Philharmonie de Paris : inauguration ce soir... sans l'architecte Jean Nouvel

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/01/2015 à 16H31, publié le 14/01/2015 à 16H06
Jean Nouvel en 2013

Jean Nouvel en 2013

© Bernard Bisson/Sipa

François Hollande inaugure mercredi soir la Philharmonie de Paris, dont l'auditorium doit rivaliser avec les grandes salles de concert de Berlin, New York ou Tokyo, sans la présence de son architecte star Jean Nouvel, qui dénonce une ouverture "prématurée".

Dans une tribune publiée par Le Monde, l'architecte évoque le "mépris" dont il aurait été l'objet pendant la conduite du chantier et annonce, quelques heures avant le concert de gala, qu'il ne participera pas à l'inauguration, dénonçant les conditions d'accueil de la soirée d’ouverture "dans une architecture qui oscille souvent entre la contrefaçon et le sabotage". "On recherche un bouc émissaire, l’architecte est parfait pour ce rôle" ajoute Jean Nouvel.

"Nous sommes à la hauteur de l'événement", a rétorqué le président de la Philharmonie, Laurent Bayle, tout en reconnaissant que le chantier devra se poursuivre quelques mois. Le toit, où le public pourra se promener à 37 mètres au-dessus du parc de la Villette ne sera ouvert qu'au printemps et le restaurant panoramique en mars.

La Philharmonie a vu son coût exploser de 200 millions d'euros lors de son lancement en 2006 à 386 millions aujourd'hui. La façade recouverte de 340.000 oiseaux métalliques domine comme une colline escarpée le périphérique de Paris, Porte de Pantin, dans le nord-est de la capitale.

Architecture audacieuse 

La Philharmonie est la première salle de concert construite à Paris depuis la Salle Pleyel en 1927, si l'on excepte l'Opéra Bastille (1989), dont l'acoustique ne fait pas l'unanimité. "Paris n'était pas au niveau des autres capitales, de Londres à Berlin en passant par l'Europe du sud, Rome, Porto, les Etats-Unis et l'Asie et les pays du Golfe", note son président, Laurent Bayle. Elle a bénéficié des meilleurs acousticiens mondiaux, le Néo-Zélandais Harold Marshall et le Japonais Yasuhisa Toyota.

Reportage : I.Baechler, A.Morel, B.Dechaumet, M.Marini
Son architecture audacieuse, avec des balcons suspendus évoquant des "nappes immatérielles de musique et de lumière" selon Jean Nouvel, met le spectateur le plus éloigné à 32 mètres du chef d'orchestre, contre 48 m pour Pleyel. Le violoniste Gilles Henry a été "ébloui" par la transparence du son. Sa consoeur flûtiste Florence Souchard-Delépine évoque "un son aérien, avec en même temps beaucoup de matière, on entend bien les graves, les aigus, les timbres: les définitions sont parfaites".

L'Orchestre de Paris, qui donne le concert de gala, a littéralement "essuyé les plâtres" dans un bâtiment qui nécessitera encore plusieurs mois de finitions. Quelque 500 musiciens (deux orchestres résidents et trois formations associées) "habitent" cette nouvelle maison de la musique, qui comprend aussi six salles de répétition, 10 studios de travail, un café, un restaurant, des bars, des ateliers pédagogiques et un espace d'exposition.

Un million de visiteurs attendus.

Les détracteurs de la Philharmonie lui reprochent son gigantisme et sa localisation excentrée dans un quartier populaire alors que le public de la musique classique avait ses habitudes Salle Pleyel, dans le 8e arrondissement huppé.

"Excentrée pour qui?": Laurent Bayle défend son implantation au bord du périphérique comme une "main tendue au Grand Paris avec ses 13 millions d'habitants". La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, s'est aussi réjouie mercredi que l'établissement se situe près de "quartiers en difficulté" de la banlieue. "Le programme de la Philharmonie prévoit beaucoup d'actions pédagogiques en direction des populations pas habituées à fréquenter des salles de musique symphonique", a-t-elle fait valoir.

La Philharmonie compte sur le week-end pour séduire un nouveau public, avec à chaque fois "un espèce de minifestival, où vous pouvez écouter différents genres de musique, mais aussi voir une exposition comme en mars avec David Bowie, ou pratiquer de la musique dans des ateliers, acheter des disques, aller à la médiathèque", explique le directeur des programmes, Emmanuel Hondré.

Le premier week-end "portes ouvertes" propose des concerts gratuits, dont une performance de 101 pianistes dirigés par le Chinois Lang Lang, samedi à 16H00.

Laurent Bayle devra jongler avec un budget plus contraint que prévu: 30 millions d'euros au lieu de 36 initialement prévus, la Ville de Paris ayant réduit de 3 millions sa contribution. Un million de visiteurs sont attendus "en vitesse de croisière", selon Laurent Bayle, dont la moitié pour les concerts et l'autre pour les ateliers, activités éducatives et expositions.