La Philharmonie de Paris rend hommage aux musiques de jeux vidéo

Par @Culturebox
Mis à jour le 22/06/2017 à 20H40, publié le 22/06/2017 à 20H31
En amont du concert, l'association M05 a permis à des personnes du public de jouer au jeu Bomberman sur grand écran. A quelques mètres seulement de là où allait jouer l'orchestre. 

En amont du concert, l'association M05 a permis à des personnes du public de jouer au jeu Bomberman sur grand écran. A quelques mètres seulement de là où allait jouer l'orchestre. 

© Medhi Weber

Du 16 au 18 juin, la Philarmonie de Paris accueillait un événement plutôt atypique : un week-end entier dédié aux "jeux vidéo symphoniques", avec pour ambition de redonner ses lettres de noblesse à la composition musicale de celui que certains appellent déjà le 10e art. Culturebox était à la soirée "Retrogaming" dédiée aux musiques de vieux jeux vidéo comme Tétris ou Zelda. Nostalgie garantie.

En coulisses, la scène a quelque chose de surréaliste. Ici, un violoniste agite frénétiquement son archet sur son instrument, d'où s'échappe la mélodie du jeu "Pokémon". Là une contrebassiste répète quelques notes de la bande son de "La Légende de Zelda". L'événement est historique : les jeux vidéo sont en train de franchir les portes de la Philharmonie de Paris. Pour la première fois dans l'histoire de l'institution, un orchestre symphonique en joue les titres les plus célèbres, "de Tétris à Super Mario" précise l'affiche du concert.

Des jeux vidéo portés sur grand écran

L'événement va même plus loin, les consoles et les joueurs ont aussi leur place sur scène. La Philharmonie a fait appel à une association : MO5.COM, du nom d'un micro-ordinateur français popularisé par le programme "Informatique Pour Tous" en 1985. Elle a aujourd'hui vocation à rassembler les passionnés du jeu vidéo, et en particulier les collectionneurs. Des représentants de l'association sont donc venus, consoles sous le bras... pour jouer sur grand écran à Metroid, Tomb Raider, Street Fighter ou encore Final Fantasy en parfaite harmonie avec la musique du Yellow Socks Orchestra.

Un mélange des genres qui sonne comme une consécration pour les défenseurs du jeu vidéo. "C'est une reconnaissance qu'on attendait depuis 20 ans, sourit David Soumet, vice-président de l'association MO5.COM. Dans les années 80-90, on était là avec nos jeux vidéo, et on nous disait 'mais qu'est-ce que tu fais? T'es trop grand pour jouer avec tes petits Mickey et tes petits Mario.' Aujourd'hui on présente du jeu vidéo sur grand écran à côté d'un orchestre qui joue des musiques de jeu vidéo. Pour un média aussi jeune, c'est quand même pas mal !" 

"Une harmonie qui n'existe pas sur le jeu vidéo"

En redonnant vie à ces musiques de jeux vidéo, l'orchestre symphonique les sublime et leur donne une nouvelle dimension. "Il en ressort une harmonie qui n'existe pas sur le jeu vidéo, explique David Soumet. Quand on écoutait une musique sur la NES (console Nintendo sortie en 1987 au Japon, ndlr) avec trois 'bip-bip', c'était vraiment autre chose! [...] Et faire accompagner ses parties de jeu vidéo par un orchestre symphonique, on ne va pas pouvoir faire ça tous les jours" conclue-t-il en souriant. La soirée s'annonce magique et pleine de nostalgie pour ces passionés. 

A quelques pas d'ici, Eimear Noone, la chef d'orchestre, est dans sa loge, impatiente elle aussi que l'événement débute. "Ce sont deux années d'organisation et de travail. J'ai tellement hâte !" Il faut dire que la jeune femme irlandaise a, depuis l'enfance, une relation très particulière avec les jeux vidéo. "Quand on vit en Irlande... il pleut souvent. Donc tout ce qu'il te reste, c'est la musique, les livres et les jeux vidéo. Chez moi, on a toujours beaucoup joué. Le seul problème c'est que nous étions une famille de garçons, et que ce n'était pas toujours facile pour moi de récupérer la console !" glisse-t-elle en riant. 

