Salif Keita : "Je suis fier d'être albinos"

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/08/2015 à 16H39, publié le 26/08/2015 à 15H47
Salif Keita : "Je suis fier d'être albinos."

Salif Keita : "Je suis fier d'être albinos."

Salif Keita appelle à la protection des albinos, alors que la Tanzanie prépare des élections générales prévues en octobre dans un climat de peur face à la montée des attaques de sorcellerie visant ces personnes atteintes d'une absence de pigmentation.

"Il est complètement inacceptable que des êtres humains en sacrifient d'autres, c'est le produit de l'ignorance", a déclaré le musicien malien, légende de la musique africaine et lui-même albinos, lors d'une interview accordée à l'AFP pendant une visite en Afrique de l'Est.
 
L'albinisme est une affection génétique héréditaire, qui cause l'absence partielle ou totale de pigmentation de la peau, des cheveux et des yeux.
              
"Les albinos naissent et grandissent comme tout le monde. Il est inacceptable de les attaquer", insiste Salif Keita, qui dirige une campagne internationale de soutien aux personnes atteintes d'albinisme.

La sorcellerie interdite en Tanzanie    

Des groupes de défense des droits de l'Homme ont mis en garde contre le risque d'une hausse des attaques contre les albinos en Tanzanie, où la campagne pour les élections présidentielle, législatives et locales a commencé.
 
Des hommes politiques y ont été accusés d'acheter des membres d'albinos pour faire de la sorcellerie ou fabriquer des porte-bonheurs, malgré les mesures répressives mises en place par les autorités contre les sorciers. Leur pratique a été complètement interdite en janvier et des dizaines d'entre eux ont été arrêtés depuis pour mettre fin aux mutilations et aux meurtres d'albinos.
              
En effet, pas moins de 76 albinos ont été tués depuis 2000, leurs membres pouvant être revendus pour des pratiques occultes aux alentours de 600 dollars (530 euros) et leurs corps entiers atteignant 75.000 dollars (66.150 euros), d'après des experts des Nations Unies.
              
Ils sont des dizaines à avoir survécu après avoir été attaqués et amputés vivants.

"Quand les gens m'entendent, ça a un impact"           

Le taux d'albinisme est anormalement élevé en Tanzanie : un Tanzanien sur  1.400 en est atteint, du fait de la consanguinité, selon les experts.
              
Salif Keita espère qu'en prenant la parole et en continuant à jouer sa musique, acclamée dans le monde entier, il pourrait aider à mettre un terme à ces attaques, dont les victimes sont souvent des enfants.
 
"Quand les gens m'entendent au microphone ou me voient à l'écran, cela a un impact, parce que je montre que je suis un être humain complet, comme tout le monde. Comme tout être humain, les albinos ont besoin d'être aimés et considérés comme des personnes normales."
              
La star malienne s'exprimait à Nairobi, où elle va se produire samedi pour récolter des fonds pour une fondation musicale qui soutient un bidonville de la capitale kényane, dans le cadre du festival de jazz Safaricom. Sa musique  afro-pop mélange les styles africain et occidental.

"Je suis fier d'être qui je suis"             

"Je suis fier d'être un albinos et je suis fier d'être qui je suis", affirme Salif Keita . "Je travaille pour promouvoir l'acceptation et la compréhension des personnes atteintes d'albinisme."
              
En mars, le président sortant tanzanien Jakaya Kikwete a déclaré que les attaques contre les personnes atteintes d'albinisme étaient "répugnantes et une immense honte pour la nation".
              
Mais le problème ne se limite pas à la Tanzanie. Selon le député kényan Isaac Mwaura, également atteint d'albinisme, des gangs tanzaniens ont enlevé des albinos au Kenya. Il  s'occupe lui-même de deux enfants qu'il a sauvés d'une tentative de rapt.
              
"L'Afrique a une longue histoire de discrimination raciale, mais nous travaillons pour y mettre un terme", a déclaré Isaac Mwaura en rencontrant Salif Keita. "Les albinos sont des Noirs à la peau blanche."
              
En plus de la discrimination, les albinos sont exposés à un risque accru de cancer de la peau, car les crèmes solaires sont chères et difficiles à obtenir en Afrique. Ils sont aussi atteints de problèmes de vue.