Youssou N'Dour : avec "Africa Rekk", le chanteur est de retour

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/11/2016 à 13H15, publié le 13/11/2016 à 13H13
Le chanteur Youssou N'Dour, novembre 2016 à Paris

Le chanteur Youssou N'Dour, novembre 2016 à Paris

© BERTRAND GUAY / AFP

Après quelques années dans la politique et les affaires, la star sénégalaise Youssou N'dour célèbre son "retour" comme chanteur avec son nouvel album "Africa Rekk", et une série de concerts la semaine prochaine à Paris, à la Philharmonie et au Bataclan.

Youssou N'Dour retrouve avec son disque "Africa Rekk", récemment sorti, une inspiration qui l'avait un peu abandonné. Le précédent "Dakar-Kingston", avec des reprises de classiques du reggae, avait laissé une impression mitigée. A cette époque, en 2010, le "businessman" (dans la production et dans les médias) avait pris le pas sur le musicien, et le "politique" allait bientôt prendre le relais avec des postes dans le gouvernement sénégalais. "Je suis arrivé dans la politique d'abord par accident, lorsque je me suis engagé en 2011 contre le changement de la constitution, comme une grande majorité des Sénégalais", se justifie-t-il.

Le chanteur populaire annonçait en 2012 sa candidature à la présidence, invalidée, puis soutenait la campagne de Macky Sall, l'actuel président qui lui a confié le portefeuille de la Culture puis du Tourisme. Désormais ministre conseiller du président, il a pu prendre un peu de distance avec la politique et se concentrer à nouveau sur sa musique.
Youssou Ndour - I love You LYRICS - Album AFRICA REKK
"Je pense que depuis Egypt (en 2004), c'est l'album le plus abouti", estime l'enfant de la Medina, le quartier au coeur de Dakar où il a grandi, au sujet de son nouveau disque caractérisé selon lui par "la diversité". "Afrika Rekk" montre toutes les facettes du talent et de la personnalité de Youssou N'Dour : mbalax (musique populaire sénégalaise) ouvert à la pop  internationale qui rappelle les anciennes collaborations du chanteur avec Peter Gabriel dans "Jeegel Nu", mbalax plus traditionnel avec "Serin Fallu", la pulsation reggae de "Conquer the World" pour un duo avec le rappeur américano-sénégalais Akon, l'art de la ballade avec "Oumar Foutiyou Tall"... Des premières notes colorées de l'harmonica de Vincent Bucher sur "Gorée", en ouverture, jusqu'à la touche finale vintage de "Money Money", une chanson afro-cubano-calypso qui clôt l'album et rappelle l'âge d'or de la musique ouest-africaine, le disque est jalonné de belles suprises.

"Africa Rekk", c'est l'Afrique d'aujourd'hui

Deux chansons sont des tubes en puissance : "Be Careful", un mbalax sautillant aux accents latinos avec un refrain entêtant et un mélange de wolof, de français et d'anglais ainsi que "Ben La", une rumba congolaise interprétée en duo avec Fally Ipupa, la nouvelle star kinoise.

"Afrika Rekk" ("L'Afrique seulement") a pour ambition de témoigner de l'Afrique contemporaine. "Ce disque, c'est un voyage un peu partout en Afrique, des rencontres", raconte Youssou N'Dour. "J'ai beaucoup collaboré avec le reste du monde, Peter Gabriel, Ryuichi Sakamoto, la musique anglo-saxonne. Je me suis dit que j'avais sauté un peu le continent (africain), et j'y retourne". "J'ai envie de dire aux gens d'ici (en Europe, ndlr): venez voir ce qui se passe à Dakar, Abidjan, Brazza", poursuit ce fils d'une mère griote et d'un père menuisier. "Afrika Rekk" a été enregistré par son petit frère dans les studios que possède Youssou N'Dour à Dakar. 

A 57 ans, ce musulman pratiquant, en profite aussi pour chanter l'espoir, la solidarité ou dénoncer la violence faite aux femmes. De bonnes vibrations qu'il va diffuser la semaine prochaine à la Philharmonie de Paris (le 15) puis au Bataclan (les 18 et 19 novembre). "C'était important d'être là pour qu'ils (les 90 morts de l'attaque jihadiste dans cette salle le 13 novembre 2015, ndlr) ne soient pas oubliés, et  je pense qu'avec la musique, je pourrai apporter cette vie dont a besoin Le Bataclan. La musique va pouvoir parler, mon discours, il est dans ma musique."