Mort du batteur de jazz Paul Motian

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 23/11/2011 à 09H43
Paul Motian à New York (9 novembre 2005)

Paul Motian à New York (9 novembre 2005)

© Fred R. Conrad/AP/SIPA

Le batteur et percussionniste américain de jazz Paul Motian, qui accompagna autrefois les pianistes Bill Evans et Keith Jarrett, s'est éteint au matin du mardi 22 novembre 2011, à New York, à l'âge de 80 ans.

Paul Motian a succombé à des complications de syndromes myélodysplasiques, une maladie de la moelle osseuse, a rapporté le producteur de jazz Hans Wendl.

Au cours d'une carrière débutée dans les années 1950, outre Bill Evans (1929-1980) qu'il a accompagné dans les années 60, il a joué avec le pianiste Keith Jarrett dans les années 70, avant de constituer lui-même ses groupes, l'occasion notamment de collaborer avec le guitariste Bill Frisell dans les années 80. Paul Motian a enregistré de nombreux disques et s'est produit dans le monde entier. Depuis le début des années 2000, il avait cessé de tourner à l'étranger, et vivait à New York.

Né le 25 mars 1931 à Philadelphie dans une famille d'origine arménienne, Paul Motian grandit à Providence (Rhode Island). Enfant, fan de western, il écoute de la variété américaine, mais aussi des musiques traditionnelles arméniennes, arabes et turques. Il prend des cours de guitare avant de commencer l'étude de la batterie à 12 ans. Il découvre le jazz à 15 ans. Bien plus tard, installé à New York, Motian rencontre Bill Evans en 1955. Il sera son batteur régulier entre 1955 et 1964. En 1968, le pianiste Keith Jarrett le recrute, ainsi que le contrebassiste Charlie Haden, pour former son nouveau trio, renforcé plus tard par le saxophoniste Dewey Redman. Ils enregistreront de nombreux disques ensemble jusqu'en 1977.

En 1981, Motian forme son quintette avec Joe Lovano (saxophone ténor), Jim Pepper (sax ténor et soprano), Bill Frisell (guitare) et Ed Schuller (contrebasse). La formation se réduit à un trio en 1984, avec Lovano et Frisell. A la fin des années 1990, il forme un nouveau trio 2000+1, avec Chris Potter (saxophone) et Larry Grenadier (contrebasse). Entre-temps, Paul Motian ne cessera pas de travailler en tant que sideman (accompagnateur) pour d'autres formations et musiciens de tous horizons et pays.

Plus qu'un simple batteur, un "peintre", pour Alex Dutilh
Dans son blog en ligne, le producteur de France Musique Alex Dutilh a rendu hommage à Paul Motian mercredi 23 novembre 2011 : "Son approche de la batterie était celle d'un peintre pour qui les couleurs et la matière importent plus que le rythme des lignes. Mais quelle énergie dans ses frôlements de peaux ou ses rugissements de cymbales ! Il mettait ses partenaires dans une atmosphère d'envoûtement, où les bruissements percussifs installaient un climat, une tension, un désir." Mardi soir, le saxophoniste Joe Lovano, qui a travaillé en quintette puis en trio avec Paul Motian, a salué un musicien "magique".
 

"La personne la plus importante de ma vie", pour Bill Frisell
Dans une interview pour Culturebox datant du 29 novembre 2011, Bill Frisell évoquait son émotion quelques jours après la mort de Paul Motian : "J’ai joué avec lui durant trente ans… C’est presque trop difficile pour moi d’en parler… Il est peut-être la personne la plus importante de ma vie, vraiment, pas seulement dans le domaine musical. C’est quelque chose d’énorme pour moi… Je ne sais même pas quoi dire, cela ne fait qu’une semaine qu’il est mort… La première fois que je l’ai entendu, j’avais 17 ans. Il est venu jouer à Denver. Quelques années plus tard, je ne pouvais imaginer le rencontrer, et commencer à jouer avec lui… Nous avons joué pendant trente ans. Il était comme un père, un frère, un professeur, un Maître, toutes ces choses à la fois. Il était resté jeune, si longtemps. Je pensais toujours qu’il vivrait plus longtemps que moi ! Il y a quelques mois, il courait encore autour du parc, il courait dans les escaliers, il donnait l’impression d’être indestructible. C’est arrivé très vite… Je me sens reconnaissant et chanceux de l’avoir connu."
 

Paul Motian reprenant "Goodbye Pork Pie Hat" de Charles Mingus, en 2006