Wared, quintet jazz d'Edouard Bineau, en concert avec le projet «Sex Toy»

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 07/09/2012 à 11H08
Edouard Bineau en tenue de scène ! Bonnet obligatoire, lunettes noires (au choix) et attelle ! (29/8/2012)

Edouard Bineau en tenue de scène ! Bonnet obligatoire, lunettes noires (au choix) et attelle ! (29/8/2012)

© Annie Yanbékian

Wared, le groupe formé par le pianiste Edouard Bineau, fait sa rentrée au Duc des Lombards, à Paris, ce vendredi et samedi, avant d'autres dates. Il s'y rendra en béquilles, suite à une fracture du talon. Pour le public, c'est l'occasion de réentendre, ou de découvrir, son cinquième album, malicieusement intitulé « Sex Toy », bien qu'écrit durant une période douloureuse de sa vie. Nous l'avons rencontré.

Pianiste, harmoniciste et guitariste autodidacte, venu du blues, Edouard Bineau écrit des musiques mélodieuses et poétiques, lisibles pour les plus réfractaires au jazz. Dans ses différents disques, il revisite également des chansons d'artistes qui l'ont marqué (Georges Brassens, Hubert-Félix Thiéfaine, Cat Stevens...) ou des standards (Erroll Garner, Hank Jones...).


Depuis la sortie de son premier album, « Exodus », en 2002, il a progressivement bâti un groupe constitué par le batteur Arnaud Lechantre, le bassiste Gildas Boclé, le saxophoniste Sébastien Texier, renforcé depuis deux ans par un autre saxophoniste, l'Allemand Daniel Erdmann. Cette équipe officie dans un quintet baptisé Wared (Edouard en verlan), encensé par la critique lors de la sortie de l'album du même nom en 2010. Un quintet dont certains membres signent désormais des morceaux.


La vidéo de présentation de "Sex Toy" (2012), 5e album d'Edouard Bineau. Parmi nos préférés : le morceau "Carousel" (qui ne figure pas parmi les extraits ci-dessous, hélas !)


Le dernier album, "Sex Toy", a été composé en pensant précisément aux musiciens du quintet. Il porte le nom de l'un des morceaux phares du disque. La légèreté malicieuse de ce titre n'est que façade. Le disque a été écrit et enregistré en 2011, année de la disparition du père d'Edouard Bineau. Une perte que l'on devine encore présente à l'esprit du pianiste, dont le regard mélancolique nous frappe. Nous l'avons rencontré le 29 août dans sa maison dans l'Essonne. Il faut dire que sa mobilité est actuellement très limitée. Jusqu'en novembre, il est contraint aux béquilles suite à une fracture du pied gauche début août. Fort heureusement, cela ne l'empêche pas de jouer du piano !

Edouard Bineau, chez lui dans l'Essonne (29/8/2012)

Edouard Bineau, chez lui dans l'Essonne (29/8/2012)

© Annie Yanbékian
- Culturebox : Vous êtes autodidacte. Pouvez-vous nous raconter vos premiers pas dans la musique ?
- Edouard Bineau : J'ai commencé le piano à 17 ou 18 ans. Auparavant, je faisais de la guitare et de l’harmonica, également en autodidacte. Je faisais du blues. Je jouais tout d'oreille. Mon père faisait du piano en amateur, il y avait un piano chez nous. Vers 18-19 ans, j’ai pris des cours d’harmonie, pendant que j’étais à la fac. J’ai pris des cours particuliers dans une école à Antony. J'ai été obligé de me mettre sérieusement au solfège. Quand vous voulez écrire de la musique pour les autres, vous n'avez pas le choix. Quand j'ai commencé à me mettre au jazz, c'était déjà ma culture. Depuis que je suis né, j’en entends. Mon père en écoutait beaucoup.

- Quelles études faisiez-vous à l'université ?
- Du droit.

