Interceltique : Lorient vibre aux sons de la musique folk "trad" écossaise

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/08/2017 à 15H18, publié le 06/08/2017 à 15H09
Le groupe Elephant Sessions a clos la Soirée d'Ouverture Ecosse, samedi 5 août 2017, au Festival Interceltique de Lorient.

Le groupe Elephant Sessions a clos la Soirée d'Ouverture Ecosse, samedi 5 août 2017, au Festival Interceltique de Lorient.

© Elise Koutnouyan

Samedi 5 août, le Théâtre de Lorient a accueilli la soirée d’ouverture consacrée à l’Ecosse, invitée d’honneur de la 47e édition du Festival Interceltique (FIL). Confiée aux équipes du Festival écossais HebCelt, la soirée a célébré la musique traditionnelle, entre chants gaéliques et folk aux accents modernes.

"Les Ecossais nous ont apporté le soleil", plaisantait quelques instants plus tôt le directeur du FIL, Lisardo Lombardia. Ce samedi soir, au Théâtre de Lorient, il n’aura pas fallu longtemps avant d’être transporté à notre tour en Ecosse, lors du gala d’ouverture de cette 47e édition du Festival Interceltique de Lorient.

"Scotland's Wild Heart", un ciné-concert envoûtant

Sous la houlette du compositeur Donald Shaw, la soirée s'ouvre avec le ciné-concert Scotland’s Wild Heart. Sur grand écran, l’Ecosse se dévoile par les airs : on navigue dans le cosmos puis une Terre ronde se rapproche, jusqu’à dessiner les contours des îles britanniques. Puis on plonge dans les terres écossaises, entourées des eaux puissantes. Sur scène, sept musiciens accompagnent le compositeur de ces "Quatre Saisons de Hébrides", ces îles du Nord-Ouest de l'Ecosse, Donald Shaw. Violons, flûtes, guitares, batterie et l’incontournable cornemuse donnent corps aux paysages sauvages qui défilent derrière eux.
Le ciné-concert "Scotland's Wild Heart" a mis à l'honneur la faune et la flore écossaise, au Théâtre de Lorient, le 5 août 2017.

Le ciné-concert "Scotland's Wild Heart" a mis à l'honneur la faune et la flore écossaise, au Théâtre de Lorient, le 5 août 2017.

© Elise Koutnouyan
En un quart d’heure, la musique gaélique fait vivre plus intensément encore les cartes postales à couper le souffle qui défilent sur écran. Ode à une Ecosse pure et sauvage, intacte, le documentaire fait la part belle à la faune et flore locale. Là un saumon remontant la rivière, ici le piqué d’un aigle aux griffes acérées, qui enserrent un poisson tout juste pêché dans les eaux tourbillonnantes. Sur une plage, les bébés phoques vaquent tranquillement à leurs occupations, tandis que le soleil se couche sur une maisonnette située en bord de fleuve. Image ô combien bucolique et mélancolique. Entre forêts, ciel et mer, les compositions de Donald Shaw subliment les éléments : d’un océan de nuages doux à la puissance de l'Atlantique, dont l’écume laisse le spectateur sur une note hypnotique.

La puissance vocale de Blasta

Après la puissance des images, place à la force de la voix. Le groupe Blasta fait son entrée sur scène. Quatre chanteuses, uniquement accompagnées d’un guitariste. Dans une ambiance feutrée, le son cristallin des voix dévoile une autre facette de la musique écossaise. Les sonorités douces d’une chanson traditionnelle, interprétée en gaélique, enrobent l’assemblée dans un voile de coton. Mais rapidement, la puissance vocale de ces quatre interprètes, dont la jeune chanteuse prodige Mischa McPherson et Ceitlin Smith, rappelle que la mélancolie gaélique ne dure jamais vraiment longtemps. Et que serait la musique écossaise sans les danses qui l'accompagnent ? Pour conclure le set, une danseuse de claquettes arrive, dont les "clac" si caractéristiques s’accompagnent des applaudissements du public. Dans la salle, les têtes commencent à dodeliner. Le rythme plus soutenu commence à démanger, on aimerait pouvoir se lever, entamer quelques pas de danse, que déjà Blasta s’éclipse de la scène.

