Toots Thielemans, roi de l'harmonica, décède à 94 ans

Par @Culturebox
Mis à jour le 22/08/2016 à 16H14, publié le 22/08/2016 à 10H31
Toots Thielemans, légende belge du jazz, en 2012

Toots Thielemans, légende belge du jazz, en 2012

© Jesse Willems / BELGA MAG / BELGA

Toots Thielemans, considéré comme le roi mondial de l'harmonica, est décédé lundi matin à 94 ans, a annoncé son agent Veerle Van de Poel. Le musicien belge, qui avait accompagné les plus grands noms du jazz, d'Ella Fitzgerald à Charlie Parker en passant par Bill Evans, mais aussi de grands artistes brésiliens comme Gilberto Gil et Elis Regina, avait mis un terme à sa carrière en 2014.

Il est mort "dans son sommeil", un mois après avoir été hospitalisé à cause d'une chute, a précisé son agent.

Jean-Baptiste "Toots" Thielemans est né le 29 avril 1922 à Bruxelles. Après avoir commencé à étudier l'accordéon diatonique, il découvre en 1938 l'harmonica par le biais des films mettant en scène Ray Ventura et son orchestre. Il commence à en jouer pour le plaisir, avant de se prendre de passion pour le jazz pendant la Seconde Guerre mondiale. Il joue alors dans des clubs où on l'invite à se mettre alors à un "vrai" instrument... Il étudie la guitare en écoutant les disques de Django Reinhardt.

Toots Thielemans reprend sur scène "Bluesette", l'un de ses grands succès, qui date de 1962

Après la guerre, il se met à jouer dans de petites formations et adopte le surnom "Toots", jugé plus "swingant" par ses pairs. Il voyage aux Etats-Unis en 1947, puis en 1950 où sa carrière prend son envol. Il accompagne le clarinettiste Benny Goodman en tournée en Europe. Il s'installe aux Etats-Unis en 1952. Dès lors, il joue avec les plus grands noms du jazz : Ella Fitzgerald, Charlie Parker, Bill Evans, Quincy Jones, Jaco Pastorius, Oscar Peterson, Pat Metheny, Frank Sinatra, Ray Charles mais aussi, côté musique brésilienne, Gilberto Gill ou Elis Regina...

Toots Thielemans et Elis Regina reprennent "Wave", standard de Jobim, sur scène en Suède en 1969

Il a aussi accompagné des artistes comme Nick Cave, Paul Simon, Billy Joel ou Stevie Wonder.

Toots Thielemans a également travaillé pour le cinéma. Il a notamment joué à l'harmonica les thèmes des films "Midnight Cowboy", de John Schlesinger (1969) et "Jean de Florette", de Claude Berri (1986).

Toots Thielemans joue le thème de "Jean de Florette"


En 2009, Toots Thielemans a reçu un "Jazz Master Award" aux Etats-Unis, une récompense rare pour un Européen. En 2012, en France, l'Académie Charles Cros lui a remis un prix in honorem pour l'ensemble de sa carrière. Enfin, le roi de l'harmonica est aussi officiellement "baron", ayant reçu ce titre du souverain belge Albert II en 2001.

Ne se sentant plus la force d'assurer un concert complet, il avait mis fin à sa carrière en mars 2014.

Fait baron en 2001 par le roi Albert II, Toots Thielemans était l'un des Belges les plus célèbres, l'égal aux yeux de ses compatriotes d'Eddy Merckx dans le domaine sportif.

Hommages

- "Nous perdons un grand musicien, une personnalité chaleureuse", a tweeté le Premier ministre belge Charles Michel à l'annonce de sa mort.

- "Il a divinisé un instrument qui était un peu banal, un instrument de feu de camp", selon le journaliste, écrivain et historien du jazz Marc Danval, selon qui l'asthme dont souffrait Toots Thielemans "l'a aidé à trouver un son et une manière de jouer particulière". "Un jour il m'a fait une démonstration, voilà comment on joue sans asthme, et avec asthme... Il était très conscient de l'importance de ce handicap" dans son jeu, dit-il.

- "Il tutoyait déjà les anges, des étoiles dans les yeux, dans son jeu", a réagi le guitariste Thomas Dutronc sur Twitter.

- "Une légende s'en est allée ! Mr Harmonica restera dans nos pensées pour toujours", a pour sa part écrit le musicien Manu Katché.

- "Je peux affirmer sans hésitation que Toots est un des plus grands musiciens de notre temps. Il joue avec son coeur et vous fait pleurer. On a travaillé ensemble tant de fois que je ne peux les compter et j'ai toujours voulu en faire davantage avec lui", avait dit de lui Quincy Jones en 2012, cité par le journal belge Le Soir.

- "Il a élevé l'harmonica au pinacle artistique et il est devenu un maître dans le choix des notes idéales", disait à son sujet le guitariste brésilien Oscar Castro-Neves, qui l'accompagnait régulièrement, lui-même disparu en 2013.