La mort du festival "Musiques métisses", pionnier de la sono mondiale

Par @Culturebox
Mis à jour le 22/12/2015 à 20H01, publié le 22/12/2015 à 19H18
Les Tambours de Brazza à Angoulême en juin 2001

Les Tambours de Brazza à Angoulême en juin 2001

© BEP/ALAIN BOURRON/SUD OUEST

Le festival "Musique métisses" d'Angoulême, plus ancien festival français de musiques du monde, ne fêtera pas son 41e anniversaire en 2016, victime d'un dépôt de bilan après le désengagement de la ville et du département.

"Le département a édicté de nouvelles règles, sur la part de financements privés, que l'on ne pourra pas suivre", a expliqué mardi Véronique Appel, directrice du festival, lors d'une conférence de presse à Angoulême. Selon la responsable, le conseil d'administration de l'association qui gère le festival a voté le dépôt de bilan. Le Tribunal d'instance devrait se prononcer sur une probable liquidation judiciaire de l'association dans les prochains jours.

Premier en France à programmer des musiciens populaires d'Afrique, de l'Océan Indien et des Caraïbes, le festival "Musique métisses" souffrait d'un déficit de 140.000 euros et dépendait largement de financements publics. L'organisation avait présenté un projet de formule allégée pour 2016, doté d'un budget de 900.000 euros dont 650.000 euros de fonds publics. Le projet n'a pas été retenu.

"Arrêter les frais"

"La situation est trop largement dégradée, il faut arrêter les frais. Le festival a eu sa singularité, mais aujourd'hui il peine à trouver son public et à mobiliser des fonds privés", a réagi auprès d'un correspondant de l'AFP le président du conseil départemental de la Charente, François Bonneau (DVD).

"Cela fait plusieurs années que l'on appelle 'Musiques métisses' à se renouveler. Le plan budgétaire présenté, qui faisait monter la part de financements publics à 83%, n'était pas viable", a ajouté le maire d'Angoulême, Xavier Bonnefont (Les Républicains).

Quatre décennies de découvertes

Lancé en 1976 par Christian Mousset, un ancien disquaire, le festival s'était ouvert au jazz avant de devenir un véritable défricheur des musiques du monde. Il avait notamment programmé, en première européenne, le Malien Salif Keita et les Antillais de Kassav en 1984, le Réunionnais Danyèl Waro en 1985, alors que la "world music" n'en était qu'à ses balbutiements. Puis ce furent le Sud-Africain Johnny Clegg en 1986, en plein apartheid, la Cap-Verdienne Cesaria Evora dès 1991...

Parallèlement, le festival, alternant sur différentes scènes spectacles gratuits et concerts payants, faisait la part belle aux nouveaux talents. "Ce dont je suis fier, c'est d'avoir été modestement l'un des premiers à faire entrer dans ce qu'on appelait +la sono mondiale+ tous ces musiciens. Quand on parlait des Antilles, on parlait de La Compagnie Créole. Et je ne te parle même pas de l'Afrique !", confiait Christian Mousset à l'AFP en mai 2015, au moment de passer la main à 71 ans. "Ces musiques sont rentrées partout, Salif Keita peut maintenant passer dans des festivals jazz, ou rock. On les a faites sortir du ghetto", se félicitait-il.