La flok pop entraînante de Tide Lines

Après le quatuor féminin, place aux cinq gars de Tide Lines. Slims, chemise de bûcheron pour le batteur… A leur look, on croirait voir des cousins éloignés de Metronomy voire Pete Doherty - en plus sage. Ça attaque fort, d’entrée de jeu. Des sonorités plus pop/rock, voire électroniques. Batterie, synthé, guitare électrique. On se sent un peu gauche, sur nos sièges. Le rock enlevé de leur premier titre se ralentit au deuxième : les cinq garçons fringuants n’oublient pas leurs racines, qu’ils ne cessent de revendiquer dans leur musique. Ils entament une balade en gaélique : la guitare folk marque le tempo, la scène prend des teintes vert profond, si typiquement celtique. Le rythme est certes plus lent, mais la batterie et la basse appuient la voix profonde, d’où ressortent à l’oreille du novice des "u" et "m", un son presque guttural mais toujours aussi clair et humble sans fausse note ni chichis.

Voici venu le tour de la cornemuse. L’instrument mythique de la musique celtique est choyé, bichonné : on laisse déployer toute sa gamme. En un rien de temps le rythme s’accélère, le tempo devient plus rapide puis se fond dans une vague plus mélodieuse, plus lente, avant de finir sur une envolée qui déclenche une belle salve d’applaudissement. Suit le titre "Walking on waves", issu de leur album "Dreams We Never Lost", sorti en 2017. Tide Lines tire sa révérence avec son tube, mythique outre-Manche : "Far Side of the World", qui résume à lui seul la folk moderne du groupe écossais. Les sonorités enlevées marient rock et trad sans encombre et tire la folk écossaise des tréfonds datés dont on aurait parfois tendance à l’y ranger trop vite.

La douceur sibylline de Mischa McPherson

Après le coup de fouet Tide Lines, le Mischa McPherson Trio entre en scène et impose son ton feutré, entièrement construit autour de la sublime voix de la jeune chanteuse Mischa McPherson. Accompagnée d’un guitariste et d’un flûtiste (qui joue également de la cornemuse), celle qu’on a découvert plus tôt avec Blasta révèle en seulement trois morceaux la finesse et la clarté de sa voix qui paraît née pour les mélodies gaéliques de son pays d’origine, les Hébrides. Tout juste a-t-on le temps d’apprécier la puissance, l’extrême justesse et la douceur de cette voix sibylline que déjà arrive le dernier morceau, devant une salle désormais conquise et attentive à ces mélodies traditionnelles. Comme cette chanson d’amour, "la plus belle jamais écrite", raconte Mischa, avant de préciser qu’elle est destinée à…un bateau ! Inséparables "comme Innes et sa guitare", ironise la chanteuse, en désignant son compagnon de scène.  

Le néo-trad revigorant d'Elephant Sessions

Il est 22h45 et le dernier groupe monte sur scène. Sans effort, le quintet Elephant Sessions réveille l’audience avec ses sonorités néo-trad, où se mêlent folk, rock et électro. C’est frais, ça revigore. Dans un premier morceau uniquement instrumental, violon et mandoline se répondent dans un duel enjoué. Puis, le groupe interprète plusieurs titres de son album, "All We Have Is Now" (2017) : "I Used To Be a Nice Boy", composé par le bassiste "juste après avoir intégré le groupe", "Lament for Lost Dignity" et l'entraînant "Wet Field Day". On retrouve toute la simplicité, l'humilité et la finesse de la musique écossaise relevée par l'énergie communicative du jeune quintet. On en redemande ! 

Pour finir, Blasta revient sur scène pour interpréter l'hymne des Hébrides en gaélique, "Eilan an Fhraoich". Tous ces groupes sont à retrouver tous les jours, pendant le FIL, sous la tente écossaise du Village Celte.