Schwab Soro, l'étonnant tandem jazz

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 15/10/2014 à 14H36, publié le 15/10/2014 à 13H14
Raphaêl Schwab (contrebasse) et Julien Soro (saxophone) le 15 septembre 2014 à Paris

Raphaêl Schwab (contrebasse) et Julien Soro (saxophone) le 15 septembre 2014 à Paris

© Annie Yanbékian

L'un joue de la contrebasse, l'autre du saxophone. Raphaël Schwab et Julien Soro, membres du groupe Ping Machine, ont développé un travail en duo qui s'est concrétisé par un album simplement intitulé "Schwab Soro". Ils se produisent jeudi à Paris, au Studio de l'Ermitage, en première partie de l'ensemble qui les a vus s'épanouir, avant une tournée dans le Lubéron en novembre. Petite conversation.

La galaxie Ping Machine ne cesse d'essaimer de nouvelles petites étoiles, aussi brillantes en son sein que dans les trajectoires parallèles qu'elles empruntent. S'ils se sont rencontrés au conservatoire, c'est dans l'ensemble de Frédéric Maurin que le contrebassiste Raphaël Schwab, 29 ans, et le saxophoniste Julien Soro, 33 ans, ont appris à se connaître.

Sur scène, les deux trentenaires apparaissent littéralement possédés par la musique. Ils ont mis leur fougue et leur lyrisme au service d'un projet commun, un assortiment de petites pièces musicales mélodieuses et ludiques - composées par Raphaël Schwab - aux structures et aux rythmes très variés, teintées de poésie et d'humour. Frédéric Maurin a produit ce disque brillant et inventif, d'une belle pureté sonore.
Raphaël Schwab (contrebasse) et Julien Soro (saxophone alto) interprètent "Marche vers l'avant" (Schwab) - extrait de "Schwab Soro" - 2014
- Culturebox : Comment vous êtes-vous connus ?
- Raphaël Schwab : On s'est connu au Conservatoire de Paris, dans la classe de jazz de Riccardo Del Fra. Julien est entré en 2004, et moi en 2005.
- Julien Soro : J'avais 23 ans et lui 20 ans.
- RS : On s'est revu après que Julien est sorti du conservatoire, en 2008. Il a aussitôt rejoint Ping Machine. Comme ils se sont retrouvés en panne de contrebassiste, ils m'ont appelé.
- JS, à Raphaël : On avait déjà joué un peu ensemble, je crois, avant ton arrivée chez Ping Machine. On avait fait deux ou trois sessions de travail au CNSM.
- RS : Oui, exact !

- Julien, comment avez-vous été recruté par Ping Machine ?
- JS : Je jouais dans un sextet avec Fabien Debellefontaine (membre de Ping Machine, ndlr). D'ailleurs, Raphaël y a aussi fait un remplacement. Je jouais aussi dans un quartet avec Rafaël Koerner (batteur de Ping Machine, ndlr) que j'ai dû rencontrer en 2006. Puis j'ai connu Fred Maurin, on a joué pour un mariage, on a bien sympathisé. On s'est recroisé dans des concerts alors que je jouais avec Rafaël Koerner. En 2008, quand Fred a restructuré l'orchestre, il m'a proposé de le rejoindre et d'y jouer du saxophone ténor, alors que ça ne faisait pas longtemps que j'en faisais, je suis surtout altiste. Il est venu chez moi pour m'en parler. Je m'en souviens très bien. Ça m'a fait du bien parce que j'étais à la fois dans l'appréhension et dans la joie de sortir du conservatoire. Il y avait une forme de peur de vide, de construire un début de carrière. "Sarabande" (extrait)

- Comment est venue l'idée de travailler en duo ?
- RS : C'est un peu un hasard. La première fois qu'on a joué tous les deux, c'était à l'Olympic Café, à Paris, en octobre ou novembre 2011. C'était une date réservée initialement pour Ping Machine, mais le groupe ne pouvait pas l'honorer. On s'est produit en petite formation. Je voulais jouer en quartet avec Julien, Quentin Ghomari (trompettiste de Ping Machine) et Rafaël Korner mais ces deux derniers n'étaient pas libres. Donc j'ai proposé à Julien de jouer en duo. On était en première partie du trio Journal Intime. Il devait y avoir cinq personnes dans la salle, dont mes parents, ma cousine... C'était cool ! Mais ça s'est bien passé. Ensuite, on a pas mal joué dans un bar près de chez moi.
- JS : Il s'appelait le Coude-à-coude. C'était pendant la campagne présidentielle de 2012, ce qui a inspiré le frère de Raphaël qui a fait des affiches magnifiques pour annoncer nos concerts (Quentin Schwab signe les illustrations du disque "Schwab Soro", ndlr) ! On a joué quasiment au moment du deuxième tour de l'élection. Depuis, le bar a fermé, c'est dommage. On a fait deux ou trois concerts là-bas, on en garde de bons souvenirs.

