de Jacques Bompard à la tête de la municipalité, il avait clairement indiqué que "s'il arrivait que la présidence de l'association revînt au maire de la ville ou à l'un de ses adjoints, il s'ensuivrait ma démission immédiate, car les valeurs que je portais ne pouvaient me permettre de continuer à travailler dans un tel nouveau contexte".

Raymond Duffaut est une figure du monde lyrique et a contribué à la diffusion de l'Opéra à la télévision, avec quatre retransmissions prévues cet été des spectacles des Chorégies, le plus ancien (1869) et le plus populaire des festivals lyriques en France. Le festival, autofinancé à plus de 80%, est fragilisé par la stagnation de ses subventions et une annulation en 2013 d'un récital du ténor star franco-italien Roberto Alagna qui a creusé le déficit.