Un concert exceptionnel offert aux réfugiés à la Philharmonie de Berlin

Par @Culturebox
Mis à jour le 02/03/2016 à 10H58, publié le 02/03/2016 à 10H52
Simon Rattle et l'Orchestre philharmonique de Berlin qu'il dirige (ici en novembre 2015 à New York).

Simon Rattle et l'Orchestre philharmonique de Berlin qu'il dirige (ici en novembre 2015 à New York).

© Chris Melzer / DPA

"Pendant un peu de temps, j'ai tout oublié" : à l'image de Mohammad, jeune Syrien de 25 ans, des réfugiés ont mis leurs problèmes entre parenthèses le temps d'un concert unique offert à Berlin par trois des chefs d'orchestre les plus renommés au monde, Simon Rattle, Daniel Barenboim et Ivan Fischer.

"Nous souffrons beaucoup en tant que réfugiés mais aujourd'hui j'ai juste  apprécié le moment", confie à l'AFP Mohammad, arrivé de Damas il y a trois mois. Comme lui, ils étaient 2.200 mardi soir, réfugiés et bénévoles, rassemblés  dans la prestigieuse Philharmonie de Berlin, l'un des temples mondiaux de la musique classique, pour assister à un concert singulier, et en goûter les effets cathartiques.

Quelques mots de bienvenue en arabe

L'entrée leur a été offerte par les chefs de trois des plus prestigieux orchestres de Berlin, Simon Rattle, Daniel Barenboim et Ivan Fischer, pour souhaiter la "bienvenue aux gens qui ont fui leur pays" et remercier "ceux qui les aident pour leur travail difficile et leur engagement".

"Du fond du coeur, soyez les bienvenus à Berlin. Il y a quelque chose que nous comprenons tous : la langue de la musique", a lancé sur scène l'intendant de la Philharmonie, Martin Hoffmann, au public, en prélude au concert. Daniel Barenboïm et Ivan Fischer ont prononcé quelques mots de bienvenue en arabe.

Simon Rattle, Daniel Barenboim et Ivan Fischer dirigeant leurs orchestres respectifs

Pendant une heure et demie, chaque maestro a dirigé son propre orchestre - le Staatsoper pour Barenboim, le Konzerthaus pour Fischer et le Philharmonique pour Rattle. Au menu : un concerto pour piano de Mozart, dirigé et interprété au piano par Barenboim, la "Symphonie classique" de Prokofiev, conduite par Fischer et deux mouvements de la Septième Symphonie de Beethoven, dirigés par Rattle.

Dans la salle, où régnait une ambiance plus détendue qu'à l'accoutumée, quelques femmes avec des hijab, des enfants avec des maillots fluorescents courent dans les travées d'ordinaire silencieuses. Le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, est là, seul membre du gouvernement à assister à un concert parrainé par la chancelière Angela Merkel.

"Comme au dessus des nuages"

Les prestations des trois orchestres sont gratifiées d'applaudissements  nourris avec standing ovations. Après le concert, un buffet a été dressé dans le vaste hall. Mayssara,  Damascène de 38 ans, ne boude pas son plaisir : "c'était étonnant, on se sentait comme au-dessus des nuages (...) C'était un spectacle parfait avec une musique parfaite. Merci beaucoup !" "Pour moi, c'était la joie", résume Maurice, jeune Camerounais de 24 ans, arrivé de Yaoundé en septembre 2015, qui dit n'être "jamais entré dans une telle salle". "Quand on vous offre une opportunité (comme celle-là), c'est une grâce".

Membre de l'association d'aide aux réfugiés "Bienvenue à Fürstenberg", Corry Sindern, 49 ans, note que, parmi la quinzaine de migrants pris en charge dans cette localité du nord de l'Allemagne, "il y en a certains qui aiment écouter Mozart". Avant, à Damas, Mayssara aimait aller à des concerts. Ce soir, c'était son premier en Allemagne. "Ici, il y a des gens qui viennent du monde entier" et parlent différentes langues. Mais là, "ils parlent la même langue : la musique", sourit-il. Et offrir un tel concert à des réfugiés, "c'est une belle façon de leur dire : bienvenus".

Les élans de générosité et les réactions de rejet

"C'est très important que des signes de bienvenue (comme ce concert) viennent de différents horizons (...), parce qu'il y a beaucoup de gens qui rejettent les réfugiés ou qui en ont peur", estime Corry Sindern de "Bienvenue à Fürstenberg".

L'Allemagne a accueilli plus d'un million de migrants en 2015, suscitant des élans de générosité dans la société allemande mais aussi beaucoup de tensions, avec une montée de mouvements populistes et une multiplication des attaques contre les foyers de réfugiés, notamment dans l'ex-RDA. Mais Ute Detka, 54 ans, bénévole à Reinickendorf, dans le nord de Berlin, veut rester optimiste : "c'est une très belle action, la musique réunit, brise les frontières et abat les murs".