- Et ces concerts ont abouti à un disque en duo !
- RS : Après la fermeture du bar, on a pris l'habitude de se produire chez le caviste de Julien.
- JS : On a commencé à travailler un répertoire et on a réalisé qu'il y avait assez de morceaux pour, peut-être, pourquoi pas, faire un disque un jour.
- RS : Et là dessus, Fred Maurin a dit : "Je vous produis." Alors qu'il ne nous avait jamais entendus. Il est quand même venu nous écouter à un concert, histoire de vérifier...
- JS : Et il y avait la possibilité d'enregistrer au studio Bauer (le studio allemand où Ping Machine a enregistré ses derniers albums, ndlr).
- RS : On a travaillé avec Philipp Heck (ingénieur du son de Bauer, ndlr).
- JS : Ce qui fait qu'on a un super son sur le disque.
- RS : Oui, le son est très beau. On a eu du bol. "Carré" (extrait)

- Raphaël, vous signez tous les morceaux du disque, à l'exception d'une reprise de Charlie Parker. Composez-vous depuis longtemps ?
- RS : Oui. Mais pour être honnête, il y a un ou deux morceaux lourdement inspirés de choses que j'ai écrites il y a plus de dix ans. Ça m'inquiète des fois sur ma faculté à me renouveler ! J'ai composé "Les gens" en l'an 2000, je pense. "Carré" a aussi été écrit il y a un moment. Mais oui, ça fait longtemps que j'écris. Quand j'étais petit, j'écrivais des chansons.

- Des chansons ?
- RS : Oui, mais ce n'est pas de ma faute. C'est une conséquence de mes relations familiales. Mon grand-père était auteur-compositeur. Il a fait des gros tubes dans les années 50. Il s'appelait Alexandre Schwab, mais son nom d'artiste était Marc Fontenoy. Mine de rien, j'ai été baigné là-dedans.
- JS : Il y a notamment une chanson que me chantait ma mère quand je m'endormais le soir : "Buenas noches mi amor... Bonne nuit, que Dieu te garde..." (ils chantent ensemble) Quand j'ai découvert que c'était le grand-père de Raphaël qui avait écrit cette chanson !
- RS : Pour celle-là, il n'a fait que les paroles. Il a aussi écrit "Le petit train", une chanson reprise par Rita Mitsouko, et qui a pris une dimension beaucoup plus dramatique dans l'adaptation qu'ils en ont faite. Le "petit train" de mon grand-père est beaucoup plus gai !

- Est-ce que vous écrivez toujours des chansons ?
- RS : J'essaye de temps en temps. Avec un copain, on a un projet de chanson depuis quatre ou cinq ans. Ce n'est pas très jazz... Mais ça sera bien ! Et j'ai un projet de comédie musicale avec un autre copain. "Valse-farandole" (extrait)

- Julien, est-ce que vous composez ?
- JS : Oui, depuis assez longtemps, mais pas pour le duo. Pour l'instant, je compose exclusivement pour mon quartet Big Four.

- Existe-t-il des précédents de duos saxophone-contrebasse dans le jazz qui aient pu vous inspirer ?
- JS : Il y en a un qui m'a inspiré...
- RS : Oui, Julien le connaissait bien. Moi, je ne l'avais jamais entendu. C'est Steve Coleman et Dave Holland.
- JS : C'est un très beau disque qui s'appelle "Phase Space". Connaître ce disque m'a encouragé dans l'idée que c'était jouable de travailler en duo, au niveau du son, des tessitures entre le saxophone alto et la contrebasse... Ensuite, on a été comparé à d'autres duos, comme Red Mitchell et Lee Konitz, mais on ne les a pas encore écoutés.
- RS : C'est vrai que des duos saxophone-contrebasse, il n'y en a pas énormément... Moi, ce qui m'intéressait au départ, c'était de faire l'harmonie avec la contrebasse.
- JS : Il y a des morceaux, en effet, où Raphaël joue plusieurs voix, où on entend une harmonie et un contrepoint qui naît de la ligne de contrebasse. "Approches" (extrait)

- Ping Machine fête ses dix ans. Votre duo participe aux concerts de célébration de cet anniversaire. Qu'est-ce que ce groupe vous a apporté ?
- JS : Il m'a incontestablement beaucoup apporté. Le fait de jouer du saxophone ténor dans un groupe, d'apprendre à essayer d'être un musicien d'orchestre, même si je n'en serai jamais réellement un. Et aussi de me donner la possibilité d'être une individualité à l'intérieur d'une masse orchestrale. Et, enfin, de vivre une aventure collective qui est particulière.
- RS : C'est bien, ce que tu as dit ! À moi, ce groupe m'a apporté beaucoup de joie. C'est un très beau travail. J'ai pu explorer des champs d'improvisation beaucoup plus profonds, d'un point de vue de mon instrument. Ça m'a permis de découvrir d'autres choses. Et c'est une bande sympathique qui m'a permis de faire des rencontres. Je pense que ce duo n'existerait pas, ou du moins pas sous cette forme, si on ne s'était pas côtoyés au sein de Ping Machine. Et puis, d'autres formations y ont vu le jour.
- JS : Ping Machine est devenu le terrain de base de rencontres et d'expérimentations...
- RS : Et ce n'est pas fini !

(Propos recueillis à Paris par A.Y. le 15 septembre 2014)

Schwab Soro en concert
> Jeudi 16 octobre 2014, 20H30, au Studio de l'Ermitage
En première partie de Ping Machine

> Tournée "Rural Détour" dans le Lubéron, dans le cadre de Lubéron Jazz
Du 25 novembre au 1er décembre 2014