Aïcha Redouane, ambassadrice du chant arabe, en concert à Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 10/01/2012 à 18H34
Aïcha Redouane

Aïcha Redouane

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Aïcha Redouane, franco-marocaine, est une chanteuse virtuose, à la voix sidérante. Elle chante avec Habib Yammine, libanais, percussionniste, compositeur et ethnomusicologue érudit. Depuis vingt ans, ils redonnent vie à l’art du maqâm, un courant musical traditionnel arabe, raffiné et envoûtant. Ils se produisent jeudi soir au New Morning avec leur ensemble, Al-Adwâr.

Aïcha Redouane et Habib Yammine se sont rencontrés à Paris voici une vingtaine d’années, dans un centre d'enseignement et de diffusion de la musique arabe orientale. Auparavant, la première, installée en France depuis son enfance, avait abordé différents styles musicaux dans sa jeunesse : jazz, chants berbère, arabe et occidental. Le second, natif du Liban, élevé dans l’amour de la poésie, a étudié les rythmes arabes anciens, les différentes traditions musicales et les percussions orientales, dont il est devenu un spécialiste et un praticien éclairé.

Avec le groupe Al-Adwâr, Théâtre Municipal de Tunis (août 2009)

Avec le groupe Al-Adwâr, Théâtre Municipal de Tunis (août 2009)

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En 1991, à la suite de leur rencontre, Aïcha Redouane et Habib Yammine se sont entourés d'un groupe. «Nous avons formé l'ensemble Al-Adwâr sur le modèle du "takht charqî", l’ensemble traditionnel de musique orientale, pour accompagner la voix soliste», explique Aïcha Redouane. Plusieurs musiciens, formés au langage musical du mâqam, s’y sont succédé en vingt ans. Le groupe a proposé une musique qui s’inscrivait dans l’héritage de la Nahda, période de la renaissance culturelle arabe du XIXe et du XXe siècle. Ils ont mis en musique des poèmes d’auteurs de tradition soufie (liés au soufisme, un courant mystique de l’islam). Aïcha Redouane et Habib Yammine ont commencé à défendre ce répertoire sur différentes scènes et dans des festivals internationaux. Certains de leurs disques, tels que «Egypte» (Ocora Radio France, 1993) ont été distingués par la critique.

Leur spécialité : le maqâm
Aïcha Redouane et Habib Yammine ont donc adopté la démarche artistique suivante : composer de nouvelles pièces musicales en s’inspirant d’un mode d’écriture puisé dans une tradition née au Caire au XIXe siècle, à l’époque de la Nahda, cette «renaissance» qui a touché à la fois la société, la politique, la religion et les arts. En ce temps, un grand nombre de musiciens, instrumentistes, vocalistes, poètes et compositeurs ont fait fleurir et prospérer l’art du maqâm. Un art dont Aïcha Redouane et Habib Yammine portent l'héritage avec à la fois une humilité, une virtuosité mêlée de sophistication et de délicatesse, qui forcent tout simplement l'admiration.

Habib Yammine

Habib Yammine

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Trois questions à Aïcha Redouane et Habib Yammine..................................

- Comment est née l'idée de fonder un ensemble pour défendre le maqâm ?
- L'idée de revivifier la grande tradition de l'art du maqâm est née à l'écoute des disques 78 tours enregistrés il y a plus de cent ans au Caire ; à ce moment-là, les cheikhs -maîtres de cette tradition musicale- avaient immortalisé le merveilleux répertoire vocal et instrumental de la Nahda, la renaissance culturelle arabe du Proche-Orient, sur la cire de ces premiers albums. Leurs voix sublimes ayant traversé le temps et la force artistique qui se dégageait de ces musiques nous avaient littéralement bouleversés. Et ces chants nous sont parvenus comme des trésors dont nous devions prendre soin. En même temps, nous avons senti la responsabilité de les faire connaitre par delà l'époque et la région où ils ont été enregistrés et de les faire découvrir au public d'aujourd'hui.

- Votre art, votre façon de composer et d'improviser, ont-ils évolué au fil des ans ?
- Évidemment, notre art (composition et improvisation) ne cesse d'évoluer car il est solidement ancré dans la connaissance des maqâmât (pluriel de mâqam, ndlr) et du répertoire, et nous travaillons toujours dans l'ouverture à l'inspiration. Nous vivons aussi à l'écoute des musiques et de tous les mouvements politiques, culturels, religieux ainsi que les découvertes scientifiques que notre époque nous offre. Et dans toute cette mouvance, notre travail est heureusement nourri par une démarche spirituelle. Depuis très longtemps, nous chantons la poésie soufie par pure certitude, ce qui donne à notre expérience artistique un parfum exaltant !

- Est-ce la première fois que vous vous produisez sur une scène traditionnellement dédiée au jazz ?
- Nous avons déjà participé à des festivals de Jazz, mais c'est la première fois que nous avons l'honneur et la joie de jouer au New Morning. Ce concert est essentiellement un rendez-vous d'Amour où la poésie soufie est à l'honneur ; il y aura des extraits de "Maqâm d'Amour", notre récent album en hommage à Râbia al-Adawiyya (714-801, esclave affranchie, mystique, devenue un personnage phare du soufisme, ndlr), des poèmes d'Ibn Arabi (1165-1240, philosophe et théologien, ndlr) et des pièces de la Nahda...
 

Aïcha Redouane, Habib Yammine et Al-Adwâr le 19 mars 2011 à Bakou

 

En concert :
Aïcha Redouane, Habib Yammine et l'ensemble Al-Adwâr au New Morning
Jeudi 12 janvier, 20H30
7 & 9, rue des Petites-Ecuries
75010 Paris
Tél : 01 45 23 51 41

Au disque :
«Maqâm d’Amour», Aïcha Redouane et l’ensemble Al-Adwâr, album sorti en avril 2011 (Chant du Monde / Harmonia Mundi)

Le groupe :
Aïcha Redouane : chant, composition musicale
Habib Yammine : riqq et daff (tambours sur cadre), composition musicale
Salah El Din Mohamed : joueur égyptien de qânûn (cithare)
Safwan Kenani : violoniste palestinien
Nabil Abdemouleh : joueur de nây (flûte) tunisien
Issa Murad : luthiste palestinien
 

"Yâ man", invocation chantée par Aïcha Redouane, composition musicale de Habib Yammine et Aïcha Redouane en participation à l'album de Bruno Coulais