Africolor, une édition 2016 musicale et citoyenne

Par @Culturebox
Publié le 18/11/2016 à 16H43
Le groupe sud-africain BCUC

Le groupe sud-africain BCUC

© DR

Chaque automne, en Seine-Saint-Denis et au-delà, Africolor propose un état des lieux des musiques de l'Afrique de l'Océan Indien, qu'elles soient traditionnelles ou urbaines. Pour cette 28e édition, du 18 novembre au 24 décembre 2016, le festival prend une dimension militante en donnant la parole, face aux répressions africaines, aux mouvements citoyens.

"L'Afrique est un continent qui a vu cette année quelques reflux démocratiques, des répressions sanglantes au Burundi ou au Gabon. Les élans démocratiques des années précédentes commencent à être brisés par des gens qu'on pourrait appeler des présidents autoritaires, que j'appelle moi des dictateurs", estime, cité par l'AFP, Sébastien Lagrave, le patron d'Africolor, alors que le coup d'envoi de la 28e édition est donné vendredi soir avec Ann O'aro, chanteuse de maloya réunionnais, au Comptoir, à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), pour l'une des incursions du festival hors du "93".

Africolor : teaser du festival 2016

Le mouvement "Y'en a marre" en concert et en débat

En résonance à ces événements tragiques, le directeur d'Africolor a décidé de donner la parole à ceux qui animent sur le terrain des mouvements citoyens. Ainsi, pendant que Youssou N'Dour, ministre conseiller du président Macky Sall, sera samedi au Bataclan, d'autres Sénégalais, les duettistes de Keur Gui, initiateurs en 2011 du mouvement de rap citoyen "Y'en a marre", dérouleront à quelques kilomètres de là, à Gennevilliers, leur flow contestataire en wolof.

Créé en 1996 par Thiat et Kilifeu, deux jeunes de Kaolack, à 190 km au sud-est de Dakar, Keur Gui dénonce les politiques et s'attaquent par les mots au maire de la ville de l'époque, Abdoulaye Diack, qu'il accuse de ne "rien foutre". L'année suivante, les deux jeunes gens sont enlevés à la sortie d'un concert et passés à tabac. Samedi soir, le duo partagera l'affiche avec d'autres rappeurs, ceux mauritaniens d'Ewlade Leblade et Cheikh MC, des Comores. Lundi 21, il sera au centre d'un débat "Y'en a marre" à l'université Paris-Diderot.

Autre temps fort du festival, le colloque intitulé "Politique de la rue", organisé lundi 21 et mardi 22 novembre à Sciences Po Paris et consacré aux mouvements de résistance citoyenne. Avec en point d'orgue un concert, mardi soir au Canal 93 à Bobigny, réunissant rappeurs et chanteurs de reggae de divers pays africains. "Ce temps fort donne un peu une marque à cette édition, avec des contenus effectivement militants", fait valoir Sébastien Lagrave.

Shabaka Hutchings, des Sons of Kemet, invité de BCUC à la Dynamo

Le 6 décembre à Pantin, la célèbre Dynamo de Banlieues Bleues accueille un concert du groupe afro-psychédélique BCUC, originaire de Soweto, qui aura pour guest-star un jeune artiste de plus en plus renommé auprès du public du jazz et des musiques improvisées : le saxophoniste britannique Shabaka Hutchings, du groupe londonien Sons of Kemet.

BCUC : "Yinde" (Live at Markon Recording Studio, avril 2016)

Des voix féminines à l'affiche

Africolor invitera aussi l'Algérienne Cheikha Rabia et la Malienne Nainy Diabaté, qui ont bousculé les codes, Cheikha Rabia en s'appropriant un répertoire réservé aux hommes, Nainy Diabaté en fondant en 2013 le Kaladjula Band, premier groupe malien 100 % féminin.

Naïny Diabaté et le Kaladjula Band au Comptoir, à Fontenay-sous-Bois, en novembre 2013

Une édition dédiée aux "découvertes et révélations"

Autre nouveauté cette année : l'absence de grandes têtes d'affiche. Bien sûr, la chanteuse afro-folk Fatoumata Diawara, de plus en plus connue au sein du grand public, sera à l'affiche le 9 décembre à Évry (Essonne), le 7 aux Lilas (en duo avec Patrick Kabré) et le 10 à Nanterre (Hauts-de-Seine) pour du blues malien. Mais sa notoriété n'atteint pas encore celle d'un Danyel Waro, d'un Salif Keita ou d'un Boubacar Traoré, qui ont écrit des pages mémorables d'Africolor.

Fatoumata Diawara & Amine Bouhafa : "Timbuktu Fasso" (2014), basé sur le thème principal du film "Timbuktu" par Amine Bouhafa

"C'est une édition consacrée, encore plus que d'habitude, à des découvertes et des révélations", souligne Sébastien Lagrave. Parmi elles, le chanteur ouagalais (de Ouagadougou, ndlr) Patrick Kabré, Léontina Fall, Française d'origine sénégalaise joueuse de kamélé n'goni, et le Magnetic Taasu Ensemble (réunion du Magnetic Ensemble et de l'ensemble de Mbaye Samb) qui s'inspire de musiques électroniques et traditionnelles africaines.

"On est toujours dans le cœur de ce qu'on aime, faire se rencontrer à travers des créations des artistes de tous horizons", rappelle le patron d'Africolor. Le festival ne terminera avec sa traditionnelle Nuit de Noël mandingue, le 24 décembre au Nouveau Théâtre à Montreuil, animée par les formations d'Abou Diarra, joueur de n'goni - sorte de guitare en opeau emblématique du Mali - et du chanteur-guitariste Cheick Siriman Sissoko dont les grooves mandingues donnent bien envie de danser.

Festival Africolor, du 18 novembre au 24 décembre 2016
> Tout le programme
> Tous les artistes
> Tous les lieux