Eimear ne s'est pourtant pas tout de suite intéressée à la musique de jeux vidéo : "j'ai suivi une formation de musique classique. Ce n'est qu'à la fin de mes études que j'ai découvert que la musique de jeu vidéo pouvait être jouée par un orchestre ! Je travaillais à l'époque sur l'orchestration de musiques de films. On m'a proposé un projet en me disant 'par contre c'est un film tiré d'un jeu vidéo' et je me suis dit 'je m'en fiche, c'est encore mieux!' C'était pour la musique de World of Warcraft. C'est là que tout a commencé pour moi."
Eimear Noone a travaillé sur la musique de cette cinématique pour l'adaptation du jeu World of Warcraft

"On pourrait transformer la sonnerie Nokia et en faire une musique symphonique !" 

Pour la musicienne classique, transformer des musiques de jeux vidéo en concerts philharmoniques n'est pas une idée si folle que cela, bien au contraire. "Selon moi, il s'agit d'aller chercher ce qui fondamentalement rend une musique spéciale. Comment elle génère de l'émotion et pourquoi elle marque l'esprit de ceux qui l'écoutent. Une fois que l'on a compris cela, on peut tout faire avec cette musique. On pourrait prendre la sonnerie de téléphone de Nokia et en faire une musique symphonique !"

Pour Eimear Noone, c'est précisément ce qu'il y a d'intéressant dans les musiques de vieux jeux vidéo : elles sont simples et marquantes. C'est ce qui fait que la magie opère une fois "philharmonisées".
L'événement ne commence pas avant une trentaine de minutes, pourtant la salle des concerts de la Cité de la Musique/Philharmonie de Paris est déjà comble. En attendant, le public applaudit aux exploits des joueurs de l'association MO5 qui ont improvisé une session Bomberman, un jeu multijoueur où chacun doit éviter les déflagrations des bombes posées par ses adversaires. 

Puis vient le moment tant attendu, les musiciens entrent en scène. L'excitation est palpable dans la salle. Une chose frappe d'emblée : toutes les générations sont présentes, de 7 à 77 ans. Les musiques de ces jeux vidéo semblent avoir marqué les esprits bien au delà de leurs années de création. Le silence se fait, puis la baguette d'Eimear Noone se lève doucement. Les plus grands fans reconnaissent le générique du jeu Sonic le Hérisson dès les premières notes de la mélodie. Cris enthousiastes, applaudissements, l'émotion est vive. Elle redouble même après quelques secondes lorsque les images du grand écran commencent à diffuser les parties des joueurs de l'association MO5.

Une grande fête du jeu vidéo

L'énergie d'Eimear Noone est contagieuse, tout le bâtiment semble vibrer au rythme de sa baguette. Entre chaque titre, elle se tourne vers le public et joue les chauffeuses de salle, en racontant l'histoire de la musique de jeux vidéo, des grands noms qui l'ont bâtie : Nobuo Uematsu, le compositeur de toute la bande son des jeux Final Fantasy ou encore Koji Kondo, le compositeur des grands titres de Nintendo, comme Mario. Elle narre aussi quelques anecdotes sur elle, son travail, ou les liens particuliers qu'elle entretient avec tel ou tel jeu, comme c'est le cas pour The Legend of Zelda, auquel elle a joué toute son enfance. Elle fait rire son auditoire, ou le plonge parfois dans une grande nostalgie. La représentation devient alors bien plus qu'un concert, c'est une grande fête, une véritable célébration du jeu vidéo et des mélodies qui lui ont permis d'inscrire ses lettres de noblesse dans l'histoire de la musique. 

Le concert prend fin, pourtant les mélodies entêtantes de ces titres anthologiques restent dans tous les esprits. Certains continuent de les siffler sur le chemin du retour. Cela donnerait presque envie de se remettre à jouer à ces bons vieux jeux vidéo. Pas vous ?