Le vinyle fait de la résistance et creuse son sillon

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 30/11/2014 à 12H04
Un tourne-disques vinyle

Un tourne-disques vinyle

© VILLALON RICHARD/BELPRESS/MAXPPP

On le pressentait depuis quelques années, le disque vinyle retrouve une belle vitalité. Alors qu'on l'avait cru aussi mort que son prédécesseur le 78 tours, le microsillon 45 et surtout 33 tours revient en force et représente 4% des ventes de disques en 2014. Le son analogique plus chaud et profond connait de plus en plus d'adeptes qui aiment aussi posséder l'objet physique et sa pochette.

Apparu en 1982, c'est en 1985 que le CD numérique s'impose. A cette date, les bacs des magasins de disques se remplissent aussi de 33 tours à prix cassé : persuadées, à juste titre que d'ici quelques mois plus personne ne s'encombrera des supports vinyle, les maisons de production liquident leurs réserves. Les amoureux de la musique qui, quelque temps encore auparavant, protégaient leur collection de disques de toute imperfection la bradent sans ménagement chez les marchands d'occasion ou dans les vide-greniers. Pas de place pour la nostalgie, et vive la modernité !

Marché de niche
Pendant un peu plus de vingt ans, le marché du microsillon reste une niche. Les magasins d'occasion en possèdent quelques centaines ou quelques milliers destinés à être vendus à des collectionneurs. Il n'en paraît quasiment plus de nouveaux et, l'une après l'autre, toutes les entreprises de pressage ferment leur porte, à l'exception d'une seule, dans l'ouest de la France.
Etrangement, c'est au moment même où se généralise la dématérialisation de la musique, désormais stockée ou accessible sur Internet, que le 33 tours vinyle fait un retour en force. Non seulement les amateurs de musique rachètent les anciens disques chez les revendeurs d'occasion, mais les maisons de production, toujours à l'affût de la rentabilité, considèrent que l'engouement est suffisant pour presser à nouveau des galettes noires et imprimer de belles pochettes de carton.

Reportage : D. Wolfromm / MF Bohn / V. Muon / M. Cohen Olico
Symptôme ou conséquence ?
Est-ce un hasard ? La dématérialisation de la musique prive du contact avec l'artiste or, en plus de la musique elle-même, il existe un plaisir presque sensuel à manipuler l'objet support, le disque, sa pochette, voire les photos fournies en supplément. Ce plaisir n'était déjà plus le même avec le CD. Certains l'avaient compris. il ont alors rangé la galette argentée dans une pochette en carton, parfois dépliable, réplique en 12x12 de celles qui firent les grands jours des années 60 et 70 en 30x30.

Craquements et poussières
Au moment où le numérique menace d'engloutir l'image liée aux albums, ce retour aux sources analogiques, avec craquement et poussières sous le saphir, est sans doute plus qu'une nostalgie. Il est peut-être le symptôme, même pas verbalisé, du besoin de s'émanciper de l'emprise du virtuel qui néglige le désir. Un sentiment qui, comme toujours, finit par se traduire en chiffres. Alors que les ventes de vinyle flirtaient avec la décimale après le zéro, elles représentent aujourd'hui 4% des ventes. Le prix d'un 33 tours dans les supermarchés de la culture est désormais bien supérieur à celui de son équivalent numérique qui est, à son tour, annoncé en voie de disparition.