- Quand avez-vous décidé de vous consacrer pleinement à la musique ?
- Au bout de deux mois de droit… En fait, au départ, je voulais être comédien. J’ai passé mon bac, je me suis inscrit là où il y avait de la place. J’étais déjà parti pour faire autre chose... Je me suis vraiment mis à faire de la musique par le biais du théâtre, car je prenais des cours. Or, il y avait des spectacles qui nécessitaient de la musique sur scène, et c’est ce que je me suis mis à faire. Finalement, je trouvais cela beaucoup plus simple. Comédien, ça me faisait trop peur. C’était compliqué à cette époque, je pense que je n’étais pas assez mûr.

- Quand on décide de vivre de la musique en ayant commencé si tardivement, comment s'y prend-on ?
- En allant frapper aux portes dans les restaurants, dans les endroits où il y a un piano. J’étais assez culotté à l’époque... Je savais jouer trois notes et j’y allais ! Aujourd’hui, je ne sais pas si je saurais encore m'y prendre comme ça ! C’était assez urgent, dans ma tête. Mon premier but, c’était surtout de pouvoir vivre, déjà, de la musique. D'ailleurs, peu de temps après avoir pris des cours, j'en donnais à mon tour dans la même école qui manquait de profs !

- Et quelques années plus tard, vous enregistriez un premier disque !
- C'était la phase suivante, vers mes 30 ans, où j’ai décidé de passer à la vitesse supérieure. Je voulais vraiment faire de la scène, faire le musicien ! J'ai eu la chance de rencontrer le producteur Jean-Jacques Pussiau, qui m'a permis d'enregistrer mon premier disque, « Exodus », en 2002. Je l'ai enregistré à 30 ans, et j'en avais 33 quand il est sorti chez Night Bird. Il a plutôt bien fonctionné. C'était une grande chance, ça m'a donné une visibilité. Et cela m'a donné envie de retravailler très sérieusement le piano. Alors, je suis allé voir Antoine Hervé pour prendre des cours, et on a échangé beaucoup de choses.


"Rootless", splendide extrait de l'album "Wared Quartet" (2010)


- Et vous voilà avec cinq albums à votre actif. Voici une question à laquelle vous ne pouvez certainement pas échapper depuis quelques mois : pourquoi avoir appelé le petit dernier « Sex Toy » ?
- Certains morceaux ont une histoire, d’autres non. Parfois, vous finissez le morceau et il n’y a pas de titre, vous en cherchez un, il peut être complètement futile. Parfois, c’est hyper important… C'est le cas pour certains morceaux du dernier album. Mon père est mort en 2011, l’année de la composition du disque. Le titre d’ouverture, « X 1938 », correspond à l’année de sa naissance. L'album se termine par « X 2011 », puis « Fazzer » (father, père, ndlr), sciemment orthographié ainsi. J’ai écrit ce disque à une époque un peu pourrie, on va dire... En même temps, mon père est quelqu’un qui avait de l’humour. Je n’avais pas envie de faire un disque triste. Donc « Sex Toy », c’était aussi une espèce de bras d’honneur, un pied de nez. Ensuite, on peut toujours délirer sur ce titre. Comme on me pose la question à chaque fois, je finis par répondre que la musique c’est du plaisir, des vibrations, du jeu… Tout ça, ça me va bien ! Après, c’est aussi un petit peu provocateur, on peut même trouver ça racoleur. J’assume totalement, je n’en ai rien à faire. Si je voulais vraiment être racoleur, je ne ferais pas du jazz…

(Propos recueillis par A.Y.)

"Sex Toy", Wared, 2012

"Sex Toy", Wared, 2012

© Derry Dol Records
"Sex Toy", album sorti le 24 février 2012 chez Derry Dol Records

Wared en concert à Paris, au Duc des Lombards
Vendredi 7 septembre, samedi 8 septembre 2012, à 20H et 22H
42, rue des Lombards
75001 Paris
Réservations au 01 42 33 22 88 ou sur internet, programmation ici

> Les autres dates d'Edouard Bineau et de Wared sont ici
 

Wared sur scène pour l'émission "Jazz sur le vif" de France Musique (8 janvier 2011)