" Aashenayi ", un fascinant voyage musical en terre ottomane

Par @Culturebox
Mis à jour le 28/04/2015 à 10H13, publié le 27/04/2015 à 17H56
L'ensemble Canticum Novum

L'ensemble Canticum Novum

© Bertrand Pichène

Aashenayi veut dire rencontre en persan. Et c'est à une très belle rencontre musicale que nous convie Emmanuel Bardon avec son ensemble Canticum Novum dans un album sorti le 21 avril sous le label des Editions d'Ambronnay. "Aashenayi" nous emmène sur les terres de Soliman le Magnifique à l'époque de l'apogée de l'Empire ottoman et mêle avec bonheur les répertoires orientaux et occidentaux.

Insérez "Aashenayi" dans votre lecteur CD. Installez-vous confortablement et fermez les yeux : dès les premières notes, vous êtes sur les rives du Bosphore, en plein XVIe siècle, à une époque où Constantinople (l’actuelle Istanbul) était une terre d’échange entre l’Orient et l’Occident.

Cet album est à l’image de cette ville qui fut à la fois terre d’accueil et de passage : impossible en l’écoutant de rester confiner entre les limites des frontières tant les influences se mêlent à l’intérieur même des morceaux. Flûte à bec ou vièle nous plongent dans l’Europe médiévale avant que tambourins (le tar), kanun et kamensesheh (des instruments à cordes en usage au Moyen-Orient, en Asie centrale ou dans les Balkans) viennent nous prendre dans leurs sortilèges de notes.
C’est toute la réussite d'"Aashenayi" : marier les influences et proposer des allers-retours incessants entre les cultures. Le but de l’ensemble musical Canticum Novum n’était pas de restituer stricto sensu des œuvres venues d’Afghanistan, d’Arménie ou d’Espagne mais de les enrichir de toutes les manières possibles. Ainsi certaines pièces sont interprétées par des musiciens venant de pays différents qui jouent sur des instruments qui ne sont pas familiers à leur culture d’origine.
Les musiciens de Canticum Novum

Les musiciens de Canticum Novum

© Bertrand Pichene
Il faut rappeler que Canticum Novum (basé dans la Loire et dirigé par Emmanuel Bardon) est composé de neuf instrumentistes, tous issus de cultures différentes (arménienne, turque, kurde, afghane, algérienne et française) mais aussi de trois vocalistes. L’album est ainsi composé de plusieurs morceaux qui intègrent des œuvres issues de la tradition orale séfarades et persanes et des écrits venus d’Arménie, d’Espagne et de l’Empire ottoman.

Un sortilège de notes et de mots 

Après la musique, c'est le chant qui vient vous emporter. Un plaisir qui se prolonge car la maison de disque a eu la bonne idée d’éditer un livret où l’on découvre la traduction en trois langues (celle du pays d’origine, français et anglais) de ces poèmes qui parlent souvent d’amour à l'image de " Begün benim efkârim var ", un texte traditionnel turque :
 
"Aujourd’hui je suis peiné je suis triste
Ne touche pas destin ne touche pas à mon cheveu
On m’a séparé ma tendre au visage de rose
La flèche du destin a atteint ma rose
Ne touche pas destin ne touche pas à ma rose ".
 
Au-delà de la musique, « Aashenayi » arrive à point nommé dans un contexte mondial où les communautés se replient sur elles-mêmes, où certains cherchent à opposer monde chrétien et orient. Le temps d’un album, ils se retrouvent et se rencontrent. Pour le meilleur et rien que pour lui. 
aashanayi pochette 3

" Aashenayi - Rencontre musicale en terre ottomane" par l’ensemble Canticum Novum
Label Ambronay Editions
Durée : 75’ 39