La musique au coeur d'une lutte entre réformateurs et conservateurs en Iran

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/08/2016 à 14H36, publié le 27/08/2016 à 14H31
Un célèbre orchestre iranien de musique classique persane, le Shahnaz Ensemble, ici en concert à Dubaï en 2011. 

Un célèbre orchestre iranien de musique classique persane, le Shahnaz Ensemble, ici en concert à Dubaï en 2011. 

© Kamran Jebreili/AP/SIPA

Le procureur général de Téhéran a défini samedi 27 août des conditions plus strictes pour l'organisation de concerts dans la capitale iranienne, un sujet qui fait polémique depuis plusieurs semaines dans le pays. Le président Hassan Rohani, qui prône une plus grande liberté politique et culturelle et doit se présenter pour un second mandat en avril 2017, voudrait, lui, assouplir ce contrôle.

Une approche culturelle jusqu'ici plus flexible que dans d'autres pays musulmans

Voici les nouvelles conditions d'organisation des concerts dans la capitale iranienne, décidées par le procureur général de Téhéran le 27 août  : "Le parquet de Téhéran propose que le gouvernorat assure la sécurité des concerts, que le ministère de la Culture en garantisse le contenu et que la police filme" ces évènements, a déclaré Abbas Jafari Dolatabai, cité par Mizanonline, l'agence de presse du pouvoir judiciaire.

L'Iran possède une riche culture de poésie et de musique et les responsables religieux ont une approche parfois plus flexible par rapport à des évènements comme des concerts que dans d'autres pays musulmans. Cependant, le ministère de la Culture doit donner l'autorisation pour le texte et la musique avant la sortie d'un album ou pour l'organisation d'un concert. Il est aussi interdit de danser lors de telles représentations.

Le précédent de Machhaad

Ces dernières semaines, sous la pressions des religieux ultraconservateurs, plusieurs concerts, ayant pourtant reçu les autorisations nécessaires, ont été annulés dans des villes de province par des responsables locaux. 

Dans la ville sainte de Machhad (nord-est), où aucun concert n'a été organisé depuis 11 ans, le ministre de la Culture Ali Janati voulait donner l'autorisation pour des concerts mais il s'est attiré les foudres de religieux. A la mi-août, il a dû ainsi renoncer "à cause de la présence du mausolée sacrée de l'imam Reza (huitième successeur du prophète selon les musulmans chiites) et l'opposition de certains, notamment l'imam de prière de la ville", l'ayatollah Ahmad Alam-ol-Hoda, ont rapporté les médias iraniens. "Machhad est une ville religieuse (...) Tout le monde doit savoir que les croyants ne laisseront pas qu'elle devienne un centre de débauche", avait déclaré l'ayatollah Ahmad Alam-ol-Hoda. "Que ceux qui veulent des concerts aillent dans les autres villes".

Les veilléités d'ouverture du président Rohani

La semaine dernière, le président iranien Hassan Rohani, qui prône une plus grande liberté politique et culturelle que son prédécesseur et doit se présenter pour un second mandat en avril 2017, a critiqué publiquement son ministre de la Culture. "Aucun ministre ne doit céder aux pressions - qui sont grandes - et reculer", a-t-il déclaré. "La République islamique est un Etat de droit (...)  Si on ne respecte pas la loi, c'est le chaos", a-t-il ajouté. Cette déclaration n'a cependant pas fait changer d'avis le ministre de la Culture. Quelque 5.000 musiciens ont écrit une lettre ouverte au président Rohani  pour lui demander de "faire respecter leurs droits" et "la loi", a rapporté samedi 27 août le quotidien réformateur Etemad. L'interdiction des concerts à Machhad est "une catastrophe qui sacrifie aujourd'hui la musique, puis demain le reste de la culture", ont écrit les  signataires.

Le 25 août, des contestataires avaient essayé d'empêcher la tenue à Yazd (sud) du concert d'un célèbre chanteur traditionnel, Shahram Nazeri, et de son fils Hafez Nazeri, également chanteur. "Un groupe de croyants a tenté d'empêcher le concert mais Shahram et Hafez  Nazeri ont décidé de le maintenir", a déclaré à l'AFP la responsable de presse des chanteurs. Elle a affirmé que des chants religieux avaient été diffusés pendant tout le concert via les hauts parleurs à l'extérieur de la salle dans une apparente tentative de saboter l'évènement. 

Un responsable du pouvoir judiciaire a récemment déclaré que "moins de 1% des concerts" ayant reçu une autorisation du ministère avaient été annulés par des autorités locales. Les adversaires conservateurs du président Rohani affirment qu'il met en avant ces annulations pour mobiliser son électorat car, selon eux, il ne peut pas défendre son bilan économique.  En revanche, ses partisans accusent les conservateurs de vouloir torpiller les actions du gouvernement et ses promesses de plus de liberté.