Torture auditive : un groupe de métal réclame des droits d'auteur au Pentagone

Par @Culturebox
Mis à jour le 08/02/2014 à 14H21, publié le 08/02/2014 à 11H24
Le groupe de metal canadien Skinny Puppy.

Le groupe de metal canadien Skinny Puppy.

© DR

Le groupe de musique canadien Skinny Puppy réclame au ministère américain de la Défense 666.000 dollars de droits de diffusion de sa musique. Un des fans du groupe, ancien gardien au camp de Guantanamo, affirme en effet que certains de leurs morceaux étaient utilisés pour torturer des détenus.

"Nous leur avons envoyé une facture, étant donné qu'ils avaient utilisé notre musique à notre insu, comme une arme contre des individus", a déclaré Kevin "Ogre" Ogilvie, membre fondateur de ce groupe de rock métal sur la chaîne CTV
 
La musique, un outil de l'arsenal de guerre
Plusieurs groupes de musique comme REM, Rage Against the Machine ou Metallica ont dénoncé avant les Skinny Puppy l'utilisation de leur musique, diffusée pendant des heures, et à un volume poussé à fond, dans les cellules des prisonniers de Guantanamo dans l'enclave américaine à Cuba. 

On sait que durant la guerre du Golfe, les chansons de Metallica et AC/DC ont été utilisées à cet effet. "Ces gens n'ont jamais entendu de heavy metal" déclarait à cette époque un sergent cité par le Huffington Post. "Ils ne peuvent pas le supporter. Si vous en jouez pendant 24 heures, vos fonctions cérébrales et corporelles commencent à dysfonctionner, vos pensées ralentissent et votre volonté est réduite en morceaux. C'est alors que nous entrons et parlons avec eux."
Arme de guerre mais aussi outil marketing
Selon le chanteur de Skinny Puppy, Kevin Ogilvie, la musique du groupe de métal aurait été utilisée "au moins à quatre reprises" aux fins de torture. Le groupe de Vancouver demande des dédommagements au Pentagone pour avoir "illégalement téléchargé et utilisé notre musique pour torturer des gens".

Il n'est pas encore établi si le groupe a bien envoyé la fameuse facture de 666.000 dollars (un chiffre loin d'être innocent puisque 666 est "le chiffre du diable"), que le Pentagone nie avoir reçue. Il est clair en revanche que ce battage médiatique sert la cause du groupe : Skinny Puppy vient en effet de sortir un album inspiré de cette affaire, baptisé "Weapon" ("Arme"), dans lequel il critique la politique américaine. 
"On se demande comment une telle facture peut raisonnablement être établie et légalement délivrée alors qu'elle s'appuie sur une plainte infondée d'un quelconque fan anonyme ou générée à la suite d'un ouï-dire, estime le porte-parole du Pentagone Todd Breasseale. Qui tient à rappeler que la privation de sommeil et la manipulation sensorielle ne sont pas autorisés dans l'armée et restent prohibés par la loi.