Sénégal : la chanteuse arrêtée pour "offense au chef de l'Etat" en liberté provisoire

Par @Culturebox
Publié le 15/08/2017 à 09H28
Amy Collé Dieng

Amy Collé Dieng

© Diop LE MAIRE / AFP

La chanteuse sénégalaise Amy Collé Dieng, en détention depuis dix jours à Dakar pour "offense au chef de l'Etat et diffusion de fausses nouvelles", a bénéficié lundi d'une remise en liberté provisoire, a-t-on appris de source judiciaire et auprès de son avocat.

Célèbre chanteuse de "mbalakh", musique sénégalaise basée sur les percussions, Amy Collé Dieng avait été interpellée le 3 août après avoir tenu des propos visant le président Macky Sall dans une vidéo diffusée sur internet au lendemain des élections législatives du 30 juillet, remportées par la majorité présidentielle.
Le film de la libération d'Amy Collé Dieng à la télévision sénégalaise
Dans un enregistrement sonore partagé sur la messagerie WhatsApp, en principe au sein d'un groupe fermé, la chanteuse de 39 ans s'était montrée favorable à l'ex-président Abdoulaye Wade (2000-2012), un des leaders de l'opposition, et critique envers le président Macky Sall.

"Ma cliente a bénéficié d'une liberté provisoire à ma demande. C'est une décision satisfaisante", a confirmé l'un de ses avocats, Me Boubacar Barro. "L'enquête continue mais je pense qu'il n'y a pas assez de charges" contre elle, a-t-il ajouté. Des organisations d'artistes et des figures de la société civile avaient appelé à sa libération.

Dans l'enregistrement sonore incriminé, Amy Collé Dieng accusait notamment le chef de l'Etat de "manoeuvrer dans l'ombre" pour accomplir ses desseins et d'être un "saï-saï" ("coquin" en langue wolof). Après son interpellation, la chanteuse avait affirmé que ses critiques n'étaient pas destinées à être rendues publiques.

Dans la foulée de cette arrestation, une deuxième personne, Amadou Seck, présentée par la presse locale comme l'administrateur du groupe WhatsApp, avait également été placée en détention provisoire pour les mêmes chefs d'inculpation, le 9 août. Rien n’a été précisé sur son éventuelle libération.
Amy Collé Dieng chante après sa libération
Par ailleurs, une femme d'une trentaine d'années, Penda Bâ, partisane du président Macky Sall, a également bénéficié lundi d'une liberté provisoire, selon la même source judiciaire. Elle avait été arrêtée le 4 août après avoir proféré dans une vidéo des insultes contre les wolofs, une des principales ethnies du Sénégal.

Les insultes proférées par Penda Bâ - membre de l'ethnie peule, celle du chef de l'Etat - avaient été très largement dénoncées au Sénégal, un pays réputé pour la coexistence pacifique de ses communautés et où de telles pratiques sont isolées. Le Sénégal, un des rares pays africains à n'avoir connu aucun coup d'Etat depuis son indépendance en 1960, est souvent vanté comme un modèle de démocratie sur le continent.