Un film et un livre : disparu en 1988, Chet Baker fascine toujours

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/01/2017 à 15H59, publié le 10/01/2017 à 15H53
Ethan Hawke dans le rôle de Chet Baker dans "Born to be blue" de Robert Budreau.

Ethan Hawke dans le rôle de Chet Baker dans "Born to be blue" de Robert Budreau.

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Un biopic, "Born to be Blue", en salles le 11 janvier, avant la publication début mars d'une biographie, "Le clair-obscur" : Chet Baker, trompettiste à l'existence fracassée, disparu à l'âge de 58 ans, continue de fasciner près de trente ans après sa mort.

"Il y a des personnages qui véhiculent tout un tas de mythologies et de romantisme", affirme Noël Balen. Auteur de biographies de fortes personnalités du jazz comme Charles Mingus ou Billie Holiday, il est parti cette fois dans "Clair-Obscur" sur les traces de Chet Baker.

Chet Baker ne paraphrase pas

"J'ai le sentiment qu'il plaît à un très large public parce qu'il a cette capacité à contourner la mélodie sans la paraphraser et à en ébaucher toujours d'autres, qui flattent l'oreille", poursuit cet ancien musicien devenu écrivain. "Il y a aussi toute l'image qu'il véhicule à travers son parcours chaotique et une légende qu'il a contribué à bâtir".
 

Musicien doué, Chet Baker est repéré au début des années 50 par Charlie Parker, éclate sur la scène new-yorkaise du Birdland en 1954, l'année où la critique le désigne meilleur trompettiste de jazz américain. Sa version de "My Funny Valentine", gravée en 1956, où ce trompettiste chante comme il joue,  résisté au temps. Mais le piège de l'héroïne se refermera rapidement sur lui. 

Le piège de l'héroïne

"Born to be blue", réalisé par le Canadien Robert Budreau, tente de cerner la personnalité du jazzman à une période clé : 1966-1973. Celle du retour en Californie, où Chet Baker tente de décrocher, se fait casser les dents par des dealers, se reconstruit. Avant une nouvelle descente aux enfers qui se terminera à Amsterdam par une chute fatale du deuxième étage d'un hôtel, une nuit de mai 1988.

"Le film est intéressant parce que ça n'est surtout pas un biopic, estime Noël Balen. Il y a des épisodes qui ne sont pas vrais, mais qui ne mentent pas." La séquence du retour chez ses parents ne s'est pas exactement passée comme  ça, sa compagne est une synthèse imaginée des femmes avec lesquelles il a toujours entretenu un rapport complexe, son retour sur une scène newyorkaise n'a pas eu lieu au Birdland, mais au Half Note....

Le "James Dean du jazz"

"Le clair-obscur" (Le Castor Astral, éditeur), la biographie, se lit comme  un roman. Derrière la liberté de ton du récit se cache une grande rigueur pour retracer la vie de "Chet", un blanc chez les noirs, depuis l'enfance dans l'Oklahoma jusqu'à la chute fatale. L'iconographie y tient un rôle important pour décrire un musicien dont la gueule d'ange des débuts, qui lui a valu le surnom de "James Dean du jazz", puis le visage cabossé des dernières années, ont toujours accroché la pellicule. "Je l'ai suivi à la trace", explique Noël Balen, qui a essayé de "trouver un équilibre entre ce que véhicule son personnage et la réalité de son oeuvre". Car au-delà de l'homme tourmenté, Chet Baker, c'est avant tout un musicien avec un son et une voix immédiatement reconnaissables, toujours sur le fil du rasoir.

Un son très chaud

"Pour moi, Chet, c'est ce son très chaud, très rond, magnifique, qui touche beaucoup de gens", décrit le trompettiste français Stéphane Belmondo, qui a publié en 2015 "Love for Chet", un disque en hommage à un musicien qu'il a connu intimement. "Je l'ai rencontré à une époque où je relevais tous ses solos. Il m'a pris un peu sous son aile", se souvient Stéphane Belmondo, âgé de 18 ans lorsque Chet Baker était au crépuscule de sa vie.
"Il avait une charge dramatique dans son discours, sans jamais oublier de rester élégant", affirme Noël Balen.

Ce son, profond et fragile, le Canadien Kevin Turcotte, qui assure toutes les parties de trompette, réussit de manière bluffante à le restituer dans "Born To Be Blue". Ethan Hawke, l'incarnation de Chet à l'écran, assure, lui, les parties vocales. Chet Baker trouvait dans son art une forme d'apaisement. "Il traverse la vie, tout le temps il est ailleurs. Mais quand il joue, il est légèrement réconcilié avec lui-même", dit Noël Balen.