Nuits de Fourvière: Les Femmes savantes version psychédélique par Macha Makeïeff

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 12/06/2015 à 18H17
Trissotin et Les Femmes savantes de Molière à la sauce Macha Makeïeff.

Trissotin et Les Femmes savantes de Molière à la sauce Macha Makeïeff.

© Romain Lafabregue / AFP

Des Femmes savantes en minijupe, qui mangent des Tuc dans un décor en formica : Macha Makeïeff a choisi d'installer Molière dans les années 70 pour montrer que cette pièce, loin d'être misogyne, parle de l'émancipation des femmes et ses limites. "Trissotin ou Les Femmes savantes" est montré aux Nuits de Fourvière à Lyon, de vendredi à mardi avant une tournée dans une vingtaine de villes de France.

"Un moment de grande folie d'émancipation"

"J'ai toujours été énervée à propos de ce que j'entendais sur la pièce et par ceux qui la qualifiait de misogyne. C'est quand même un très grand poète qui l'a écrite, un homme de la maturité deux ans avant sa mort, un homme plein d'ennemis et de désillusions qui a ce désenchantement des relations entre les hommes et les femmes", expliquait Macha Makeïeff jeudi, à l'issue de la répétition générale.
   
C'est pour montrer ces limites que la directrice du Théâtre de la Criée de Marseille a choisi les années 60/70, avec des femmes outrées qui dressent aussi en filigrane une critique du féminisme.

Cette période est "un moment de grande folie d'émancipation des femmes où même les hommes les plus rétifs se féminisaient, tellement ils ont eu peur de ce mouvement d'émancipation", relève-t-elle de sa petite voix calme.
De gauche à droite Ariste (Arthur Igual), Chrysale (Vincent Winterhalter) et Belise (Thomas Morris) dans "Trissotin ou Les Femmes savantes" de Macha Makeïeff.

De gauche à droite Ariste (Arthur Igual), Chrysale (Vincent Winterhalter) et Belise (Thomas Morris) dans "Trissotin ou Les Femmes savantes" de Macha Makeïeff.

© Romain Lafabregue / AFP


Une esthétique ancrée dans les années 70

Macha Makeïeff avait déjà monté Les Précieuses ridicules avec son complice de toujours Jérôme Deschamps, avec lequel elle a notamment créé la mythique série Les Deschiens.
   
Dans sa mise en scène, beaucoup de choses passent par l'esthétique. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si c'est elle, artiste plasticienne, qui a
réalisé le décor et les costumes. Par leur accoutrement, elle ridiculise ces femmes qui veulent se marier à la philosophie.

La mère, Philaminte, interprétée par Marie-Armelle Deguy, est délicieusement hystérique, vêtue d'une inénarrable combinaison violette en velours assortie de bottines blanches vernies.
   
La belle-soeur Bélise, travestie par l'excellent ténor Thomas Morris, pousse la chansonnette à capella entre deux alexandrins dans des tenues d'un
vert navrant qui s'accorde à merveille avec sa coupe au carré grisonnante.
   
Quant à la fille, Armande (Maud Wyler), demi-chignon sur le sommet du crâne, minirobe rose et gilet moutarde, elle semble totalement dépassée à côté de sa soeur Henriette (Vanessa Fonte), tout droit sortie de "Chapeau melon et bottes de cuir", qui lit Paris-Match.
De gauche à droite Armande (Maud Wyler) , Philaminte (Armelle Deguy) et Belise (Thomas Morris) dans "Trissotin et Les Femmes savantes" de Macha Makeïeff.

De gauche à droite Armande (Maud Wyler) , Philaminte (Armelle Deguy) et Belise (Thomas Morris) dans "Trissotin et Les Femmes savantes" de Macha Makeïeff.

© omain Lafabregue / AFP
   

Une critique du féminisme qui n'épargne pas les hommes

Dans cette version psychédélique, sombre malgré les couleurs acidulées des seventies, les hommes en prennent aussi pour leur grade. Car ils sont dans un tel "désarrois devant l'illimité féminin, du plaisir, du désir, du désir de savoir".
   
C'est d'ailleurs parce, que pour elle, cette pièce parle autant des hommes que des femmes, qu'elle a repris le titre originel de Molière. Et à voir le Trissotin (Geoffroy Rondeau) en poète diva ridicule aux allures de Conchita Wurst, on se demande même si les hommes peuvent encore séduire les femmes.
   
"Justement, comme il y a un peu abus de faiblesse" (car Trissotin lorgne la dot de la famille et cherche à épouser Henriette en séduisant la mère par des poèmes scabreux), "il fallait que ce soit un personnage avec cette ambiguïté là".
   

La petite musique de Molière à la lettre

Rarement Molière aura été autant sorti de son époque et pourtant, rarement les alexandrins auront été si agréables à écouter. La scène y fait un peu : le petit théâtre antique de Fourvière dans l'air chaud et orageux du mois de juin.
   
Mais c'est surtout la diction qui impressionne, tellement fluide et moderne où pas un mot n'est écorché. "C'était une des données que je m'étais fixée et déjà, dans le choix de la distribution, ça s'est fait aussi là-dessus", insiste Macha Makeïeff. La troupe a été accompagnée d'une répétitrice, comme à l'opéra, car Molière, "c'est comme une partition, il est pas question de sauter une note".
   
La pièce "Trissotin ou Les Femmes savantes" est donnée aux Nuits de Fourvière de vendredi à mardi. Elle tournera ensuite dès l'automne à Orléans, Amiens, Tremblay-en-France, Nice, Reims, Saint-Denis, Créteil, Angers, Marseille, Tours, Saint-Nazaire, Tarbes, Montpellier, Maubeuge, Draguignan, Toulon et Perpignan.