Décès de Tabu Ley Rochereau, star de la rumba congolaise

Par @Culturebox
Mis à jour le 01/12/2013 à 10H57, publié le 30/11/2013 à 15H55
Tabu Ley Rochereau

Tabu Ley Rochereau

© capture YouTube

Le chanteur Tabu Ley Rochereau, roi de la rumba congolaise et superstar en Afrique, est décédé samedi à l’hôpital Saint-Luc de Bruxelles, à l’âge de 76 ans.

"Tabu Ley est décédé ce matin à 9 heures à l'hôpital Saint-Luc à Bruxelles", a annoncé samedi Brain Tshibanda, chargé de la culture au Centre Wallonie-Bruxelles, à Kinshasa.
 
"Il a eu un AVC (accident vasculaire-cérébral) en 2008, il ne s'en est jamais remis. Il était alité (...). Lundi, sa situation s'est dégradée", a expliqué son beau-fils Jean-Claude Muissa. "Il aura droit à des funérailles officielles" et sera enterré à Kinshasa, a-t-il précisé.

 

Tabu Ley Rochereau, Selikutu

Ray Lema salue un "chanteur énorme"
Le pianiste et chanteur congolais Ray Lema a salué "un mélodiste  extraordinaire". "Tout le monde fredonnait des mélodies de Tabu Ley", a-t-il ajouté, "c'était vraiment un chanteur énorme en Afrique".
 
"C'est une superstar dans toute l'Afrique", abonde le journaliste musical François Bensignor, du Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles, à Paris.
 
Dans les rues de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), chacun se souvenait samedi de ses mélodies, comme André, "triste à la mort de quelqu'un qui a bercé notre jeunesse". Pour un chauffeur de taxi, "il faisait partie des plus grands musiciens de ce pays. Il était bon envers tout le monde".
 

Tabu Ley Rochereau, Mokolo Na Kokufa (Le jour où je mourrai)


Tabu Ley était une grande personnalité congolaise pour Jeune Afrique
"Il fut un grand homme", a renchéri Nina, une trentenaire. "Il fera toujours partie de nos vies à travers sa belle musique".
 
"C'est une âme musicale qui s'est éteinte", affirme Léon Tsambu, spécialiste de la musique congolaise. "Rochereau a été plébiscité par Jeune Afrique comme personnalité congolaise, à côté de (l'ex-président) Mobutu, comme ayant marqué l'histoire de l'Afrique au XXe siècle", rappelle-t-il.
 
Pascal Tabu Ley, alias "Rochereau", chanteur au timbre haut placé, était né le 13 novembre 1937 dans un petit village de la province de Bandundu (ouest), frontalière de celle de Kinshasa.
 

Tabu Ley Rochereau, Amicale Lipopo

 
Un très bon compositeur
D’abord fonctionnaire, il s'était imposé dans les années 1960 comme une des stars de la rumba, devenant un de ses principaux ambassadeurs à travers le monde.
 
"Il y avait deux grandes écoles dans la musique de Kinshasa, l'école African Jazz dirigée par Grand Kallé, et l'OK Jazz emmené par Franco. Rochereau, qui est très bon compositeur, devient dans les années 1950 un disciple de Grand Kallé. Il a ensuite monté dans les années 1960 son propre orchestre et a pris le pouvoir", explique François Bensignor.
 
Tabu Ley Rochereau fut en 1970 le premier musicien africain à se produire en vedette à l'Olympia à Paris, accompagné de ses "Rocherettes" - comme Claude  François avait ses Claudettes. Parmi les Rocherettes figure un moment Mbilia Bel, avec qui il vivra plusieurs années et qui deviendra elle aussi une énorme vedette.
 

Tabu Ley Rochereau, Kaful Mayay

 
De la musique à la politique
Léon Tsambu égrène en chantonnant certains grands succès du défunt: "Adios Théthé (dédié à sa première épouse), Bonane na Noël, Omanga (dédié à une femme)  ou Mokolo nakokufa (Le jour où je mourrai, en lingala)".
 
Le "prince" Rochereau a également goûté à la politique. Il voulait être ministre de la Culture sous Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel président Joseph Kabila, mais sera finalement vice-gouverneur de Kinshasa.
 
En octobre 1999, il avait affiché son hostilité à une nouvelle force de la paix de l'ONU dans le pays, pour éviter la "sombre répétition" de l'opération  de 1960. De 1960 à 1964, les Nations unies avaient mené une vaste et peu glorieuse opération militaire dans l'ex-Congo belge, motivée notamment par le souci des puissances coloniales et des Etats-Unis de ne pas voir le Congo tomber dans le giron soviétique.
 
Un chanteur plusieurs fois censuré
En 1997, le chanteur avait dénoncé la persistance de la censure en RDC, au lendemain de l'interdiction de son dernier album, "Kebo beat", à cause du caractère jugé "immoral" d'un des titres.
 
Il avait déjà été victime de la censure en 1990, lorsque le régime du maréchal Mobutu Sese Seko (1965-1997), qui l'avait poussé un temps à l'exil, notamment en France, avait interdit son album "Trop, c'est trop".

Tabu Ley Rochereau était le père du rappeur français Youssoupha.