Le marché de la musique enregistrée a dégringolé depuis 8 ans

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 18/01/2012 à 13H42
Chez un grand disquaire parisien... (23/09/2003)

Chez un grand disquaire parisien... (23/09/2003)

© Martin Bureau / AFP

Le marché de la musique enregistrée -physique et numérique- a chuté de 54,8% en valeur entre 2003 et 2010, selon une étude menée par l'Observatoire de la musique et l'institut Gfk publiée mercredi. Conséquence : un appauvrissement de l'offre et une dévalorisation du support musical.

En volume, le marché de la musique enregistrée a reculé de 23,7% sur la période.

Le marché dématérialisé ne compense pas la chute des ventes de CD et DVD
Sans surprise, cette évolution est due à l'effondrement du marché physique (ventes de CD et DVD, -57,4% en volume et -59,4% en valeur). Or cette chute n'a pas été compensée par le développement du marché numérique (téléchargement et streaming, +49,4% en volume depuis 2007 et +124,3% en valeur).

En 2010, le marché de la musique enregistré représentait un chiffre d'affaires global de 882,8 millions d'euros, contre 1,95 milliard d'euros huit ans auparavant. "Cette décroissance n'a pas modifié la structuration du marché du point de vue de la concentration des ventes sur un nombre très limité de références", souligne l'étude.

Mauvaise passe pour la chanson française et les musiques du monde
En 2004, 4,4% du total des références totalisaient 88,4% du marché en valeur. En 2008, 5,9% des références réalisaient 90% du marché en valeur. En revanche, ce déclin a entraîné une chute des nouvelles références en CD audio. Leur nombre s'est élevé à 62.487 en 2010, en baisse de 15,1% par rapport à 2003.

Les variétés françaises et les musiques du monde ont particulièrement souffert, (-41% et -42,6% respectivement). En revanchee, les variétés internationales ont été épargnées (-2,6%).

Les ventes de CD et DVD en grandes surfaces n'ont pas résolu le problème
Le déclin du marché a aussi entraîné une concentration de l'offre exposée en magasins. "Dès 1986, les majors ont 'basculé' le marché physique vers les grandes surfaces alimentaires (GSA) en délaissant le réseau des disquaires indépendants", rappelle l'étude. Or, depuis 2003, les ventes dans ces magasins ont reculé de 75,9% en volume et de 75,6% en valeur.

"Le marché de la musique pèse peu pour les GSA et la désaffection des publics rend d'autant plus problématique le maintien des mètres linéaires dans la grande surface alimentaire", souligne l'étude. Sur la période, les ventes dans les grandes surfaces spécialisées dans les produits culturels ont également chuté, de 32,5% en volume et de 43% en valeur. Selon l'étude, ces points de vente "risquent fort de n'être plus que des 'clones', ne présentant sur leurs linéaires que les mêmes références, afin de pouvoir renouer ou maintenir des taux de rentabilité si possible à deux chiffres".

Les amateurs de musique devront se tourner vers internet
De plus en plus, l'acheteur "devra consulter, acte isolé sans intermédiation, les sites internet (Amazon, Fnac...)". Il se verra également amené, parfois, à "entrer dans les nombreux sites musicaux, boutiques virtuelles de téléchargement payant, pour trouver une plus large profondeur de l'offre musicale", estime l'étude.

Des opérations commerciales qui nuisent à la valeur du support
Autre phénomène inquiétant, les grandes maisons de production "en viennent à 'brader' leurs fonds de catalogue pour pouvoir disposer d'un volant de trésorerie en des périodes critiques" et "à leur tour, les petits producteurs doivent participer à ces opérations spéciales", ce qui contribue à "dévaloriser la valeur du support musical".

Compte tenu de ces évolutions, le marché numérique pourrait avoir déjà dépassé en 2011 le marché physique en volume, mais les auteurs soulignent qu'il évolue dans un paysage industriel "en pleine reconfiguration" avec le développement d'acteurs comme Apple, Google, Facebook, Youtube ou Amazon.

"Il n'est pas sûr que la filière musicale ne connaisse pas quelques déconvenues car l'installation d'acteurs dominants rigidifiera les relations commerciales. Certains d'entre eux, comme Google, installent de nouveaux services hors de toute absence préalable de négociation avec les ayants droit", met en garde l'étude.