Les soeurs israéliennes de A-WA et leurs chants yéménites en tournée en France

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/02/2016 à 16H01, publié le 15/02/2016 à 15H18
Les trois soeurs de A-WA en concert à Jérusalem (28 janvier 2016)

Les trois soeurs de A-WA en concert à Jérusalem (28 janvier 2016)

© Menahem Kahana / AFP

A-WA, trois sœurs israéliennes qui mélangent les chants yéménites de leurs grands-mères et rythmes hip-hop, en arabe, font un tabac dans leur pays et ailleurs, enflammant aussi bien Israéliens juifs et arabes et Européens. Elles sont en tournée dans le monde, en France pour quatre concerts à la fin du mois, puis de nouveau en avril-mai.

Telles des héroïnes modernes des contes des Mille et une nuits, robes brodées traditionnelles et baskets clinquantes aux pieds, les trois soeurs du groupe A-WA recréent à chaque concert l'ambiance énergisante d'une fête du désert.
              
"On appartient à une tribu ancestrale, celle de nos grands-parents qui ont quitté le Yémen pour émigrer en Israël", explique à l'AFP Tair Haim, 32 ans, l'aînée du trio formé avec Liron, 30 ans, et Tagel, 26 ans.
              
Les trois chanteuses ont grandi dans un village du désert du sud d'Israël. Elles ont déniché leur trésor musical dans une malle à souvenirs immatérielle : des chants folkloriques transmis à l'oral, de génération en génération, par les femmes de la famille.
"Habib Galbi", le tube des trois soeur de A-WA


Une troisième génération qui cherche ses racines      

"C'est à une cérémonie de henné (rituel des mariages dans le monde arabe, juif et musulman, ndlr) que j'ai entendu pour la première fois, enfant, cette musique traditionnelle yéménite. Je me suis alors passionnée pour cette tradition, j'apprenais des chansons par coeur, je savais que je voulais en  faire quelque chose", se souvient Tair Haim.
              
En 1949 et 1950, la quasi-totalité des juifs qui restaient au Yémen, soit quelque 45.000  personnes, ont été exfiltrés vers le tout jeune Etat d'Israël, lors d'une opération clandestine baptisée "Tapis Volant".
              
La scène culturelle israélienne, aussi bien musicale que cinématographique ou littéraire, est marquée depuis quelques années par une tendance à un retour aux racines arabes pour des artistes de la "troisième génération" d'immigrés juifs venus du Yémen ou du Maroc. Ces artistes s'attachent à montrer que les identités arabe et juive se complètent plus qu'elles ne s'opposent.
A-WA, Chanson à la pluie yéménite


"Habib Galbi", un tube en Israël

Au printemps 2015, A-WA a mis en ligne le clip du futur tube "Habib Galbi"  ("l'Amour de mon coeur", en arabe). Les trois soeurs n'ont pas dit qu'elles étaient juives israéliennes, ni expliqué pourquoi elles portaient dans le clip un voile flashy sur leur chevelure de jais. "On voulait que les gens viennent à nous l'esprit ouvert, en écrivant quelque chose comme : 'Nous vous apportons le vent frais du désert du Yémen'",  se souvient Tair.
              
En une chanson, le charme d'A-WA (prononcé "Aïwa", qui veut dire "oui" en arabe) a opéré. 
La radio militaire israélienne, la plus écoutée du pays, en a fait le tube de l'été dans l'Etat hébreu. Une première pour une chanson arabe.
              
Dans les mariages, les discothèques, en voiture, les Israéliens fredonnent le refrain entêtant de "Habib Galbi" et s'essayent à la danse du clip, une danse folklorique arabe remise au goût du jour par les soeurs et trois compères en survêtement, baskets et casquette.
 
Le clip officiel a fait plus de 2,5 millions de vues sur YouTube, où on peut lire quantité de commentaires positifs envoyés depuis le monde arabe.
   
A-WA, "Shamak Zabrd Radai", à Nancy en octobre 2015
           

Les tournées à l'étranger se multiplient  

"C'est incroyable qu'on ait autant de fans dans le monde arabe, tous ces messages qu'on reçoit", s'emballe Liron, la benjamine, qui dit aimer répondre à ce public habituellement frileux vis-à-vis des artistes israéliens.
              
En Europe, les festivals de musique et les radios musicales ont repéré depuis quelques mois l'intrigant trio féminin, qui se définit comme un "choeur israélo-yéménite". Depuis, les trois soeurs, dont les deux plus jeunes vivent ensemble en colocation à Tel-Aviv, multiplient les tournées à l'étranger.
              
"On a des moments télépathiques sur scène, c'est comme quand on était petites et qu'on jouait ensemble", assure Liron.


Une dizaine de dates en France           

A-WA emboîte le pas à quelques grands succès israéliens : la chanteuse transsexuelle Dana International dans les années 1990, puis Asaf Avidan, le "Janis Joplin israélien", la chanteuse Yaël Naïm ou même l'autre grande voix israélienne d'origine yéménite, Achinoam Nini, plus connue sous le nom de "Noa".
 
Le trio sera le 23 février à Joué-lès-Tours, le 25 février à Saint-Etienne, le 26 à Annecy, le 27 à Gap. Elles reviennent en France le 9 avril avec un concert à Paris-La Défense dans le cadre du festival Chorus, puis le 28 avril à Rezé, le 29 à Saint-Brieuc,  le 3 mai à Massy, le 4 et le 7 mai à la Sucrière à Lyon et enfin de nouveau à Paris, à la Gaîté Lyrique, le 26 mai.