Joyce Moreno, le retour d'une grande voix du Brésil

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 18/01/2015 à 12H57, publié le 17/01/2015 à 14H54
Joyce Moreno en concert à Prague (14 octobre 2012)

Joyce Moreno en concert à Prague (14 octobre 2012)

© Michal Krumphanz / AP / Sipa

Joyce Moreno, ou "Joyce" tout court pour ses plus anciens fans, revient en France après plusieurs années. Elle sort un nouvel album, "Raiz", dans lequel elle célèbre ses 50 ans de carrière et rend hommage aux grands compositeurs du Brésil. Personnalité éminente de la musique brésilienne, elle a entamé au Havre une tournée européenne qui passe par le New Morning, à Paris, mercredi 21 janvier.

Chanteuse, compositrice, guitariste, arrangeuse, Joyce Silveira Moreno, née à Rio de Janeiro le 31 janvier 1948, a participé à son tout premier enregistrement en 1964 sur l'invitation de Roberto Menescal, célèbre musicien de bossa nova. Par la suite, elle a chanté dans des dizaines de disques en plus de ceux réalisés en leader ou co-leader.

Cinquante ans après ses premiers pas dans un studio d'enregistrement, dans son nouvel album, "Raiz" ("Racine", chez Far Out Recordings), sorti le 12 janvier, Joyce Moreno célèbre les musiciens qui ont marqué sa vie : Tom Jobim, Dorival Caymmi, Johnny Alf, Baden Powell, Ary Barroso, ainsi que d'autres artistes comme Durval Ferreira ou Zé do Norte. Avec son chant plein de percussion et son timbre velouté, l'artiste offre à ces classiques les arrangements personnels et les réécritures rythmiques qui font sa griffe. 
Joyce Moreno : "Meu Pião" (2015), une chanson de Zé do Norte interprétée notamment par Astrud Gilberto.
Musicienne autodidacte
C'est en regardant son frère aîné Newton jouer de la guitare que Joyce, alors âgée de 14 ans, s'est mise à travailler cet instrument. Son frère étant l'ami de musiciens de bossa nova comme Roberto Menescal - qu'elle invite sur son nouveau disque pour son fameux "O Barquinho" - ou Eumir Deodato, elle s'est tout naturellement glissée dans un univers musical alors en pleine effervescence, tout en écoutant également du jazz : Ella Fitzgerald, Billie Holiday ou Miles Davis.

La jeune Carioca a sorti son premier disque, simplement intitulé "Joyce", en 1968. Elle s'est très vite démarquée, n'hésitant pas employer la première personne pour ses textes de chansons, ce qui, venant d'une artiste de sexe féminin, était jugé audacieux pour l'époque et lui a valu quelques sarcasmes de la part de la critique.

Joyce n'a pas tardé à croiser le chemin des plus grands artistes brésiliens, parmi lesquels Vinícius de Moraes qui l'a invitée à le suivre en tournée internationale, et Tom Jobim qui, en 1987, déclarait qu'il la considérait comme "l'une des plus grandes chanteuses de tous les temps". Jobim fait partie des compositeurs auxquels Joyce rend régulièrement hommage.
Joyce chante "Dindi" (Tom Jobim / Aloysio de Oliveira) avec Luis Carlos Vinhas (piano), Ronie Mesquita (batterie) et Tião Neto (bassiste) qui a longtemps accompagné Jobim
Au début des années 80, elle a connu un très grand succès avec des chansons comme "Feminina", "Clareana", "Monsieur Binot"...
Joyce : "Feminina" (1980), chanson tirée de l'album du même titre
Au cours de sa carrière, Joyce Moreno a travaillé avec de nombreux artistes comme le guitariste Toninho Horta, le percussionniste Naná Vasconcelos, le pianiste João Donato, le chanteur Jon Hendricks, le violoncelliste Jaques Morelenbaum...
Joyce et João Donato : "Sambou, sambou" (João Donato / João Mello)
Ses chansons ont été interprétées par de nombreuses vedettes brésiliennes parmi lesquelles Elis Regina ou Milton Nascimento. Par ailleurs, Joyce a signé des musiques de films et écrit pour la télévision et le théâtre.

Après avoir fait l'essentiel de sa carrière avec son seul prénom, Joyce a tenu à y adjoindre en 2009 le nom de son compagnon à la ville et à la scène, le batteur bahianais Tutty Moreno, qu'elle avait rencontré à New York en 1977 et qu'elle a épousé en 2001.

Ce n'est probablement pas un hasard si elle a lancé sa tournée européenne au Havre, au fameux Volcan, dessiné autrefois par l'architecte Oscar Niemeyer, son compatriote disparu en décembre 2012. Après des dates à Londres ou Copenhague, et avant Milan et Göteborg, la chanteuse se produit à Paris, au New Morning, mercredi 21 janvier. Son dernier passage y remontait à 2005.
Joyce Moreno : "Tamba" (Luis Eça), entre jazz et Brésil, extrait du nouvel album
Joyce en concert à Paris, au New Morning
Mercredi 21 janvier 2015, 20H30
7 & 9, rue des Petites-Écuries, 10e
Tél : 01 45 23 51 41
Joyce : "Clareana" (1980), une chanson dédiée à ses filles Clara et Ana, qui sont également devenues chanteuses.